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Dangereux de se mettre à dos la France !

« Tant la cruche va à l’eau qu’à la fin elle se casse » (Proverbe)

Le Maréchal Idriss Deby est mort. Dans une interview accordée dans son palais à RFI et TV5 Monde notamment en 2016, Idriss Déby affirmait qu’il avait donné sa parole de militaire de quitter le pouvoir en 2006 et accusa la France de lui avoir forcé la main pour rester au pouvoir en changeant la constitution tchadienne contre son gré. « En 2006, j’aurais souhaité m’arrêter après mon second mandat, j’aurai alors cédé le pouvoir, mais la guerre a éclaté, des mercenaires ont attaqué Ndjamena. Et alors que je ne voulais pas, la France est intervenue pour changer la constitution », avait-il osé.

Lorsque 98 soldats tchadiens étaient tombés sur le champ de bataille, feu Idriss Deby n’avait pas hésité à se rendre au front pour piloter personnellement les opérations contre les rebelles. L’histoire retiendra qu’en ce moment, il bénéficiait du soutien indéfectible de l’armée française.

Mais lundi 19 avril 2021, le Maréchal est tombé sous le feu de l’ennemi. Blessé, il succombera à ses blessures. Stupéfaction pour certains, fin prévisible pour d’autres.

Jean Luc Mélenchon, député français écrivait quelques heures plus tôt : « Le dictateur préféré de Macron, face à une rude rébellion. Pensées pour le peuple tchadien, aux heures difficiles. Pas d’intervention militaire française pour sauver le Maréchal Deby ». Savait-il effectivement que son pays ne lèverait pas le petit doigt ?

A maintes reprises, la France est intervenue pour sauver le soldat Deby. En 2008, des troupes spéciales françaises s’étaient engagées dans les combats contre l’offensive de trois forces rebelles, tandis que la France soutenait en munitions et en renseignement le régime tchadien. En 2019, la France vole à nouveau au secours d’Idriss Déby. Les avions de chasse français, les Mirage 2000 basés à N’Djamena avait bombardé une colonne rebelle de l’Union des forces de résistance (UFR) venue du sud de la Libye, et que l’armée tchadienne ne semblait pas en mesure de pouvoir stopper. Que s’est-il passé cette fois pour que la France lâche lamentablement son incontournable allié dans le Sahel ?

La marche des rebelles fut l’occasion rêvée pour le colon de frapper le dictateur par l’inaction de l’armée française, et pour Idriss Deby de montrer de quoi il peut être capable sans l’intervention et la surveillance depuis le ciel du territoire tchadien. La suite a montré que le chanteur Ouyi Tassane avait raison quand il disait qu’« un chef qui n’a plus au trône qu’un rocher, et pour royaume qu’un coin dans le maquis, combien de temps restera-t-il caché ? » Le Maréchal s’est révélé un colosse aux pieds d’argile.

Est-ce un coup d’Etat, un assassinat, un meurtre ou un combat à armes égales qui a fait tomber Idriss Deby ? On retiendra seulement que la stupéfaction ne signifie toujours pas indignation ou réprobation de la part des peuples africains. Les rebelles réclament la mise en place d’un gouvernement civil. Signe que ceux qui ont fait descendre le colosse de son piédestal aspirent à un Tchad démocratique et non plus autocratique ou dirigé de père en fils. Comme ailleurs dans des satrapies qui n’ont de cesse de verser la face du continent par terre.

Cet épisode tchadien renforce l’idée selon laquelle avec la France, rien ne va chez les peuples africains, mais sans la France, tout est dépeuplé pour les dictateurs ! Et…le cumul de mandats peut parfois donner lieu à une indigestion. Réélu pour un 6ème mandat, Idriss Deby n’a même pas encore prêté serment avant de voir son fauteuil le quitter. Brutalement et violemment.

Godson KETOMAGNAN  

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