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Togo : Une gouvernance de prestidigitation

« Quand on vise la médiocrité, c’est elle qui vous atteint » (Grégoire Lacroix)

Le gouvernement a institué, depuis 2019, un conseil des ministres tournant. Ainsi les réunions périodiques entre Faure Gnassingbé et ses ministres sont délocalisées dans les villes de l’intérieur du pays. Pour cette année, après Gando (Oti-Sud), Mandouri (Kpendjal), Kara (Kozah), le gouvernement a débarqué hier jeudi à Cinkassé dans l’extrême nord du pays où s’est tenu le conseil des ministres. Un principe qui, dit-on, s’inscrit dans une politique de proximité avec les populations.

La ville de Cinkassé manquant cruellement d’infrastructures et d’équipements pour accueillir les membres du gouvernement, une tente climatisée a été dressée  pour abriter la réunion. Tout comme à Gando, Mandouri ou dans les autres localités précédemment. Hormis Lomé la capitale et Kara, les autres villes à l’intérieur du pays souffrent d’un manque criard d’infrastructures de base. En clair, dans toutes les autres localités où seront délocalisées dorénavant ces assises, pour des motifs de confort du chef de l’Etat et de ses ministres, le gouvernement devra donc assurer le transport et l’implantation des tentes climatisées ainsi que le mobilier y afférent. On peut imaginer ce que ces réunions ministérielles peuvent coûter aux contribuables en termes de dépenses.

Par ces temps de crise économique et de vie chère où les populations, surtout celles de l’intérieur vivent dans un dénuement total, logiquement, des voix s’élèvent pour dénoncer le gaspillage de l’argent public pour le confort d’une journée. Des fonds qui, estime-t-on, auraient pu être dépensés pour le bien-être des contribuables ou qui auraient pu servir à réhabiliter les centres de santé, les écoles, construire des centres de loisir, des bibliothèques dans ces localités.

Ces conseils des ministres organisées sous des tentes dénotent de l’échec patent du régime de Faure Gnassingbé à doter les villes de l’intérieur en infrastructures d’accueil. Le Togo célèbre, le mercredi 27 avril prochain, le 62ème anniversaire de son accession à la souveraineté internationale. Après plus de 60 ans d’indépendance et 55 ans de règne de la famille Gnassingbé, il est malheureux de constater que les villes ne disposent pas d’équipements pour accueillir les membres du gouvernement. Notre pays souffre en effet d’un énorme déficit d’infrastructures et d’équipements. Les rares bâtiments qui existent sont dans un état particulièrement désolant. Pour ne pas se couvrir de honte, on a soigneusement évité les bâtiments crasseux pour des tentes climatisées.

A son avènement au pouvoir en 2005, Faure Gnassingbé avait décidé de réhabiliter la fête de l’indépendance qui avait été longtemps délaissée au profit du 13 janvier qui marque la date anniversaire de la prise du pouvoir par son père. Pour ce faire, il a été institué que cette fête soit célébrée de manière rotative dans les principales villes du pays. Chaque année, une ville serait choisie pour abriter les festivités. L’expérience avait démarré avec la ville de Dapaong à 600 km de Lomé qui avait eu le privilège d’accueillir, en 2007, le 47ème anniversaire. L’idée était de permettre aux populations de l’intérieur de participer directement à l’évènement. Mais c’était aussi l’occasion pour le régime qui était fort décrié de sceller la réconciliation des Togolais.

La fête avait mobilisé du monde dans cette ville. Faure Gnassingbé, les membres du gouvernement et diverses personnalités étrangères y étaient. Mais les organisateurs se sont vite rendu compte des limites de cette délocalisation, la ville ne disposant pas d’infrastructures hôtelières et d’accueil pour abriter tout le monde. Les accompagnateurs et invités ont dû se débrouiller, certains ont passé la nuit à la belle étoile.

Depuis, l’expérience n’a plus été renouvelée. Malheureusement, le régime n’a pas pensé à doter les villes de l’intérieur d’infrastructures et aujourd’hui Faure Gnassingbé et ses ministres sont obligés de se comporter comme des nommades : tenir les conseils des ministres dans des tentes climatisées avec toute la logistique dans des localités qui n’ont pas d’eau courante, ni électricité, ni aires amenagées.

Médard AMETEPE

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