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Le Togo de 2005 à 2022 : 17 ans déjà, mais des méthodes toujours à l’ancienne

Après demain, ce sera le 17ème anniversaire de la disparition de Gnassingbé Eyadéma, président du Togo, du 13 janvier 1967 au 05 février 2005. S’il était en vie, il cumulerait à lui seul 55 ans de règne sans partage puisqu’aucun obstacle ne semble se dresser devant lui. Il n’est plus, certes, mais le régime qu’il a contribué à installer conserve jalousement le pouvoir et contrôle tous les leviers de l’Etat. Clin d’œil sur un héritage indigeste.

Les proches de feu Gnassingbé Eyadéma commémorent déjà le 17ème anniversaire de sa disparition A Paris par exemple, une messe a été dite en sa mémoire. L’ambassadeur du Togo en France, Calixte Batossie Madjoulba, des responsables du parti au pouvoir et des proches du défunt y ont pris part. Le 5 février 2022, jour anniversaire, les Togolais vont apprécier diversement cette commémoration. Pour notre part, un tel événement ne peut se faire sans une analyse sérieuse de la situation du Togo depuis le 05 février 2005.

D’entrée, il faut reconnaître que les choses ne se sont guère améliorées dans le pays depuis la disparition de feu Gnassingbé Eyadéma. A son époque, on décrivait le Togo comme profondément divisé sur le plan ethnique à cause de sa méthode de gouvernance basée non sur le mérite, mais sur le militantisme et l’appartenance à une ethnie donnée. Aujourd’hui, il est évident que les divisions ethniques ne sont entretenues que pour des raisons électoralistes, mais cette division est à son comble. Raison d’ailleurs pour laquelle le régime a multiplié les projets de réconciliation, à l’instar de la fameuse Commission vérité, justice et réconciliation (CVJR) qui s’est finalement bornée à la distribution d’argent aux victimes des troubles politiques. En l’absence de bourreaux formellement identifiés, le pardon consécutif aux actes de contrition n’a pas eu lieu.

Le mal est si profond que la famille biologique même de l’ancien chef d’Etat est atteinte. La détention de Kpatcha Gnassingbé depuis une douzaine d’années en est la parfaite illustration. La preuve de cette division se retrouve aussi dans le fait que le détenu est accusé d’avoir voulu déposséder son frère Faure Gnassingbé du fauteuil présidentiel.

En dehors de son incapacité à réconcilier les populations, Faure Gnassingbé a été aussi incapable de faire oublier le passé terne de son géniteur, comme il l’aurait promis à des chefs d’Etat et autres acteurs politiques pour avoir leur soutien. Si des Togolais en viennent à regretter le Général, c’est évidemment parce que son fils ne s’est pas montré meilleur que lui. Aujourd’hui au Togo, les milliardaires illicite sont plus nombreux que jamais. La corruption est devenue le sport favori de certaines personnes. Celles qui sont impliquées dans les scandales financiers ne sont guère inquiétées.

Sur le plan sociopolitique, le fils a maintenu la stratégie de terreur de son père. Depuis 2005, Faure Gnassingbé et son parti sont toujours sortis « gagnants » des élections. En décembre 2018, il s’est offert une Assemblée nationale totalement dévouée et acquise à sa cause. Les députés sont à sa disposition et lui obéissent au doigt et à l’œil.

Comme au temps de son père, la répression des contestations populaires est toujours d’actualité. Les droits de l’homme sont foulés aux pieds et la justice est du côté du plus offrant. Depuis quelques années, les prisonniers politiques et d’opinion deviennent de plus en plus nombreux que les Togolais ont l’impression de vivre des situations similaires au temps du parti unique. Des chefs de partis politiques de l’opposition sont contraints à l’exil pour avoir la vie sauve comme il y a une cinquantaine d’années. D’ailleurs, sur l’échiquier politique, l’opposition est devenue aphone. L’expression populaire muselée par les mesures restrictives prises au nom de la crise sanitaire liée à la Covid-19. Cette crise sanitaire a mis à nu l’état de délabrement avancé des structures sanitaires ainsi que l’inexistence du système de santé lui-même.

De l’économie aux finances en passant par la santé, la gouvernance, les sports et les  cultures, etc., il n’y a pas un seul secteur où de véritables progrès aient été réalisés. Pour camoufler cet échec, des sommes importantes sont utilisées pour enjoliver l’image de la dictature qui a conservé tous les traits de l’héritage de Gnassingbé Eyadéma.

G.A.

 

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