Editorial

Une vraie fausse reconnaissance de la victoire de Faure Gnassingbé?

 

« Le faux, en ce monde, ne connaît aucunes limites »  (Sénèque)

Le scrutin présidentiel du 22 février 2020 cristallise toujours les débats, six mois après sa tenue. Faure Gnassingbé, malgré sa « brillante victoire saluée par la communauté internationale », peine à nommer son Premier ministre et à former un nouveau gouvernement. Son principal challenger, Agbéyomé Kodjo, porté par la Dynamique Monseigneur Kpodzro se réclame toujours vainqueur du scrutin.

Depuis le braquage électoral, l’ancien Premier ministre et les responsables de la Dynamique Kpodzro sont devenus le souffre-douleur du régime qui utilise la terreur et l’instrumentalisation des institutions pour les contraindre au silence. Son immunité parlementaire sera levée. Pendant plusieurs jours, son domicile a été assiégé par l’armée. L’institution judiciaire sera également mise à contribution. Sous prétexte de n’avoir pas répondu personnellement aux convocations à lui adressées par la justice, Agbéyomé Kodjo sera enlevé avec brutalité et violence ainsi que ses collaborateurs. Ils seront inculpés et placés sous contrôle judiciaire et interdits de se prononcer sur les résultats de la présidentielle. Le coup de grâce lui sera porté avec un mandat d’arrêt international délivré à son encontre. Depuis, l’ancien Premier ministre qui vit dans la clandestinité, ne désarme pas et continue de mener la vie dure au régime.

De fait, le pays végète dans un immobilisme sclérosant comme le décrit fort bien Pierre Adjeté : « Il ne se passe pas grand-chose au Togo. Les acteurs politiques se regardent en chiens de faïence, immobiles et impassibles. Six mois après les élections du 22 février 2020, de l’économie à la politique, en passant par l’effervescence sociale et culturelle, tout est à l’arrêt; la République aux oubliettes, les affaires à la dormance, l’ordinaire à la débrouillardise, à la corruption et au sauve-qui-peut. L’Éthique républicaine est aux arrêts; elle est menottée au quotidien ».

C’est dans ce contexte que Agbéyomé Kodjo jette un froid dans le camp des partisans du statu quo sur la « reconnaissance » de la victoire de Faure Gnassingbé à la présidentielle par la communauté internationale. Au lendemain du scrutin, des messages de félicitations et de soutien de la France, de l’Allemagne et de l’Union européenne à Faure Gnassingbé, avaient foisonné et été repris en boucle par des organes de propagande du régime.

Le président français Emmanuel Macron aurait notamment salué son homologue togolais pour les « progrès accomplis en matière de gouvernance économique et de climat des affaires, comme attesté par la performance du Togo dans les derniers classements internationaux » et formulé « le vœu que l’attractivité du Togo reste croissante auprès des investisseurs internationaux et notamment français. »

Mais à en croire Agbéyomé Kodjo, le message de soutien de Macron serait du vrai faux. Il écrit que le pouvoir de Lomé avait remis un faux document à un journaliste étranger sur une supposée reconnaissance de la victoire de Faure Gnassingbé par les partenaires européens et la France. « Mon équipe et moi ferons le travail nécessaire pour qu’enfin, la vérité éclate. Ce énième mensonge ne passera pas », assure l’ancien Premier ministre.

Certains partisans d’Agbéyomé Kodjo croient dur comme fer que c’est ce mensonge dans lequel se seraient embourbés Faure Gnassingbé et son régime qui a conduit à l’impasse actuelle.

Médard AMETEPE

 

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