Sunday 26 January 2020
Société

Violences ethniques sur les Adjas dans le Bassar et le Dankpen/ Le silence des autorités fait craindre le pire

 

 

. Des dégâts matériels estimés à des centaines de millions FCFA

 

Les préfectures de Bassar et de Dankpen sont en proie à une vague de violences ethniques. En réalité, il ne s’agit pas d’une guerre entre deux communautés, mais d’une « revanche » des communautés autochtones de ces localités sur les ressortissants Adja. D’après les témoignages, plusieurs boutiques et autres biens appartenant à des Adja ont été vandalisés. Et pourtant, rien ne présageait d’une telle réaction des populations du grand Bassar envers ces hommes et femmes qu’ils ont accueillis et avec qui ils ont toujours vécu dans l’harmonie.

Les faits

Tout est parti de Bangeli le jeudi 28 novembre 2019. Ce jour-là, un enfant a disparu et a été recherché en vain. A en croire une source locale, les informations reçues ici et là ont permis de remonter jusqu’au sieur Akla, leader de la communauté Dadjè (l’autre appellation des Adjas, Ndlr) dans le Bassar. Ce dernier est bien connu dans la région pour ses activités commerciales. « Il est propriétaire d’une auberge, de bars, de boutiques et autres commerces qu’il a nommés ‘’Ma Joie’’ », précise la source.

Les violences ont commencé le mercredi 04 décembre 2019. Des individus ont envahi le domicile, puis les boutiques et autres biens du leader de la communauté Dadjè. Sur les images, on peut voir les dégâts importants causés par le passage des populations. Mais une chose a retenu l’attention, la découverte d’ossements humains, notamment des crânes. « Ils sont allés casser les choses dans son domicile. Dans la maison, les gens ont trouvé 3 têtes humaines dont l’une qui est un peu plus fraîche et pourrait être celle de l’enfant disparu. Nous avons appris qu’il n’a pas agi seul, mais avec la complicité d’autres personnes », explique la source. Ces complices seraient une dame et des jeunes qui auraient été arrêtés à Kara puis relâchés.

Selon la même source, le sieur Akla et sa famille ont été exfiltrés de la localité grâce au CB de Bangeli dont il serait ami. « Mais ce qui est grave, c’est qu’aucune autorité n’est sortie du silence pour dénoncer les mauvaises pratiques. La raison c’est que le monsieur est très puissant dans la localité à cause de ses rapports avec ces autorités. Il les finance beaucoup. Ce que les autorités ont pu faire, c’est d’envoyer les militaires. Si elles maintiennent ce silence et ne prennent pas leurs responsabilités, nous craignons le pire. Tout peut encore arriver dans les prochains jours », avertit-elle.

Une punition collective

C’est en réalité ce qui se passe depuis le 04 décembre dans les localités de Bangeli, Bassar et Guérin-Kouka. Plusieurs sources dénoncent une attaque systématique sur les Dadjès ainsi que leurs biens. « Les ressortissants Adja résidant dans les préfectures de Bassar et Dankpen sont l’objet d’actes de violences depuis le 3 décembre 2019. Plusieurs boutiques ont été vandalisées. L’harmonie et le vivre ensemble sont menacés. A cette heure où je vous écris, ils sont en train de détruire la 7ème boutique sous le regard passif des autorités desdites localités », alertait le 05 décembre 2019 un membre de la communauté Adja.

En réalité, les attaques sur la communauté Adja ne peuvent pas se justifier par le fait d’une seule personne, même si cette dernière est le leader de la communauté. De pareilles réactions doivent être proscrites dans le Togo démocratique auquel les populations aspirent. « Le fait qu’on retrouve des têtes humaines au domicile d’une personne ne donne pas droit à ce qu’on s’en prenne à a communauté dont il fait partie. On devrait laisser la justice faire son travail », a réagi un membre de la communauté Adja, témoin des violences.

En effet, cette punition générale infligée aux Dadjès menace sérieusement le vivre-ensemble entre les différentes communautés. Pire, des personnes innocentes sont impliquées dans cette « répression ». « Ce que nous dénonçons, c’est que les populations ont confondu tout ce qui est Adja au sieur en question. Elles s’en prennent à tous. Même ceux qui n’ont aucun lien de parenté avec le gars ont vu leurs boutiques saccagées. Certains ont dû fuir les localités, mais d’autres y sont encore, malgré le danger. Leur faute, c’est d’appartenir à la même ethnie que lui » déplore notre interlocuteur.

A l’en croire, les violences se sont poursuivies samedi et dimanche et l’on dénombre déjà une dizaine de boutiques vandalisées. Des domiciles auraient été également saccagés et on note des dégâts matériels estimés à plusieurs centaines de millions de francs CFA. Les violences se seraient poursuivies dans la nuit du 07 au 08 décembre dans la localité de Manga à 17 Km de Guérin-Kouka où trois autres boutiques ont été détruites.

Comme au sein des populations autochtones, les Adjas déplorent également le silence des autorités togolaises. « A quel jeu jouent les autorités dans la gestion des événements en cours entre la communauté Adja et les populations de Dankpen et de Bassar ? Nos frères dans les localités en question ont peur pour leur vie, mais les autorités administratives les dissuadent de partir, les rassurant de les protéger. On constate malheureusement que lesdites autorités ne font rien pour maîtriser la situation, puisque les actes de vandalisme se poursuivent », s’inquiète une autre source.

G.A.

Shalom