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Nana Akuffo-Addo est-il transformé par le pouvoir ?

« Pour être un grand leader, il faut autant avoir un grand cœur qu’être empreint de grandes valeurs » (Didier Court)

Nana Addo Akufo-Addo s’est exprimé le 13 octobre en marge du séminaire des parlementaires de la CEDEAO sur les systèmes électoraux en Afrique de l’ouest organisé à Winneba au Ghana. Fidèle à son franc-parler, le président ghanéen a exhorté les candidats malheureux aux élections à accepter leur défaite de bonne foi.

S’exprimant au sujet de la difficulté à admettre sa défaite à l’issue d’une élection, l’actuel président en exercice de la CEDEAO qui sort d’un scrutin émaillé de fraudes et de violences a cru utile d’user de cette plateforme pour convier les opposants au fair-play. Nana Akufo-Addo voudrait sûrement lancer une pique à son prédécesseur et adversaire malheureux aux dernières élections présidentielles, John Dramani Mahama.

Mais il ignore certainement que les élections sont devenues des formalités dictées par le temps pour ses pairs qui modifient sans sourciller les règles du jeu à l’approche des consultations électorales. On se souvient d’ailleurs qu’en 2012, le leader du parti NPP avait contesté devant les tribunaux la victoire du président d’alors devenu son opposant quelques années plus tard par le jeu de l’alternance. Le président ghanéen s’est sûrement trompé de destinataire pour ces conseils de bon prêtre. Quand ses collègues Alassane Ouattara, Alpha Condé et autres Faure Gnassingbé se montrent imperméables aux vertus de l’alternance, lui qui a l’expérience de l’opposition devrait leur servir cette litanie d’une vie après le pouvoir.

Il est utile de rappeler que le séminaire à Winneba vise à faire une analyse approfondie de la pratique démocratique dans les pays de la communauté et adopter une approche durable permettant d’éviter les problèmes et autres crises post-électorales dans la sous-région. Spécifiquement, il s’agit d’évaluer objectivement les systèmes électoraux afin d’identifier les défis à relever et de proposer des solutions aux différentes lacunes notées dans l’organisation des élections et la gestion efficace des victoires électorales au cours de la période post-électorale. La déclaration de Nana Addo a suscité l’indignation du député de l’opposition ghanéenne Dr Clément Appak qui a dit que son pays, lors du dernier scrutin, a perdu toute crédibilité en termes de transparence électorale.

En mai dernier, le président du Ghana et président de la conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO, a émis l’idée du renforcement des prérogatives du parlement de la CEDEAO. C’était à l’occasion de la première session ordinaire 2021 du parlement communautaire le 27 mai 2021 au siège de l’institution à Abuja au Nigeria.  Le premier acte pour accroitre les compétences du parlement serait, selon lui, « la mise en œuvre de l’article 18 de l’acte additionnel relatif au renforcement des prérogatives du parlement de la CEDEAO qui dispose que les députés du parlement sont élus par suffrage universel direct par les citoyens des États membres ». Nana Akufo Addo a mis en évidence dans son discours, le rôle prépondérant du parlement communautaire dans le processus d’intégration régionale. Pour lui, le parlement de la CEDEAO, institution appelée à promouvoir la démocratie et les droits de l’homme, est un pilier de l’intégration régionale dont les prérogatives doivent être renforcées.

Pour quelqu’un qui plaide pour des réformes devant permettre l’encrage de la démocratie dans la sous-région, faire de telles déclarations revient à apporter de l’eau au moulin des détracteurs de la démocratie dans la sous-région.

Mike Almeyda

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