Société

A l’occasion du 2 novembre, l’UNESCO appelle au renforcement de la sécurité des journalistes

 

Le monde célèbre ce 02 novembre, la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes. A l’occasion, le Programme international pour le développement de la communication de l’UNESCO a produit un rapport sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité. Il donne une vue d’ensemble des données collectées par l’Unesco sur les meurtres de journalistes et une analyse de l’état d’avancement des enquêtes judiciaires relatives à ces meurtres. Pour cette année 2018, on enregistre déjà 86 journalistes tués.

Une tendance à la hausse

Selon le rapport, de 2016 à 2017, l’Unesco a recensé 182 meurtres de journalistes dans le monde, soit 102 pour l’année 2016 et 80 en 2017. Entre 2014 et 2015, le nombre de journalistes tués dans l’exercice de leurs fonctions s’élevait à 213. Ce qui fait de l’année 2017 celle qui a connu le moins de meurtres de journalistes.

Cette tendance à la baisse a été rompue, à en croire les statistiques de l’année 2018. En effet, entre le 1er janvier et la fin du mois d’octobre 2018, l’Unesco a recensé le meurtre de 86 journalistes. Ce sont des envoyés spéciaux tués sur les terrains de guerre, mais dans la majorité, ces crimes concernent les journalistes locaux qui enquêtent sur la corruption, la criminalité et la politique. « Depuis longtemps, ce sont les journalistes locaux qui couvrent des événements locaux qui constituent de loin le plus grand nombre de victimes. Les agressions contre des journalistes internationaux tendent à faire l’objet d’une plus grande couverture médiatique, mais les statistiques montrent qu’en 2016-2017, moins d’un journaliste sur dix tué était un journaliste international. En 2017, les journalistes locaux ont représenté 90 % des journalistes tués et en 2016, 94 %. Sur les 14 victimes étrangères recensées en 2016-2017, la moitié ont été tuées dans des pays en conflit », souligne le rapport.

Malheureusement, les terrains de guerre ne sont plus les plus dangereux pour l’exercice de la profession du journaliste. Depuis 2014, il a été observé une augmentation régulière de la proportion de meurtres de journalistes commis dans des pays qui ne sont pas en proie à un conflit armé. C’est le cas, par exemple de l’année 2017, où, pour la première fois, davantage de journalistes (55 %) ont été tués dans ces pays que dans des pays qui connaissent un conflit armé. « En 2016, la proportion de journalistes tués dans des pays en proie à un conflit armé et dans des pays qui n’en connaissaient pas était la même (50 %). Cette tendance peut s’expliquer par l’absence de nouveaux conflits armés dans le monde et par la diminution du nombre de journalistes qui travaillent dans des zones de conflit durable », précise l’Unesco.

L’un des points abordés par l’Unesco dans son rapport concerne la sécurité des journalistes et la question de l’impunité. Il a été demandé aux Etats d’informer l’institution, sur la base du volontariat, du progrès des enquêtes judiciaires diligentées sur chaque meurtre. En 2017, 62 Etats membres avaient reçu une telle demande qui concernait des affaires qui sont toujours pendantes ou non résolues, celles où les informations ne sont jamais communiquées par les Etats et celles qui se sont produites au cours de l’année précédant la demande. « Les demandes adressées aux Etats membres en 2018 couvraient 893 des 1.010 meurtres enregistrés par l’Unesco entre 2006 et 2017. Les autres affaires sont celles que l’Unesco avait déjà cataloguées « résolues » ou « classées » sur la base des informations fournies par les Etats membres les années précédentes »,lit-on dans le rapport.

Il en ressort que des Etats comme l’Angola, le Burundi, la République Centrafricaine, le Congo, la République démocratique du Congo, l’Egypte, l’Erythrée, la Guinée, la Lybie, le Mali, le Soudan du Sud et l’Ouganda (pour ce qui concerne les pays africains) ont répondu partiellement ou n’ont pas du tout communiqué sur les crimes commis sur les journalistes. Sur 117 cas de meurtres enregistrés depuis 2006, seules 16 affaires ont été résolues. Aucune information n’est par contre pas disponible sur 36 autres cas.

Pas de meurtres de journaliste au Togo, mais…

Dans le rapport, le Togo n’a pas été cité comme pays ayant enregistré de meurtres de journalistes ces dernières années. Pour autant, la situation des journalistes n’est pas la plus enviable dans la région ouest africaine.

Au Togo, les agressions des journalistes ont connu une recrudescence avec la reprise de la crise sociopolitique en août 2017. Plusieurs professionnels de l’information ont été victimes d’agression alors qu’ils exerçaient leur métier. De nombreux cas de violences ont été enregistrés, impliquant des agents des forces de sécurité ou de défense. Blessures, destructions de matériels de travail et menaces ont été signalés. A cela s’ajoutent les intimidations. Ce qui met en péril la liberté d’expression.

Pourtant, il est indéniable que garantir la liberté d’expression, c’est également contribuer à l’instauration de l’Etat de droit. « La lutte contre l’impunité fait partie intégrante de la liberté d’expression, de la liberté de la presse et de l’accès à l’information. Renforcer la sécurité des journalistes qui prennent des risques pour nous informer est non seulement un devoir indispensable, mais également un enjeu de démocratie. S’en prendre à un journaliste, cela revient à s’attaquer à la société toute entière », a déclaré à l’AFP la Directrice Générale de l’Unesco, Audrey Azoulay.

Pour rappel, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté, en 2013, une résolution qui instaure le 2 novembre comme une journée internationale pour mettre fin à l’impunité des crimes contre les journalistes. Cette résolution exhorte les Etats membres à mettre en œuvre des mesures concrètes pour lutter contre la culture de l’impunité. Le 02 novembre a été choisi en commémoration de l’assassinat de deux journalistes français, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, au Mali, le 2 novembre 2013.

G.A.

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