ActualitesSociété

ANADEB : Les Plateformes multifonctionnelles, un énorme fiasco « multifonctionnel »

Lorsqu’un projet est peu bien pensé, les résultats attendus déçoivent et ne surprennent pas. Et quand tout part d’une seule personne, il devient normal que le bilan soit imputé à cette personne. Que sont les plateformes multifonctionnelles (PTFM) devenues ? Lancées en grande pompe par Faure Gnassingbé il y a plus d’une décennie, on apprend que…83% d’entre elles sont en difficultés, et près de 50% sont carrément fermées. Que de millions jetés par la fenêtre.

L’information émane d’un confrère et est presque passée inaperçue. Sauf que les éléments révélés interpellent toute conscience soucieuse de l’efficience des projets initiés par le gouvernement.

Il nous souvient que c’est en 2011 que le programme national de développement des plateformes multifonctionnelles (PNPTFM) a été lancé par le chef de l’Etat. En ce temps, l’objectif affiché et vanté consistait à « contribuer à l’accroissement des revenus et à l’amélioration des services sociaux de base, à travers un accès élargi aux services énergétiques fournis par la plateforme ». Faure Gnassingbé y croyait fermement.

Afin de mettre toutes les chances de réussite de ce programme, 10,356 milliards FCFA avaient été annoncés comme budget prévisionnel. Cette ressource devait permettre l’installation de 1000 PTFM à l’horizon 2018, soit sept ans plus tard. Mais le 6 avril 2022, le constat établi par l’Agence nationale d’appui au développement à la base (ANADEB) à l’heure du bilan est désolant.

Echec et mât

Non seulement sur les 1000 PTFM prévues, seulement 350 ont été installées, mais sur ce nombre, il ressort que 291 d’entre elles éprouvent des difficultés, à tel point que 50% ont été carrément fermées. 291 PTFM en difficultés représentent 83% de l’ensemble des PTFM installées depuis 2011.

Et pourtant, on a fait croire aux populations qu’« en moins de 10 ans, une centaine de plateformes multifonctionnelles ont été installées et plus de 700 000 femmes en ont bénéficié ; que la phase pilote du programme a évolué et, en 7 ans, a connu deux phases : la première, de 2012 à 2016, pour l’installation de 700 plateformes multifonctionnelles ; et la seconde, de 2017 à 2018, pour l’installation de 300 autres ; que plus de 1.500.000 personnes seraient directement touchées ; que les principaux acteurs du programme sont les populations rurales des zones enclavées, en particulier les femmes et les jeunes des localités rurales de 500 à 2000 habitants ».

Mais entre-temps, le discours de celle qui était la coordinatrice de ce programme, dame Prénam Awili a subi une mue complète. « Il vaut mieux avoir peu qui fonctionnent très bien, que beaucoup qui tombent dans l’abandon ». On était en 2017. Un aveu d’échec.

Combien coûte une PTFM standard qui fonctionne au diesel? La coquette somme de 8,5 millions FCFA dont 6,5 millions pour les équipements et le reste pour les études, le renforcement des capacités des bénéficiaires et le suivi de la PTFM. Juste pour donner une idée du gâchis opéré, faute d’études sérieuses. Il suffit pour s’en rendre compte de faire une petite arithmétique.

Les autorités ont-elles tiré des leçons du « fiasco multifonctionnel » ?

Cette interrogation découle du fait que, sans avoir pris le temps de diagnostiquer les facteurs ayant lesté le programme et qui ont contribué à ce qu’il convient d’appeler un « fiasco multifonctionnel », on apprend qu’une autre génération de PTFM est déjà en marche au Togo, pour une facture encore plus salée.

Projet d’hybridation des moteurs diesel des plateformes multifonctionnelles avec système solaire (PHMD-PTFM). Voilà le nouveau concept sur lequel s’appuient les initiateurs des PTFM.

On prend les mêmes, et le cycle recommence. « En octobre 2018, le gouvernement togolais et la Banque ouest africaine de développement (BOAD) ont entériné un accord évalué à 9,696 milliards de francs CFA, dont 1,312 milliard de don du Fonds pour l’Environnement Mondial, 6 milliards comme prêt de la Banque, 472 millions de francs de contribution en numéraire de l’Etat togolais et 1,912 milliard comme contribution en nature de l’Etat et des bénéficiaires, pour couvrir le projet d’hybridation, sur une durée de trente-six (36) mois, couvrant les cinq régions du Togo. 350 plateformes multifonctionnelles solaires devraient être ainsi installées sur l’ensemble du territoire ; 50 villages devraient en bénéficier, eux qui avaient bénéficié des plateformes multifonctionnelles installées par le Programme d’appui au développement à la base (PRADEB) ; 53000 emplois directs et indirects devront être créés et 100 micro-entreprises rurales développées dans les zones du projet. Ici, on a ciblé, comme bénéficiaires directs, environ 500 femmes organisées en groupes ou en coopératives et les populations rurales des 50 villages estimées à 62.500 personnes.

Les bénéficiaires indirects ont été estimés à 37.500 personnes (des villages avoisinants et autres). En somme, environ 100.000 personnes devraient être touchées par les effets du projet d’hybridation des PTFM, dont 52.000 femmes. Le projet fait de l’efficacité énergétique une approche dans la lutte contre les changements climatiques. Le PHMD-PTFM devant permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre qui sont produites par les moteurs diesel des plateformes multifonctionnelles ». Voilà la situation. Et personne ne saura comment les fonds déjà investis pour les PTFM standards ont été utilisés depuis 2011.

De 8,5 millions FCFA, les nouvelles PTFM coûtent désormais 30 millions FCFA !

Si les autorités avancent des arguments pour justifier le projet d’hybridation, c’est pour mieux faire avaler la pilule au contribuable togolais. Car, figurez-vous qu’une PTFM solaire coûte le somme de…30 millions FCFA dont 20 millions rien que pour les équipements. Pour quel bilan dans 5 ou 10        ans ? L’avenir situera chacun.

Les autorités togolaises sont frileuses lorsqu’on parle d’audit, de bilan, de reddition de comptes. Elles sont promptes à effectuer des dépenses somptuaires et somptueuses dès qu’elles en ont la possibilité, mais quand vient l’heure du bilan, ce sont des promesses jamais suivies d’effet qui sont servies aux contribuables. Comme la dernière promesse de la Cheffe du gouvernement Victoire Tomégah-Dogbé qui avait endormi les députés par sa promesse d’audit des fonds du Covid-19. Les mois passent, et aucune lueur de transparence. Ainsi va la « gouvernance autrement » !

Godson K.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page