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Il faut sauver le soldat Alpha !

« Le doigt qui a trempé dans la confiture reste solidaire des siens » (Gilbert Choulet)

Un proverbe africain enseigne que «quand la case de ton voisin brûle, il faut l’aider à éteindre le feu de peur qu’il ne se propage à ta propre case». Le syndicat des chefs d’Etat de la CEDEAO l’a compris. L’enfer, ce n’est pas toujours l’autre. Très solidaires, ils se démènent pour sauver la peau de leur pair Alpha Condé dont la boulimie du pouvoir a conduit à sa perte. Heureusement qu’il est tombé entre les mains de putschistes affables et gentils qui ont eu l’amabilité de ne pas toucher un seul des ses cheveux, bien qu’il soit chauve. Il peut remercier Allah d’être toujours en vie. D’autres n’ont pas eu cette chance. D’une décharge de plomb, ils furent envoyés très tôt chez Pluton.

Depuis la chute fracassante de l’octogenaire dictateur déchu, gardé dans un lieu secret, les membres du club ne se donnent plus de répit. Son sort les préoccupe à tel point qu’ils multiplient les consultations et appels pour tenter de lui sauver la vie. Si le vieil homme a perdu définitivemnt le pouvoir, il faut au moins sauver son intégrité physique. C’est ce à quoi s’attelle le syndicat des chefs d’Etat aux fins d’obtenir sa libération. Le club a peu goûté au traitement infligé par les putschistes à son membre présenté comme un trophée, filmé, le regard perdu et hagard comme s’il se réveillait d’un cauchemar, les pieds nus, la chemise entrouverte.

Déjà, le lendemain du pustch, les chefs d’Etat, surpris par la « mauvaise » nouvelle, étaient sur tous les fronts. Pendant que Nana Akufo-Addo, président en exercice de la CEDEAO, prenait langue avec ses pairs pour la tenue d’un sommet express, le sous-préfet d’Emmanuel Macron, Alassane Ouattara, lui, s’entretenait avec le nouvel homme fort de la Guinée, Mamady Doumbouya. Les ministres des affaires étrangères de la CEDEAO n’étaient pas en reste. Tous ont plaidé pour la libération rapide du papy qui, eu égard à son âge avancé et sa santé fragile, ne devrait pas subir trop de choc. La vieillesse, dit-on, est synonyme de sagesse. Mais chez l’ancien président guinéen, la vieillesse visiblement est un naufrage. Pour n’avoir pas su réfréner son appétit glouton, il en paie le prix fort. Nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes.

A en croire « Africa Intelligence », la mission d’Alassane Ouattara aurait porté des fruits. Il a obtenu la garantie du chef de la junte que son homologue dictateur déchu était traité « avec les meilleurs égards et qu’il pourrait être prochainement libéré ».

La rencontre des chefs d’Etat voulue par Nana Akufo-Addo pour se pencher sur la crise en Guinée devrait se tenir virtuellement hier. Au cœur de ce sommet, d’éventuelles sanctions économiques hypocrites à prendre contre la junte et la Guinée de l’après Condé. A propos des sanctions, quand certains membres du club violent les Constitutions de leur pays et organisent des élections frauduleuses pour se maintenir au pouvoir, ce qui est considéré comme de nouvelles formes de coup d’Etat, le syndicat reste muet comme une tombe. Mais dès que des esprits éclairés, des hommes en calotte et godillots, rétablissent l’ordre, ils se mettent dans tous leurs états.

La souveraineté appartient au peuple. Quand le peuple, dans sa majorité, approuve un pustch comme c’est le cas en Guinée, des chefs d’Etat qui d’ailleurs, ont perdu toute légitimité, n’ont plus leur mot à dire.  « Vox populi, vox Dei » (la voix du peuple est la voix de Dieu). Comme le dit si bien Patrice Talon, « ils vont s’énerver, mais ne pourront rien faire » !

Médard AMETEPE

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