Tuesday 10 December 2019
Editorial

Fais appel aux hommes les plus valeureux !

« Si tu ne peux pas voler, cours ! Si tu ne peux pas courir, marche ! Si tu ne peux pas marcher, rampe ! Mais, quoi qu’il en soit, continue d’avancer ! Toujours !» (Martin Luther King Junior)

Depuis des décennies, les Togolais se battent pour plus de liberté, de justice, surtout de démocratie et d’alternance dont ils sont les seuls peuples en Afrique de l’Ouest à ne pas avoir.   A l’avant-garde du combat politique, les leaders de l’opposition qui se sont toujours battus avec leurs moyens pour tenter de venir à bout du pouvoir tenu de main de fer par le père et le fils depuis plus de 50 ans. Mais de tout temps, ils ont buté contre le régime qui, reconnaissons-le, dispose de tous les moyens financiers, institutionnels, matériels, militaires, etc., pour confisquer indéfiniment le pouvoir et les richesses du pays.

Ayant en horreur les principes démocratiques, le fils qui a pris la place de son père, il y a 15 ans, n’envisage pas une seconde de céder le trône. Sa seule ambition est de rester au pouvoir et de se ménager la présidence à vie comme son géniteur. Il se donne les moyens pour ce faire. Comme l’observait un acteur politique, « la CENI et la Cour constitutionnelle sont plus que jamais « assujetties » au chef de l’Etat, l’institution militaire lui est soumise et prête à tout, la création de l’Office togolais des recettes (OTR) symbolise pour lui, la centralisation de toutes les ressources pour faciliter la prédation de la famille Gnassingbé. »

Face aux échecs répétés de l’opposition, la 2ème vice-présidente de l’ANC, Isabelle Ameganvi lançait, désespérée en 2016 : « Nous avons vainement essayé toutes les méthodes avec ce régime. Nous avons employé à plusieurs reprises des méthodes qu’ailleurs, on n’a utilisées qu’une seule fois pour faire tomber la dictature »

Le régime plie par moments face à la mobilisation populaire, mais ne rompt point. Le pouvoir des Gnassingbé semble en effet indéboulonnable. Peut-être pour comprendre pourquoi les résultats attendus ne sont jamais au rendez-vous de la lutte que mène l’opposition, elle peut se référer à cette sagesse du coach et essayiste américain, Tony Robbins, qui enseigne que « si tu fais ce que tu as toujours fait, tu obtiendras ce que tu as toujours obtenu ».

C’est fort de ce constat que certains responsables de l’opposition notamment de la C14 ou ce qui en reste, ont décidé de changer de « méthode », de « stratégie » dans la perspective de la présidentielle de 2020. En désignant un candidat unique de l’opposition, mais une personnalité neutre qui n’est pas membre de la C14. Cette formule n’aurait pas été du goût de certains leaders qui ont claqué la porte de la coalition. Ceux-ci espéraient porter le flambeau de la coalition au scrutin de 2020.

« Il y a une partie des 7 partis de la C14 qui approuve que le candidat unique à la prochaine présidentielle soit choisi en dehors de la coalition, alors qu’une autre partie oppose un refus catégorique », a expliqué Antoine Folly, membre de la coalition. Il reste néanmoins confiant que la C14 va choisir un candidat à même de mobiliser les Togolais pour réaliser l’alternance politique en 2020. Et il invite les forces démocratiques à s’unir autour de cet idéal.

 Mais si les partis ont toujours échoué à arracher le pouvoir aux Gnassingbé, pourquoi une réorientation de la lutte embêterait-il tant certains ? Ceux-là auraient-ils l’ambition de faire carrière dans l’opposition ? Prennent-ils réellement la mesure de la souffrance des Togolais ?  

« Si tu ne peux organiser, diriger et défendre le pays de tes pères, fais appel aux hommes les plus valeureux (…) Si tu ne peux protéger le peuple pour braver l’ennemi, donne ton sabre de guerre aux femmes qui t’indiqueront le chemin de l’honneur». Ainsi résonne l’hymne de l’Empire Wassoulou (l’empire Mandingue). Qui vante ici les qualités que doivent posséder ceux qui aspirent à présider aux destinées de leur pays afin d’avoir la confiance de leur peuple. L’opposition togolaise devrait faire de cet hymne son bréviaire.

Médard AMETEPE

Shalom