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L’impossible tourisme domestique d’une population appauvrie

Le Premier ministre était sur le terrain le week-end écoulé. Elle a visité le site de la cascade de Womé, dans le cadre de la promotion du tourisme de proximité. Seulement, il est difficile de compter sur les pauvres populations togolaises pour rentabiliser ces investissements, dans un contexte de cherté de la vie.

Un classement en tant que 2ème destination (derrière l’Egypte) en termes de progression (+46%) des arrivées de touristes internationaux en 2017, plus de 712 000 touristes enregistrés au Togo en 2018 (+26% par rapport à 2017), 48 milliards FCFA de recettes provenant du secteur hôtelier encaissées, (+3 milliards qu’en 2017). Ces statistiques sont ceux du Togo qui, depuis plusieurs années, s’efforce à sortir la tête de l’eau.

En septembre 2021, des chantiers ont été entamés avec pour ambition de revitaliser le tourisme domestique et de proximité. Une solution présentée comme un palliatif à la situation morose du pays à cause de la crise sanitaire liée au coronavirus. « Des chantiers ouverts depuis quelques mois, cadrent ainsi avec cette ambition déclinée par le ministre Kossivi Egbetonyo, lors de la Journée Mondiale du Tourisme. Il s’agit entre autres des travaux d’aménagement de la Cascade de Womé et des Hauts fourneaux de Nangbani, ou ceux destinés à accélérer l’exploitation de nouveaux sites dans plusieurs préfectures. L’objectif pour le gouvernement est de faire émerger ce concept touristique qui permettra aux populations locales de mieux soutenir la filière », écrivait le portail officiel de la République togolaise.

La démarche se poursuit donc avec la visite de terrain effectuée par le Premier ministre Victoire Tomégah-Dogbé. « J’ai visité ce week-end le site de la cascade de Womé récemment réaménagé que je vous invite à découvrir. Le tourisme est un levier de développement local et inclusif. Les actions du gouvernement contribuent à concrétiser notre potentiel touristique au bénéfice des populations », a tweeté la cheffe du gouvernement.

« Dans sa stratégie de redynamisation du tourisme, le gouvernement togolais a entrepris des travaux d’aménagement avec un accent particulier sur le développement d’un tourisme de loisirs au Togo. Ceci, afin de renforcer leur attractivité », lit-on dans un communiqué publié lundi par la Primature. En d’autres termes, et comme l’a souligné le précédent ministre en charge du tourisme, le gouvernement ambitionne de promouvoir le tourisme domestique et de proximité. La cible de ce tourisme est le Togolais et non l’étranger.

Sans ambages, la première question qui vient à l’esprit est de savoir quel type de Togolais est visé lorsque le gouvernement parle de tourisme domestique et de proximité. Où sont-ils ? A Lomé ou dans les villes de l’intérieur du pays ? Il s’agit sans doute de la minorité qui accapare seule les richesses du pays et dont Faure Gnassingbé a connaissance. Cela représente à peu près moins d’un Togolais sur dix mille.

Ces touristes domestiques attendus proviennent dans la quasi majorité de la capitale Lomé. Mais là aussi, ceux qui ont la capacité d’assurer un transport aller-retour Lomé-Kpalimé, se promener dans la ville touristique, y séjourner une ou deux nuits et revenir à Lomé sans être financièrement impactés se comptent sur le bout des doigts. Peu de gens, conscients des difficultés de l’heure, sont prêts à sacrifier des mois entiers de leurs économies pour s’offrir le luxe de visiter un site touristique.

Inutile dans le cas du tourisme de proximité de compter sur les populations rurales. Surtout quand dans la ville de Tsévié, il manque de l’eau, comme dans la Région de la Kara, des Savanes, etc. Ou lorsque dans les différentes localités du pays, les populations n’ont pas toutes accès au minimum vital. Dans un pays où les populations sont sans cesse appauvries par les décisions impopulaires du gouvernement et où les produits de première nécessité connaissent régulièrement des flambées, il est illusoire de chercher à promouvoir le tourisme domestique. La principale raison est que depuis deux ans, avec la survenue de la pandémie de la Covid-19, les populations togolaises ne cessent de subir des augmentations des prix, aussi bien des transports que des produits de grande consommation. Maïs, haricot, gari, huile ont vu leur prix flamber en l’espace de deux ans alors que les salaires, tous secteurs confondus, sont restés les mêmes, tout comme le SMIG.

A vrai dire, tout ce que fait l’équipe de Victoire Tomégah-Dogbé n’est que de la politique d’occupation de l’espace médiatique. Parler de tourisme domestique et de proximité au Togo durant cette crise sanitaire et économique n’est que de vains mots, des propos qui sonnent faux, même dans la tête de ceux qui les disent. La réhabilitation des sites touristiques est une bonne chose, mais le gouvernement a échoué dans le choix de la cible.

En dehors du choix des pauvres populations pour rentabiliser le tourisme de proximité, le gouvernement a mis la charrue avant les bœufs en réaménageant un site inaccessible. Si Faure Gnassingbé et ses collaborateurs veulent vraiment valoriser la cascade de Womé, il fallait préalablement régler la question de son inaccessibilité en reconstruisant la route qui mène de Kpalimé à Womé.

G.A.

 

 

 

 

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