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Recensement des Togolais de l’extérieur : Réticence justifiée de la diaspora

Les Togolais vivant à l’extérieur refusent de s’inscrire. C’est la remarque faite par les responsables du guichet diaspora qui décident de proroger jusqu’à la fin du mois de juin le délai imparti pour les inscriptions. Une réticence qui se justifie.

« Recenser la Diaspora Togolaise. Pour une connaissance quantitative et qualitative des togolais de l’extérieur… Afin de mieux orienter leurs contributions et répondre à leurs besoins. Et une meilleure prise en compte de l’important réservoir de compétences, d’expériences, de capitaux et de réseaux disponibles dans la Diaspora ». Le message de la coordination du guichet de la diaspora est sans ambiguïté. Tous les Togolais vivant à l’extérieur sont appelés à s’inscrire sur le site internet dédié au recensement de la diaspora togolaise.

L’opération a été lancée le 08 mars dernier et devrait prendre fin le 07 juin 2022. Mais vu la faiblesse des inscriptions, le délai a été prorogé au 30 juin 2022. Cette prolongation a été annoncée mardi dernier par les personnes en charge du projet. « L’objectif de cette prorogation est de permettre à tous les Togolais de la diaspora de continuer à s’enrôler. L’opération qui a commencé depuis le 8 mars vise en effet à dresser une cartographie inclusive et ouverte des Togolais résidant à l’extérieur du pays. Elle permet aussi de les connaître quantitativement et qualitativement. A ce jour, plusieurs centaines de compatriotes se sont enregistrés. Le dénombrement s’effectue directement en ligne sur une plateforme dédiée », apprend-on de la part des officiels.

Evoquant la faible mobilisation de la diaspora autour de ce recensement qui a lieu trois ans après la  mise en place du Haut conseil des Togolais de l’extérieur (HCTE), M. Safiou Radji, coordonnateur du Guichet Diaspora déclare : « Notre Diaspora est complexe. Pas facile de mobiliser à travers le monde ». Selon un site de la propagande gouvernementale, cette identification n’a pas pour objectif de fliquer les Togolais vivant à l’étranger, mais au contraire de constituer une base de données permettant de mettre en œuvre une politique globale permettant de les aider. Pour les démarches administratives, pour les investissements au Togo, pour les incitations fiscales…

La réticence des compatriotes de la diaspora est-elle justifiée ? Absolument ! D’abord parce qu’au Togo, la diaspora n’a de valeur que lorsqu’il s’agit de recourir à elle pour les besoin de financement. Depuis plusieurs années, les discours ont été produits dans ce sens et à travers des initiatives à l’endroit de ceux qui vivent à l’extérieur. Mais dans la pratique, ils ont toujours été écartés de la politique et de la conquête du pouvoir. Dans le cadre de la présidentielle de 2020 par exemple, les conditions n’ont pas été mises en place pour que tous les Togolais disposant de documents d’identification puissent s’inscrire sur les listes électorales des consulats et participer au vote. Des dispositions ont été par contre prises pour que ceux qui votent soient de ceux qui sont au pouvoir.

Ensuite, dans la dernière mouture de la Charte des partis politiques, il est fait obligation à ceux qui veulent créer des partis politiques ou les diriger de justifier d’un certain nombre de mois de séjour dans le pays. Aussi, les détenteurs de la double nationalité sont écartés. Pourtant, c’est tout ce monde qui fait la diaspora togolaise. En plus de l’impossibilité de voter, il leur est dénié le droit d’exercer des activités politiques.

Il y a enfin, et ce n’est pas des moindres, le fait que la diaspora togolaise a été constituée d’exilés politiques pour la plus grande partie. Des gens qui se sentent encore menacés, non seulement à cause de l’inexistence des droits fondamentaux dans le pays, mais aussi parce que ceux qui les traquaient sont toujours au pouvoir et refusent de céder le moindre espace de liberté. L’arrestation et la détention des compatriotes de la diaspora dont Abdoul-Aziz Goma, Jean-Paul Oumolou… sont des faits qui ne rassurent pas. L’alternance politique devrait faire baisser la tension.

La réticence de la diaspora à se faire identifier est aussi la conséquence même de la gestion du dossier diaspora. Une brouille s’est installée dès le début entre les responsables du HCTE et une équipe du ministère en charge des Togolais de l’extérieur. En cause, le pactole mis en jeu pour réaliser ce recensement. A l’époque, des agents du ministère avaient effectué des voyages dans certains pays pour, dit-on, sensibiliser autour du projet, supplantant ainsi le bureau du HCTE, plus proche en fait de la diaspora puisqu’en faisant partie. Le HCTE a été subtilement sorti du jeu alors qu’il est l’entité censée coordonner ce processus.

Finalement, on se demande à quoi joue le gouvernement. Pour attirer la diaspora, il faut mettre un terme au double langage qui consiste en des discours flatteurs et des actes répressifs. Le Togo y gagnerait gros.

G.A.

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