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Guinée : Le ver était dans le fruit

« Cette force spéciale créée par Alpha Condé s’est retournée contre lui» (Mamadou Aliou Barry)

Le chien ne mord pas son maître, dit-on. Mais le vieux dictateur guinéen Alpha Condé a été « trahi par ses propres cerbères ». Déposé par les forces spéciales, une unité d’élites qu’il a créée il y a trois ans et transformée en garde prétorienne pour assurer sa protection rapprochée, pensant se mettre définitivement à l’abri de la révolte des Guinéens qu’il a lamentablement trahis en s’incrustant au pouvoir alors qu’il s’était toujours fait passer pour un vertueux démocrate. Selon des spécialistes, les soldats des forces spéciales appartiennent à des unités très bien dotés qui disposent d’une formation de qualité et jouissent d’une certaine autonomie.

« Au départ, cette unité était chargée, comme toutes les forces spéciales, de lutter contre le terrorisme et les actes de piraterie maritime, mais il a voulu en faire une unité à sa solde pour réprimer toute manifestation qui aurait eu lieu en Guinée », explique Aliou Barry, patron du Centre d’analyse et d’études stratégiques de Guinée. Aujourd’hui, c’est cette même unité qui se retourne contre lui. Depuis son lieu de captivité, il n’aura que ses yeux pour pleurer.

Au cœur des putschs de ces dernières années dans l’espace communautaire, notamment en Guinée, au Niger, au Mali ou encore au Burkina Faso se trouvent les forces spéciales pourtant préposées dans la lutte contre le terrorisme dans la sous-région. Avec la chute d’Alpha Condé, putsch mené par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, chef du Groupement des forces spéciales (GFS), un coup d’Etat similaire perpetré au Mali par le colonel Assimi Goïta, commandant du bataillon autonome des forces spéciales (BAFS), la peur devrait commencer à s’emparer sérieusement de plusieurs palais africains qui ont récemment mis en place ces unités spéciales qui deviennent de plus en plus imprévisibles.

On pense notamment au Togo, considéré comme l’un des pays les plus militarisés d’Afrique. Début 2021, l’armée togolaise se dote du Groupement des Forces Spéciales (GFS) placé sous l’autorité du président de la République. Il vient s’ajouter à d’autres unités spéciales au sein de la Police et de la Gendarmerie comme le GIPN ou l’USIG. La mission de ce nouveau corps d’élite, est d’« exécuter des opérations spéciales menées en dehors des cadres d’actions classiques et visant à atteindre des objectifs d’intérêts stratégiques ou opérationnels ». La création de cette énième unité d’élite est vue par certains comme la militarisation à outrance du pays ou un moyen de s’assurer un règne au long cours.

La Côte d’Ivoire n’est pas en reste. D’abord pour s’octroyer un troisième mandat antidémocratique, Alassane Dramane Ouattara avait pris soin de nettoyer l’armée de ses éléments les plus rebelles. En avril 2021, le dictateur ivoirien bénéficie ensuite de l’appui d’Emmanuel Macron, Chef Suprême des armées françaises qui a décidé d’« envoyer ses Forces spéciales Terre (FST) en Côte d’Ivoire pour des ‘entraînements plus durs et réalistes ». Cette unité d’élite déploie d’énormes matériels, trois hélicoptères, un Tigre, un Cougar et une Gazelle M134D du 4e RHFS de Pau afin de s’entraîner à la projection dans un délai court.

Un déploiement justifié comme s’inscrivant dans la haute intensité détaillée par le Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre dans sa vision stratégique et qui doit amener l’Armée de Terre à des combats plus durs, donc, des entraînements plus durs et réalistes. A en croire certaines sources, les FST provoquent la frayeur chez le sous-préfet de Macron. Alassane Ouattara a-t-il des raisons de s’inquiéter ?

Médard AMETEPE

 

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