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Faure Gnassingbé et sa gestion à géométrie variable : Si prompt à soutenir l’armée, si distant de ses concitoyens

48 heures après l’attaque de Kpendjal, Faure Gnassingbé est allé apporter son soutien aux troupes. Mais dans les moments de sinistres, il se fait très distant de ses compatriotes. Souvent, il ignore les discours à la nation, renforçant ainsi le sentiment selon lequel il est plus enclin à chouchouter l’armée que le peuple dont il dit avoir le mandat.

Dans la nuit du 09 au 10 novembre 2021, une attaque terroriste a eu lieu, selon les sources officielles, dans la localité de Sanloaga dans le Kpendjal. Les assaillants seraient venus du Burkina Faso voisin, pays qui subit de plein fouet les attaques de groupes terroristes. Pour faire face à la situation, le Togo a renforcé ses effectifs militaires dans la zone. « Un de nos postes a été attaqué dans le Kpendjal par des bandits à la frontière avec le Burkina-Faso. Nous n’avons pas le bilan pour le moment. Mais nous avons vu des traces de sang dans le repli de ces bandits-là. Un renfort est envoyé dans la région. Nous avons renforcé les contrôles et les éléments sont sur le qui-vive. Nous n’allons pas laisser faire », avait assuré le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Général Yark Damehame.

Si au sein de l’opinion, on n’a pas remarqué une vive émotion autour de cette affaire, dans les rangs du pouvoir, tout est fait pour montrer aux militaires togolais qu’ils ne sont pas seuls face à l’ennemi. Le chef de l’Etat, Chef suprême des Forces armées togolaises s’est rendu dans le nord du pays, à la rencontre des militaires. C’était 48 heures après l’attaque. Faure Gnassingbé est allé livrer un message de soutien aux militaires togolais qui maintiennent la vigilance au front, rapporte-t-on. « Il a particulièrement salué la bravoure, la vaillance et le professionnalisme de la section déployée dans la localité de Sanloaga dans le cadre de l’opération Koundjoare destinée à sécuriser les localités situées à l’extrême nord de notre pays », a indiqué un communiqué du gouvernement.

On rapporte aussi que dans la fièvre de cette attaque, le chef de l’Etat a instruit le gouvernement à poursuivre les investissements permettant de renforcer le dispositif sécuritaire ainsi que les capacités de l’armée. « Il a en outre insisté sur le besoin de renforcer et d’accélérer les actions dans les secteurs sociaux au profit des populations les plus exposées à la menace », lit-on dans le communiqué qui conclut que Faure Gnassingbé « a invité à resserrer constamment les liens entre l’armée et la population », pour raffermir davantage la collaboration et faire échec aux tentatives de déstabilisation.

Une visite aux forces de défense sur le terrain, c’est bien mérité. Et c’est un geste que de nombreux chefs d’Etat accompliraient à l’endroit de leur armée. Les présidents américains sont des habitués de cette descente sur les théâtres de guerre comme en Irak et en Afghanistan. La différence entre les Etats-Unis et le Togo, c’est qu’au pays de l’Oncle Sam, le président de la République ne ménage pas ses efforts quand il s’agit d’aller vers les concitoyens. C’est tout le contraire au Togo.

Alors que Faure Gnassingbé fait montre d’une certaine promptitude à aller vers les forces armées, il est rare de le voir près de ceux qui l’ont « élu » et « réééélu » depuis 2005. Depuis son avènement au pouvoir, combien de fois le chef de l’Etat togolais est-il allé auprès de ses compatriotes pour s’enquérir de leur bien-être ? Les rares occasions où il a été aperçu prenant un bain de foule sont les périodes des campagnes électorales. Il a besoin de faire croire à ceux qui le suivent qu’il tient à eux, le temps de se faire « élire ». On l’aperçoit également lors des cérémonies d’inauguration qui, souvent, sont organisées dans le cadre des élections. Même au moment des sinistres ou des événements qui requièrent sa présence sur le terrain, l’homme reste incroyablement distant, trop distant même. Certes, ses collaborateurs jouent aux remplaçants, mais il y a une grande différence entre recevoir la visite du président de la République et celle de ministres.

Se cache-t-il pour des raisons de sécurité ? Cette hypothèse ne tient pas la route dans la mesure où les dispositions ont toujours été prises pour lui assurer la sécurité. La preuve de cette distance entretenue est faite lors des événements nationaux. En lieu et place de discours sur l’état de la nation, Faure Gnassingbé se mure dans le silence. Voilà un président distant envers ses compatriotes.

On dit souvent que charité bien ordonnée commence par soi-même. En considérant qu’il ait vraiment invité à resserrer les liens entre l’armée et la population, et tenant compte du fait qu’il est le chef suprême des armées, ne serait-il pas temps qu’il donne l’exemple aux hommes de troupes et autres officiers supérieurs en se rapprochant de cette population et en sacrifiant aux rituels comme la reddition sur l’état de la nation? Bon à creuser.

G.A.

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