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Le Togo  et ses mauvais réflexes

« Comment expliquer que des autocrates s’affichent, sans gêne, au premier rang des invités, là où l’on célèbre une élection démocratique ? » (Jean-Baptiste Placca)

Au Togo, c’est une lapalissade, les dirigeants ont divorcé avec les valeurs de la démocratie et de l’alternance. Depuis 55 ans, ils  se sont toujours donné les moyens de ne jamais perdre le pouvoir d’Etat. La preuve, sur les 15 pays qui forment la CEDEAO, notre pays est le seul à ne jamais connaître l’alternance démocratique. Une République à la tête de laquelle trône une seule famille, le père et le fils, depuis des décennies, sans offrir au pays aucune possibilité d’ouverture démocratique.

Le Togo porte d’ailleurs le titre peu glorieux de deuxième dictature au monde derrière la Corée du Nord de Kim Jong, où 90% des Togolais n’ont jamais connu que la seule famille Gnassingbé au pouvoir.

Cette situation d’exception que nous vivons au Togo ne semble guère gêner les gouvernants qui ont la manie de se transporter dans les pays où on célèbre la démocratie et l’alternance et poussent l’outrecuidance jusqu’à s’afficher sans gêne aux premières loges.

Contrairement au Togo où ceux qui sont au pouvoir multiplient les mandats sans limite, -Faure Gnassingbé est à son quatrième après les 38 années de règne de règne absolu de son père- au Kenya, après deux mandats, Uhuru Kenyatta a décidé de se conformer à la Constitution et de passer la main.

Après une bataille électorale serrée lors de la présidentielle le 9 août 2022 entre le vétéran de l’opposition, Raila Odinga et le vice-président et numéro 2 du régime, William Ruto, c’est ce dernier qui a été déclaré vainqueur du scrutin, des résultats confirmés par la Cour suprême kényane.

Le nouveau président a été investi le 13 septembre pour devenir officiellement le cinquième président du Kenya. On se rappelle, lorsque le tribunal avait confirmé sa victoire, William Ruto s’était mis à genoux en pleurant et en priant. Un geste qu’il a répété lors de la cérémonie en s’agenouillant sur la scène quelques minutes après sa prestation de serment au cours d’un long sermon où le pasteur a éntonné « un vendeur de poulet à un président », en référence à l’humble jeunesse de Ruto.

Parmi les inivités de marque à la cérémonie, trônait tout sourire au premier rang, aux côtés d’autres personnalités, la présidente de l’Assemblée nationale, Yawa Djigbodi Tségan. « J’ai eu l’honneur de prendre part ce mardi 13 septembre 2022, au nom du Président de la République, Son Excellence Monsieur Faure Essozimna Gnassingbe, à la cérémonie d’investiture de William Ruto, nouveau Président de la République du Kenya », a annoncé l’égérie de Faure Gnassingbé. Avant de se laisser aller à son éternelle flagornerie, affirmant que les deux dirigeants partagement les mêmes visions sur le continent.

Le nouveau président du Kenya est issu d’une famille modeste et se proclame d’ailleurs « hustler in chief » (débrouillard en chef) puisqu’il a été dans sa jeunesse, un vendeur de poulet qui a réussi à accéder au State House, le palais présidentiel. Tout le contraire de Faure Gnassingbé qui est né avec une cueillère d’or dans la bouche et qui considère le pouvoir d’Etat comme un legs familial. Dame Yawa Tségan peut-t-elle nous assurer qu’un « vendeur de poulet » peut avoir la chance d’accéder à la magistrature suprême au Togo ? Un rêve inimaginable. Parce que sous les Gnassingbé, ne devient président qui veut.

Willam Ruto et Faure Gnassingbé appartiennent à deux mondes diamètralement opposés et ne peuvent pas avoir la même vision. Faure Gnassingbé est au pouvoir depuis 17 ans avant l’arrivée de William Ruto qui, s’il réussit à faire un second mandat, partira en 2032 tandis le dirigeant togolais restera toujours scotché au pouvoir…

Médard AMETEPE

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