Economie

Perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne: Reprise et risques croissants, cas du Togo…

 

Jeudi 15 novembre à l’Amphi 500 au campus Nord, le représentant résident du FMI est descendu au sein des étudiants de la Faculté des sciences économiques et de gestion (FASEG) pour partager avec eux les graphiques issus des Perspectives régionales de l’Afrique au sud du Sahara en général, et ceux relatifs au Togo en particulier. Relayant les constats de l’institution employeure, Jules Tapsoba Sampawende s’est voulu franc et sans langue de bois : « On ne peut pas se développer avec des taux de croissance actuels ». Et pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD), il faudra une croissance plus forte et des financements plus élevés. Mieux, il faut « agir aujourd’hui pour créer davantage d’emplois dans l’avenir ».

Cas du Togo

Ils ont répondu présents et la plupart n’ont pas regretté le déplacement. Ils ont été attentifs aux explications du Représentant résident du FMI qui, moins de 10 mn après le début de ses explications, a dû se défaire de sa veste pour lutter contre la chaleur dans un amphi  truffé de climatiseurs, mais dont le fonctionnement peine à convaincre. Les éventails en mouvement étaient la preuve par quatre. Mais l’essentiel était pour les étudiants de suivre.

Bien que Jules Tapsoba ait terminé sa présentation par le cas pratique du Togo, nous avons préféré commencé par là. Pour dire, en reprenant les constats du FMI, que les services de la dette du pays consomment le tiers des recettes. Même si la croissance devrait s’accélérer à environ 5,4% par an à moyen terme, il n’existe aucun motif de satisfaction pour les autorités togolaises parce que ce taux est loin derrière la moyenne au sein de l’UEMOA. L’inflation restera conforme aux critères de convergence de l’Union, bien que par rapport à l’Afrique subsaharienne, ce soit très bas.

Les recettes fiscales du pays dépassent les moyennes de l’Union et de l’Afrique subsaharienne et celles, non fiscales ne sont pas mal lotties. Mais paradoxalement, le Togo, bien que considéré comme un Etat fragile pauvre en ressources naturelles, dépasse la moyenne de l’UEMOA en matière de dépenses courantes depuis 2011 et ce, jusqu’en 2021 au moins, selon les perspectives du FMI ; ce qui nécessite un assainissement budgétaire. Et la dette publique pourrait descendre en dessous des 50% du PIB en 2024.

Du déficit de la balance courante, il en a aussi été question. « Le déficit de la balance courante tomberait sous la barre des 6% du PIB, en raison de la réduction des importations de biens d’équipement publics et de l’amélioration des exportations », apprend-on. Et sur le graphique, il est ressorti que par rapport à l’UEMOA, à l’Afrique subsaharienne et aux pays en situation de fragilité, le Togo s’arroge le déficit de la balance courante le plus élevé sur la période 2011 à 2019 au moins. ce qui n’est pas normal et qui nécessite un assainissement budgétaire.

Situation en Afrique subsaharienne

Les perspectives macroéconomiques de l’Afrique subsaharienne continuent de s’affermir. La croissance devrait passer de 2,7 % en 2017 à 3,1 % en 2018, grâce à des ajustements des politiques nationales et à un environnement extérieur favorable, notamment la persistance d’une croissance soutenue de l’économie mondiale, la hausse des prix des produits de base et des conditions de financement extérieur accommodantes. Si les déséquilibres budgétaires sont maîtrisés dans bon nombre de pays, l’ajustement a généralement résulté d’une hausse des recettes tirées des produits de base et de fortes compressions des dépenses d’équipement, et la mobilisation des recettes intérieures n’a guère progressé. À moyen terme, et à politiques économiques inchangées, la croissance devrait s’accélérer pour avoisiner 4 %, soit un niveau trop bas pour créer le nombre d’emplois nécessaires afin d’absorber les nouveaux arrivants qui sont attendus sur les marchés du travail. Les perspectives sont exposées à des risques de dégradation considérables, en particulier l’incertitude élevée qui plane sur l’économie mondiale. Pour protéger la reprise et accélérer la croissance à moyen terme, il convient de réduire la vulnérabilité liée à la dette et de créer un espace budgétaire en améliorant davantage la mobilisation des recettes intérieures et en prenant des mesures qui permettront de réaliser une croissance vigoureuse, durable et inclusive.

Dans cette partie du continent, le FMI et son Représentant, Jules Tapsoba Sampawende estiment que l’environnement extérieur est moins favorable, en ce sens que le coût du loyer de l’argent risque d’augmenter dans les mois à venir. Ce qui aura un impact sur les pays en développement. L’Afrique subsaharienne étant subdivisée en pays exportateurs de pétrole, pays riches en ressources naturelles autres que le pétrole, et en pays pauvres en ces ressources, le FMI pense que la hausse des prix de certains produits de base facilitera la reprise dans les pays exportateurs de pétrole. Plus concrètement, par rapport aux Perspectives économiques mondiales d’avril 2018, celles actuelles indiquent que le pétrole brut, le gaz naturel, et dans une moindre mesure le charbon et le coton verront leur prix augmenter. Par contre, le fer, l’or, le cuivre, le cacao, le café, le thé et le sucre chuteront.

Comme perspectives, les services du FMI projettent une croissance soutenue dans les pays pauvres en ressources naturelles et une reprise modérée ailleurs. Par rapport à la croissance observée en 2018, elle semble tirée par les pays exportateurs de pétrole. Mais le Représentant résident prévient qu’une escalade des tensions commerciales pourrait menacer cette reprise. Ce qui augmenterait l’exposition à un durcissement inattendu des conditions financières mondiales. Et quand on se rappelle que les obligations souveraines internationales arrivent à maturité l’année prochaine pour les pays pré-émergents d’Afrique subsaharienne, il y a de quoi s’inquiéter pour cette croissance. Parce qu’ils devront consacrer plus de ressources pour honorer leurs dettes.

Mais alors, quels sont les enjeux pour tenir ? D’abord réduire les vulnérabilités liées à la dette. Il est observé que la dette publique détourne les ressources vers ses services, c’est-à-dire les intérêts. Et il devient de plus en plus difficile pour les pays de s’acquitter de leurs obligations. La preuve, en 2014, sur 34 pays, 11 étaient en risque faible, 17 en risque modéré, 4 en risque élevé et 2 en situation de surendettement. Quatre ans plus tard, soit en 2018, ils n’étaient plus que 5 à courir un risque faible d’endettement, 15 en risque modéré, 8 en risque élevé et 7 en situation de surendettement. Et le FMI a pu établir, des propos de son Représentant, que l’amélioration de la dynamique de la dette reste inégale, la réduction étant plus prononcée chez les pays exportateurs de pétrole. Mais même dans ce cas, il ressort que l’ajustement de la dette repose plus sur une réduction des dépenses que sur une augmentation/mobilisation des recettes.

Un autre des enjeux consiste à faire face aux flux de capitaux. Dans cette rubrique, il est constaté une intégration financière plus approfondie avec le reste du monde. Ces flux ont été plus importants que ceux vers les pays émergents.

Le troisième enjeu et non des moindres demeure l’accroissement plus rapide des revenus. Le constat est clair, quoiqu’amer : « la croissance par habitant à moyen terme est trop faible », et ce n’est pas une invention de Jules Tapsoba. Si en 2012-2014, on a observé une tendance encourageante, entre 2015 et 2017, il n’y a eu aucun motif de sastifaction, par rapport aux pays en développement d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes, et du Moyen-Orient et d’Asie Centrale. Même les projections moyennes entre 2020 et 2022 placent cette partie du continent en queue de peloton. Alors que le constat reste sans équivoque, et le Représentant du FMI n’a fait que le répéter : « pour atteindre les ODD, une croissance plus forte et des financements plus élevés sont nécessaires ». Et pour garantir un avenir sans tensions, « il est nécessaire d’agir aujourd’hui pour créer davantage d’emplois dans les années à venir ». Même si l’institution reconnaît que la création d’emplois est compliquée par l’incertitude entourant la technologie, ce ne doit point être un motif pour ne pas agir, étant entendu qu’ailleurs dans le monde, d’autres contrées y arrivent.

Les services du FMI ont donné les pistes sans occulter certaines réalités dont voici l’essentiel : la reprise devrait se poursuivre, mais les risques de dégradation augmentent ; la reprise est modeste dans les pays exportateurs de pétrole, tandis que la plupart des autres pays continuent d’afficher une croissance élevée ; les déficits budgétaires se réduisent, mais la qualité de l’ajustement doit être améliorée ; un ajustement supplémentaire basé sur les recettes est nécessaire pour réduire les vulnérabilités liées à la dette et créer l’espace nécessaire pour les dépenses de développement ; il est essentiel d’accroître la résilience et d’augmenter le potentiel de croissance, mais les mesures à prendre varient selon les pays ; améliorer les cadres de politiques économiques ; promouvoir la diversification ; approfondir l’intégration commerciale et financière ; promouvoir des systèmes d’éducation flexibles et la connectivité numérique ; promouvoir l’investissement privé.

Godson K.

 

 

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