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Guinée équatoriale : La poudrière meurtrière !

« L’inconscience et l’ignorance sont les maladies les plus meurtrières du monde » (Landry Makana)

Une poudrière en plein milieu des habitations ne peut faire que des dégâts ! La Guinée Equatoriale vient d’en faire la douloureuse expérience. 107 morts et 615 blessés, c’est le lourd bilan enregistré suite aux explosions qui ont ravagé dimanche 7 mars, le camp militaire de Bata, la capitale économique et une multitude de concessions.

C’était l’horreur comme le décrit l’Afp : «Les très puissantes déflagrations, espacées de longues minutes en plein après-midi, ont littéralement ravagé les édifices du camp abritant des militaires des forces spéciales et des gendarmes, ainsi que leurs familles, et éventré ou aplati d’innombrables maisons des quartiers environnants ».

La Guinée équatoriale : un pays riche, une population pauvre. Troisième producteur de brut en Afrique Subsaharienne, la Guinée équatoriale est l’un des pays les plus riches du continent. A première vue, le pays présente l’image d’un eldorado où il ferait bon vivre et des taux mirobolants de croissance économique à deux chiffres. Cependant la grande majorité des populations de 1,3 million d’habitants vivent dans l’extrême pauvreté. Toutes les richesses du pays sont concentrées entre les mains de la minorité qui gravite autour du pouvoir central.

Le pays est dirigé d’une main de velours depuis 42 ans par Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, le doyen des chefs d’Etat au monde. Son clan a la mainmise sur toutes les richesses du pays. Le magazine américain Forbes évaluait en 2006, la fortune personnelle du chef de l’Etat équato-guinéen à 600 millions de dollars. 15 ans plus tard, on peut imaginer la fortune du dictateur qui garde toujours la main sur la rente pétrolière.

Pendant ce temps, la population déjà appauvrie et affamée par 42 années de gabegie du régime Nguema est piégée par ses propres dirigeants. Une centaine de personnes ont perdu gratuitement la vie à cause de l’insouciance ou l’inconscience du régime de Teodoro Obiang Nguema qui dispose d’un arsenal de guerre au cœur de la ville pour protéger son pouvoir. Comble de scandale, le pays n’est pas en guerre, mais les dirigeants ne cessent d’investir des milliards dans l’armement, avec les conséquences qu’on connaît.

« Cet accident pénible causé par l’explosion de dynamites et d’autres explosifs a montré que la paix est très fragile et peut être rompue à tout moment par le comportement irresponsable, ignorant et incompétent de nos concitoyens », s’est insurgé l’inamovible président équato-guinéen. Il a blâmé les responsables du camp de Nkoa Ntoma de Bata d’avoir stocké les explosifs à l’origine des déflagrations meurtrières si près de quartiers d’habitation.

Comme quoi lui-même n’a aucune responsabilité dans cette tragédie. Pourtant, il y a 09 ans, un autre pays de l’Afrique centrale, le Congo Brazzaville avait vécu un drame similaire. Un dépôt de munitions situé dans la caserne d’un régiment de blindés cavalerie dans le quartier Mpila à Brazzaville avait explosé  et détruit des milliers d’habitations, faisant 300 morts, 2500 blessés et 17.000 sans abris. Manifestement, cette catastrophe n’avait pas servi de leçon aux pays voisins pour délocaliser les garnisons au milieu des habitations. Gouverner, c’est prévoir.

Sous d’autres cieux, plusieurs têtes dans le commandement militaire devraient déjà tomber. Malheureusement nous sommes en Afrique où les dirigeants qui se considèrent comme des demi-dieux n’ont de compte à rendre à personne.

Médard AMETEPE

 

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