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Togo : Les populations otages de leurs dirigeants

« Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu’il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu’il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir… » (La Boétie, Discours de servitude volontaire)

Pendant qu’au Togo, le pouvoir a érigé la force et la peur en mode de gouvernance, ailleurs les dirigeants, soucieux du bien-être de leurs concitoyens, sont à leur écoute, discutent, échangent avec eux pour parvenir à des accords. C’est le cas notamment au Bénin où Patrice Talon use une approche andragogique pour convaincre. Face aux défis existentiels auxquels sont confrontés les Béninois, Patrice Talon a décidé de prendre des mesures fortes. Le chef de l’Etat béninois est allé au charbon en présidant personnellement une rencontre avec les partenaires sociaux au cours de laquelle il a été décidé de commun accord la revalorisation du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) de 30%.

Au Bénin, le SMIG a longtemps stagné autour de 40.000 FCFA. Dorénavant, il passe à 52.000 FCFA. La mesure devra entrer en vigueur avant la fin de cette année. Cette hausse est assortie d’une obligation faite aux employeurs de souscrire une assurance maladie pour leurs salariés à faibles revenus, à compter du 1er janvier 2023. « Ceux-là que vous employez, ils vont travailler toute leur vie et ils n’auront pas une pension de retraite. Ce n’est pas normal. Nous devons faire face à tout cela avec courage », a insisté Patrice Talon devant les responsables syndicaux.

Concernant la revalorisation des salaires, deux niveaux d’augmentation ont été définis. Dans un premier temps, il est prévu le relèvement du point d’indice. Puis une augmentation différenciée des salaires et des pensions  pour donner plus aux bas salaires qu’aux revenus élevés.

Le gouvernement béninois a également pris la décision d’instituer une couverture universelle de l’assurance maladie pour l’intégralité de la population, une mesure entrée en vigueur depuis le début de cette année. Auparavant, seulement certains malades bénéficiaient du système d’assurance maladie financé par l’Etat.

Au Togo, on est toujours au point mort. Malgré la désespérance sociale, la revalorisation du SMIG et des salaires n’est pas à l’ordre du jour. En lieu et place d’une augmentation de salaires, l’Etat s’est transformé en une structure bancaire pour prêter de l’argent aux agents de la fonction publique.

A propos du SMIG figé à 35.000 FCFA, l’un des plus bas de la sous-région, les appels incessants des acteurs du monde social pour une revalorisation, se sont heurtés à un mur. Le gouvernement a toujours argué qu’un SMIG trop élevé devient un frein à l’investissement et à la création d’emplois au Togo. C’est l’argumenataire approximatif qu’a servi le ministre de la Fonction publique. Comme si dans les autres pays, notamment la Côte d’Ivoire et le Sénégal où le SMIG est le double du Togo, la création d’emplois et l’investissement ont été plombés.

Dans ce même pays, les emplois n’existent pas et les jeunes diplomés, frappés de plein fouet par le chômage, sont contraints de se convertir en conducteurs de taxi-moto pour gagner leur vie. Ceux qui ont la chance de trouver de l’emploi, malgré leurs conditions de travail et de vie peu reluisantes, ne sont pas autorités à poser des revendications. Autrement, ils sont mis à carreau. Le Syndicat des enseignants du Togo (SET) en a fait l’amère expérience.

La Constitution est formelle : «L’Etat reconnaît à chaque citoyen le droit au travail et s’efforce de créer les conditions de jouissance effective de ce droit». Cependant, pour avoir observé des mouvements de grève pour exiger des meilleures conditions de vie, certains enseignants ont été arrêtés et déférés en prison, 112 autres ont été radiés de la fonction publique.

Une décision injuste à laquelle le chef de l’Etat a donné malheureusement sa bénédiction. De fait, les Togolais sont ainsi devenus otages de leurs propres dirigeants.

Médard AMETEPE

 

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