ActualitesSociété

A propos des produits pétroliers et du gaz butane : Des subventions opaques pour faire suffoquer l’économie togolaise

 

Il est un calculateur qui sait s’arroger ce qu’on peut qualifier de « bonnes choses ». Et depuis vendredi 16 septembre 2022, un communiqué signé de Faure Gnassingbé est relayé en boucle par ceux qui souffrent le plus de cette manière de gouverner. Des dix mesures qui font dire à certains que « Faure a sorti la grosse artillerie », ou bien qu’il « accède aux cris de détresse des Togolais », ou d’autres titres plus ronflants les uns que les autres, celles relatives aux subventions sur les produits pétroliers et le gaz butane surtout retiennent notre attention. Des bizarreries qui passent mal, et s’expliquent difficilement.

Inhalation de gaz subventionné aux consommateurs togolais

Aux points 8 et 9 du communiqué signé par le chef de l’Etat le 16 septembre 2022 on y lit : « 8-Dotation additionnelle de la subvention aux produits pétroliers de 30 milliards de francs CFA pour la porter à 37,8 milliards de francs CFA, afin de poursuivre le soutien de l’Etat à la flambée des prix des produits pétroliers induits par la situation géopolitique au plan international et la hausse du coût du dollar. 9-Dotation additionnelle de la subvention au gaz domestique de 7,7 milliards de francs CFA pour la porter à 9,3 milliards de francs CFA, afin de continuer à soutenir les ménages ».

D’abord au sujet du gaz butane et concernant la dotation additionnelle de 7,7 milliards FCFA pour la porter à 9,3 milliards FCFA. Preuve que legaz était subventionné à hauteur de 1,6 milliard FCFA. Ce chiffre couvre quelle période, étant donné que le communiqué est très vague à propos ? Ensuite, les 7,7 milliards concernent quelle période ? Celle écoulée ou celle à venir ? Là aussi, rien de concret.

Mais quand on revisite un poste du site officiel du gouvernement, republiquetogolaise.com, on se rend compte que de janvier à juillet 2022, le ministère du Commerce avait avancé certains chiffres.

« Au Togo, l’approvisionnement en gaz butane est assuré par les opérateurs privés que sont Total Energies, Zener (ex-Sodigaz) ou encore Sanol, et non par le gouvernement comme c’est le cas pour les produits pétroliers. Le prix du gaz étant donc fixé par les acteurs du secteur en fonction de leurs coûts d’achat, une subvention étatique (accordée depuis plus de quinze ans désormais) permet de maintenir les prix à un niveau abordable, pour non seulement aider les populations, mais surtout freiner la déforestation en limitant l’utilisation du charbon de bois. D’après les données du ministère du commerce, le montant des subventions accordées par l’Etat de janvier à juillet 2022 se chiffre à 10,4 milliards FCFA, contre une inscription au budget 2022 de 1,6 milliards », lit-on.

Si de janvier à juillet 2022, la subvention du gaz butane a subi une augmentation de 8,8 milliards FCFA, un chiffre qui semble trop bizarre et difficile à croire-, et que le communiqué de Faure Gnassingbé opte pour une subvention différentielle de 7,7 milliards FCFA, alors, le montant que les investisseurs privés vont faire rejaillir sur le prix du gaz sera de 1,1 milliard FCFA. Et ce chiffre couvre la période que couvrira la subvention additionnelle de 7,7 milliards FCFA.

Conclusion, l’augmentation du prix du gaz butane, toutes bouteilles confondues, ne devrait plus être ce à quoi le ministre du Commerce Kodjo Adedze a soumis les consommateurs togolais. La bouteille de 6kg ne devra pas dépasser 3.200 FCFA et celle de 12,5kg, pas plus de 6.700 FCFA. Et même là, c’est les prix extrêmes que nous avons osés.

Pour revenir à ces subventions à proprement parler, l’autorité ne dit rien sur le prix du gaz à l’international pour se justifier. Parce que si l’Etat togolais a prévu pour toute l’année 2022 une subvention de 1,6 milliard FCFA –ce qui doit être certainement le cas pour les années antérieures-, il faut au moins un travail de pédagogie ou d’andragogie selon que l’Etat s’adresse à des enfants ou à des adultes pour se faire comprendre. Autrement, les graves soupçons qui lorgnent les nouvelles bouteilles de gaz de la compagnie T-Oil seront difficiles à dissiper.

En effet, c’est au moment où la société T-Oil débarque sur le marché de distribution du gaz butane que les montants des subventions de ce produit sont portés à la connaissance du grand public. Dans un passé récent et même lointain, il a toujours été question de chiffres relatifs à la subvention de produits pétroliers ; jamais du gaz butane.

Des produits pétroliers subventionnés ; quid du Fonds d’entretien routier ?

Il y a ensuite la dotation additionnelle de la subvention aux produits pétroliers de 30 milliards FCFA finalement portée à 37,8 milliards FCFA. Sur quelle période ? Mystère.

Ainsi, sur une certaine période, cette subvention connaitra une hausse de près de 358% et passera de 7,8 milliards FCFA à 37,8 milliards FCFA. Mais  jusqu’à hier, la mesure et celle portant sur le gaz butane et qui sont d’application immédiate, n’ont pas encore connu de début de mise en application.

Quand on sait que c’est sur la base des arguments liés aux cours du baril et du dollar que les autorités togolaises ont décidé des augmentations, on s’attend alors à une baisse inévitable du prix du carburant aussi à la pompe. Loin d’être une faveur, ces mesures ne seront qu’une forme de justice. A moins que l’augmentation de la subvention ne soit…duFake !

Pendant qu’on y est, personne n’émet du bruit sur ce que rapportent les recettes du fonds pour l’entretien routier. Des recettes qui se chiffrent à plusieurs milliards et dont les chemins pris se confondent à des OVNI.

La CEDEAO avait pourtant opté pour des prix abordables du gaz butane

Le 23 octobre 2020, un article du confrère Togo First plantait le décor. « Avec l’appui de la Cedeao, le Togo va disposer d’une politique de promotion et de vulgarisation du Gaz de Pétrole Liquéfié (GPL), appellation donnée au gaz domestique. L’institution communautaire a lancé au titre de son budget 2020, un processus de recrutement d’un consultant pour l’élaboration de ce document, consultable ici. Cette politique nationale devra s’aligner sur les grandes orientations de la stratégie régionale de la Cedeao sur le GPL, notamment améliorer la réglementation, réduire le tarif du gaz domestique et renforcer le système de distribution du produit, entre autres. L’objectif de la Cedeao à terme est de contribuer à l’amélioration de l’accès des ménages à ce combustible moderne et propre, au Togo. Rappelons que le pays a amorcé ces dernières années une politique en faveur des Energies durables et renouvelables ».

Et sur le site de la CEDEAO, un appel à manifestation d’intérêt couvrant la période du 16 décembre 2020 au 15 janvier 2021 a été plus explicite. La référence No.ECW/IC/ADM/15.12.20/dg faisait allusion à la sélection d’un Consultant Individuel pour l’élaboration de la politique nationale de promotion et de vulgarisation du Gaz de Pétrole Liquéfié (GPL) du Togo.

Parmi les tâches dévolues au consultant, il y a une revue du cadre institutionnel, légal et règlementaire régissant l’activité du GPL ; une analyse de la structure du marché notamment du système d’approvisionnement, de production, d’importation et de distribution du GPL ainsi que des acteurs publics et privés ; une description des infrastructures existantes notamment les infrastructures de réception des butaniers, de stockage, de transport et d’emplissage ; une évaluation du parc de bouteilles de GPL, des équipements et accessoires ainsi que les règles de sureté ; une analyse de la politique de prix du gaz et des équipements ; une identification et analyse détaillée des lacunes et barrières existantes. Et ce n’est pas fini.

Evaluer l’évolution de la consommation du GPL sur les 15 prochaines années et analyser les impacts induits par cette croissance sur le plan infrastructurel et sur le système d’approvisionnement, de distribution et de contrôle. Concevoir un document de politique/stratégie nationale basée sur une vision réaliste, des objectifs stratégiques et un plan d’actions pertinent basé sur les particularités nationales. La politique nationale devra s’aligner sur les grandes orientations de la Stratégie régionale de la CEDEAO sur le GPL. Les actions à définir devront concourir particulièrement à une amélioration de la réglementation, à favoriser l’accroissement de l’accès au produit, à réduire le tarif,  à renforcer le système de distribution du GPL, à faciliter l’acquisition des équipements et à renforcer la sécurité dans leur manutention ainsi qu’à accroitre la sensibilisation des populations.La politique devra se traduire sous forme d’un texte national (Loi et son Décret d’application) à adopter par les instances statutaires du pays concerné.

Des exemples existent tout autour du Togo

Si on est arrivé à dire que la réduction du prix du gaz est loin d’être une faveur, mais demeure un droit, c’est aussi par rapport aux pays qui entourent le Togo.

Le Benin, le Niger, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Ghana ne sont pas situés sur une autre planète. Et pourtant, aucun de ces pays n’a décidé de saigner ses populations à travers le gaz butane. Il suffit pour tout consommateur de s’aventurer hors du Togo pour s’en rendre compte. 2.000 F par ci, 2.250 par-là, 3.500 F au maximum ailleurs, voilà les tarifs des bouteilles de 6kg. Toutes situations qui font dire que la subvention n’est point l’apanage du seul Etat togolais. Mais bien de pays qui mettent l’amélioration des conditions de vie de leurs populations au-devant de toute autre considération.

Ainsi, revenir aux tarifs originels reste la seule voie viable à l’auteur du communiqué du vendredi 16 septembre. Autrement, ce sont les arbres et donc la lutte contre les changements climatiques qui aura du plomb dans l’aile au Togo. Car il est des situations qui n’ont pas besoin de manifestations publiques avant de faire reculer le gouvernement togolais.

Il est quand même triste que, lorsqu’il s’est agi de faire avaler la pilule aux consommateurs, que ce soit le ministre du commerce qui a été envoyé à abattoir. Mais quand il s’est agi de « mesurettes positives », c’est le nom de Faure Gnassingbé qui soit au bas du communiqué. Un vrai leader faitmontre de son leadership et se met devant pour affronter les difficultés. Mais lorsqu’il est question de récolter les fruits, il se cache pour laisser profiter ses collaborateurs. C’est ça, l’étoffe du vrai leader.

Godson K.

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page