Editorial

Délestage : La CEET face à ses vieux démons

«Le délestage a ceci de particulier que son impact est quasi-instantané, brutal, massif, ne laissant  d’autre  choix  à  ses  victimes sacrificielles  que  celui  d’une  résignation mêlée d’indignation et d’une révolte sourde sur fond de précarité des conditions de vie et de détresse tant physique que psychologique » (Roch Népo)

Les vieux démons sont-ils de retour à la Compagnie énergie électrique du Togo (CEET) ? La crise cyclique au plan énergétique a repris droit de cité et on assiste depuis un temps, à des coupures intempestives et répétées de courant. Or l’énergie électrique est d’une grande utilité sociale. Elle est devenue un produit de première nécessité par excellence au même titre que l’eau potable. Les conséquences de ces délestages sauvages sur le plan économique et social, dans le contexte de crise sanitaire et de cherté de la vie, sont dramatiques. Les prix de revient des biens et services de consommation courante risquent de flamber. De plus, en cette période de forte canicule, c’est un double enfer que vivent les Togolais.

 

La CEET évoque des problèmes dus « à une panne » pour justifier les délestages. Curieusement, les interruptions intempestives de la fourniture du courant interviennent au lendemain de l’éviction subite de l’ancien patron de la société, Laré Santiégou en service depuis seulement 18 mois. Remplacé au pied levé par Degla Essenouwa qui fait office de nouveau directeur. Y aurait-il une relation de cause à effet entre la reprise des délestages et la déchéance de l’ancien directeur ? Mauvaise gouvernance ? Les Togolais n’en sauront certainement jamais sur les raisons de ce brut dégommage. Pourtant ces dernières années, pour une autonomie du Togo en matière énergétique, les partenaires ont injecté des centaines de milliards dans des projets d’électrification. Hormis la centrale thermique de Contour Global -un éléphant blanc qui a coûté la bagatelle de 100 milliards FCFA au contribuable togolais-, une multitude de projets ont vu le jour, entre autres PEREL et PRESIT, PERECUT, CIZO, Kekeliefficientpower, ZAYEDBLITTA et TINGA pour lesquels plus de 600 milliards FCFA ont été mobilisés pour mieux rentabiliser le secteur énergétique dans notre pays. Ces projets dont certains sont en cours, s’inscrivent dans la stratégie d’électrification du Togo pour un accès universel à l’horizon 2030.

Ils devraient apporter une électricité fiable à des milliers de Togolais aux fins de réduire les inégalités. Le dernier projet qui vient en complément aux précédents, le « Fonds Tinga », a été créé le 27 novembre par le gouvernement. Objectif : offrir des subventions remboursables aux populations à faible revenu afin de leur faciliter l’accès aux réseaux électriques. Le mécanisme, avait-on dit, devrait permettre « de couvrir les frais de branchement au réseau national de distribution de l’énergie électrique basse tension ou à un mini-réseau basse tension, les coûts de réalisation des travaux d’installations électriques intérieures basse tension ainsi que l’acquisition des équipements électriques nécessaires et des kits solaires ».

Dans certains milieux, la création du « Fonds Tinga » suscite des interrogations. Si certains disent ne pas comprendre la création de ce énième fonds pour l’accès universel à l’électricité alors que plus de 5 projets de plus de 300 milliards sont en souffrance, d’autres se demandent d’où proviennent ces fonds, qui va les financer et quel bilan a-t-on fait des fonds déjà créés. Des doutes raisonnables dans un pays connu pour être une mare de corruption.

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