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La diplomatie au détriment de la démocratie : A quand un groupe de soutien à la sortie de crise au Togo ?

Entre démocratie et diplomatie, le régime des Gnassingbé a fait le choix. Alors que les ressources du pays sont mobilisées pour un rayonnement diplomatique, aucun effort n’est fait pour faire naitre la démocratie au Togo. Au contraire, tout élan allant dans ce sens est étouffé, au nom d’une paix et d’une stabilité qui sont difficilement perceptibles dans le pays.

Il y a quelques jours, le Togo initiait ce qu’il appelle « rentrée diplomatique ». Une rencontre s’est tenue à cet effet à Lomé, sous la présidence de Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères, de l’intégration régionale et des Togolais de l’extérieur. L’événement est présenté comme l’occasion annuelle pour le gouvernement de rappeler les grandes lignes de l’action publique extérieure du Togo. Le pays, d’après le ministre, « joue sa partition et apporte, à la mesure de ses capacités, sa contribution au service des efforts visant à améliorer l’état de notre monde ou le bâtir en mieux, pour la prospérité de chacun de nos États et de l’ensemble de la société internationale, confrontée à des mutations inédites et à des défis aussi inquiétants que pressants ».

Dans son intervention, le ministre a encore une fois mis en exergue le positionnement de la diplomatie togolaise qui côtoie amis et ennemis, alliés et belligérants, dans un non alignement cacophonique. « La diplomatie togolaise est une diplomatie pragmatique de neutralité et de non-alignement… La posture d’équidistance en diplomatie permet en effet de parler à tout le monde dans la gestion des affaires internationales et régionales dans un monde n’ayant plus de centre de gravité, mais où les relations de dépendance commune et d’interdépendance nous condamnent à travailler ensemble », a-t-il déclaré.

La diplomatie togolaise est aussi une diplomatie d’ingérence, même dans les affaires qui dépassent ses capacités. C’est ce qui se traduit par l’organisation de sommets à tour de bras, à l’image de la rencontre tenue hier à Lomé, à l’initiative de Faure Gnassingbé. En effet, le quartier administratif de la capitale togolaise a été bouclé dans le cadre de la réunion du Groupe de soutien à la transition au Mali (GST-Mali). La seconde du genre à se ternir au Togo après celle de mars 2021. C’est donc en prélude à l’événement que le chef de l’Etat a reçu  les délégations malienne et congolaise conduites, chacune en ce qui le concerne par le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, et le vice-premier ministre de la RDC, Lutundula Apala Pen’Apala Christophe.

« Je suis venu à Lomé pour participer à la réunion du comité de suivi de la transition au Mali. À cette occasion, le Président de la RDC m’a demandé de saluer chaleureusement le Président de la République Togolaise, Faure Gnassingbé et lui exprimer une fois de plus ses sentiments fraternels et son appréciation des relations qu’ils entretiennent (…) Le Président Tshisekedi a suivi aussi la libération des trois femmes soldats de la Côte d’Ivoire, il y a quelques heures. Il tenait à en féliciter le Président Faure Gnassingbé et à l’encourager », a rapporté la présidence de la République togolaise dans un article intitulé « Diplomatie togolaise : les félicitations de la RDC ».

Comme l’a déclaré Robert Dussey à l’ouverture de la rentrée diplomatique, « la diplomatie d’action du Togo » est mise en marche, au nom de la paix et la stabilité « qui demeurent des axes prioritaires de la diplomatie togolaise », et « vont davantage nous mobiliser tout au long de la nouvelle année diplomatique à travers des efforts collectifs de lutte contre le terrorisme, des initiatives de bons offices et de médiation. Nos Etats et notre région ont besoin de la stabilité dans le contexte actuel d’expansion des actions de déstabilisation des groupes armés terroristes », a déclaré le chef de la diplomatie togolaise.

Cette propension du Togo à s’occuper des affaires des autres malgré sa situation interne catastrophique amène à se demander s’il arriverait qu’un jour, un pays, une organisation continentale ou mondiale viendrait à se pencher sur la situation au pays de Faure Gnassingbé et Robert Dussey. A quand un groupe de soutien à la sortie de crise au Togo ? Le pays est en crise depuis plusieurs décennies, et tout le monde le sait. Malgré le boucan que le régime des Gnassingbé fait sur le terrain diplomatique, il vit une crise sociopolitique sans égale sur le continent, dans la plus vieille dynastie. Pour survivre et continuer d’exister, les efforts en termes diplomatiques ont pris le pas sur ceux allant dans le sens de la démocratie. Des ressources immenses sont mobilisées pour faire parler du Togo à l’extérieur pendant qu’on ne consacre rien à l’aspiration du peuple à la démocratie. La diplomatie est mise en avant pendant qu’on creuse de plus en plus profondément le trou pour y enterrer la démocratie et tout son corollaire d’alternance au pouvoir, de répartition équitable des richesses, etc. Au Togo, tant que vit la diplomatie, la démocratie peut toujours attendre. On ne s’en inquiète aucunement au sein de l’appareil d’Etat. Au contraire, on s’en réjouit. Et c’est bien dommage ! A cette allure, un autre tripatouillage constitutionnel pour dérouler un tapis plus élastique des mandats présidentiels ne surprendrait personne.

G.A.

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