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Tel père…tel fils

« Le fils d’un dictateur, succédant à son père, doit faire la preuve qu’il a de meilleures intentions que son père. Et qu’il n’a pas reçu en héritage les germes de la dictature » (Jean-Baptiste Placca)

Il y a 17 ans, Faure Gnassingbé, illustre inconnu des Togolais, a fait irruption dans leur vie de manière fracassante. A travers un quadruple coup d’Etat, militaire, constitutionnel, électoral et une violation massive des droits de l’homme. Depuis, il s’y impose en usant des mêmes méthodes désuètes de son père et les mêmes réseaux françafricains qui ont permis à celui-ci de régner à vie sur le Togo.

« Jamais personne ne s’empare du pouvoir avec l’intention d’y renoncer », disait Jacques LE GOFF. Surtout qu’on est en face d’« un vrai chef d’État africain : le pouvoir, tout le pouvoir, le pouvoir par tous les moyens, le pouvoir pour le pouvoir, le pouvoir pour toujours », pour reprendre Tierno Monénembo.

Petitement, le fils trace son sillon. Hostile aux valeurs de démocratie et d’alternance, sa seule ambition est de demeurer au pouvoir et de se ménager la présidence à vie. Il a fait déjà la moitié du chemin de son père, avec quatre mandats présidentiels à son actif. Vu les pratiques peu orthodoxes dont il a fait siennes dans la gouvernance du pays, il est illusoire de s’attendre qu’il s’arrête en si bon chemin. En face, malheureusement, il n’y a rien. Plutôt, l’opposition a été neutralisée. Faure Gnassingbé se donne les moyens de régner à son tour ad vitam aeternam.

En février 2005 pourtant, à la suite de ce qu’on avait appelé « la catastrophe nationale », c’est-à-dire le décès de Gnassingbé Eyadema qui avait régné d’une main de fer pendant 38 ans, les Togolais s’étaient mis à rêver d’une aube nouvelle pour leur pays. Un rêve brutalement brisé par la haute hiérarchie de l’armée qui impose le fils, désigné par le conseil du trône dans la ruine, dans la violence, la terreur, le flot de sang, la désolation.

Selon l’ONU, 400 à 500 Togolais ont été tués pour permettre au fils de prendre la place de son père sur le trône. Depuis 17 ans, la dynastisation de la République continue. On assiste à la descente accélérée du Togo aux enfers.

Aujourd’hui, Faure Gnassingbé a militarisé le Togo plus que son géniteur ne l’avait fait en 38 ans de règne. L’Etat le plus policier de la CEDEAO a déclenché une vague de répression contre les opposants dont la plupart sont contraints à l’exil ; les moins chanceux embastillés arbitrairement, croupissent dans les géôles de la dictature. Victimes d’actes de tortures, une dizaine d’entre eux sont morts en détention.

Etre opposant sous les Gnassingbé est un crime. Les enlevements, les rafles et les arrestations d’opposants continuent de plus belle. Une demi-dizaine de militants du Parti National Panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam vient de subir la foudre du régime. Enlevés le 27 janvier par une escouade d’hommes en treillis, ils ont été déférés à la prison civile de Lomé, sans autre forme de procès.

Les libertés fondamentales sont restreintes. Le pays a atteint un niveau d’endettement exponentiel, le patrimoine fait objet de braderie tous azimuts et de détournements à tour de bras, la corruption est endémique, les scandales financiers sont légion…Bref, le Togo de Faure Gnassingbé est un concentré de tous les maux…

Médard AMETEPE

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