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La préservation du patrimoine ; ça nous regarde : Sauvegardons les fresques de Paul Ahyi à « Goyi Score »

Plus qu’un régal visuel ! Les pittoresques fresques murales qui ornent le mur extérieur de l’ancien supermarché «Goyi Score» dans l’angle de la Rue Koumoré et de l’Avenue Sylvanus Olympio (anciennement Rue du Commerce) à Lomé, font la fierté des habitants de la capitale togolaise et suscitent l’admiration des étrangers de passage. Réalisées, il y a une quarantaine d’années par l’artiste peintre et sculpteur Paul Ahyi, ces fresques dénommées «Joie de vivre » sont menacées de démolition.

La société Ramco devenue propriétaire depuis plusieurs années du site, entend démarrer dès la première semaine du mois de mai 2021, les travaux de construction d’un nouveau centre commercial. Qu’en sera-t-il de ces fresques ? Face à cette menace, nombreux sont les Togolais et passionnés de l’art, à sonner en urgence le tocsin. Alertés, les pouvoirs publics, à travers le ministre Pierre Kossi Lamadokou en charge de la Culture et du Tourisme et certains de ses collaborateurs s’étaient rendus dans la matinée du vendredi 16 avril 2021 au Superamco. Un échange avec le gérant de ladite société suivi d’une descente sur les lieux des fresques classées patrimoine culturel national ont ainsi eu lieu. Une série de réunions avec la direction générale de la société Ramco et des artistes est prévue afin de préserver ce patrimoine national très important.

Pas un pas sans la protection et la préservation de nos  biens et sites

Jouxtant à l’Ouest le Ghana voisin, Lomé autrefois une simple bourgade avant de devenir la «capitale-frontière » du Togo allemand en 1897, est devenue au fil des ans et de très loin, la première cité du pays. A l’image de toute grande ville en nette croissance, la capitale togolaise, devenue une cité millionnaire en nombre d’habitants, chargée de symboles et d’histoires, a grand besoin de travaux d’aménagement. Quoi de plus normal pour les pouvoirs publics de veiller à la sauvegarde et à la préservation des biens, sites et vestiges qui s’y trouvent. Qui ne se souvient pas de la « Fontaine lumineuse », ce majestueux monument inauguré au milieu des années soixante sous la présidence de Nicolas Grunitzky ? Situé à proximité du très connu Commissariat central et à l’intersection du grand rond-point de l’Avenue de la Libération et du Boulevard circulaire, il était plus qu’un repère ! Devenu désuet au fil des ans, cet ouvrage doté d’un jet d’eau, avait besoin d’une cure de jouvence.

Il y a une décennie, la revitalisation de ce grand boulevard ci-haut indiqué, était essentielle et nécessaire pour s’intégrer dans la redynamisation de l’ancien Zongo devenu un quartier bancaire. Mais  les travaux de voirie avaient été exécutés sans enquête de proximité, ni avis des habitants ou riverains. Ces derniers comme l’ensemble des Loméens ont assisté, médusés, à la disparition de la «Fontaine lumineuse », un site historique de la capitale togolaise, réduit en gravats. Idem pour les locaux du Cinéma « Le Togo » sis à Hanoukopé, disparus à tout jamais sous les coups des pelleteuses pour faire place à Canal Olympia.

Que de nostalgie ! Jusqu’à quand les habitants de la capitale togolaise verront-ils  démolir et disparaître les sites et lieux symboles de leur ville ? Dans les années 80, le siège du Haut-Commissariat au Tourisme avec une kyrielle d’objets d’art, situé  non loin des « Quatre ministères », en plein cœur du quartier administratif, avait été démoli. L’immeuble du Centre Administratif et des Services Economiques et Financiers (Casef) y a été érigé. Les locaux du Service de la douane, un joyau architectural datant de l’époque allemande et se trouvant en face du vieux Wharf, ont subi le même sort, laissant la place à l’Hôtel Président, bien vite rebaptisé Palm Beach, actuellement inactif. Des pans de notre patrimoine à jamais disparus, que bien de Togolais évoquent encore avec mélancolie.

Honorer la mémoire du concepteur du drapeau togolais

En vue de mener ses activités, une revendeuse par ignorance, avait érigé il y a quelques années  à Goyi Score un hangar de fortune qui barrait la vue des fresques murales de Paul Ahyi. Par une action de protestation, les artistes réunis au sein du Syndicat National des Artistes du Togo (Synato) avaient alors interpellé les responsables du Bureau Togolais des Droits d’Auteurs (Butodra). La revendeuse a été amenée à la raison et le hangar enlevé.

« Heureux que l’on se préoccupe du devenir des fresques murales dont la valeur est inestimable au sein du patrimoine  culturel togolais en particulier et même universel », a réagi l’architecte, décorateur et peintre béninois Fortuné Bandeira qui a réalisé dans les années 90, le monument dénommé « La Porte du non-retour à Ouidah », symbole de la plus grande déportation de l’humanité.

Paul Ahyi est à la fois un sculpteur, peintre designer, architecte d’intérieur et auteur dont le parcours mérite d’être connu et diffusé au profit des générations présentes et futures. Les œuvres multiformes du diplômé des Beaux-arts de Paris à la fin des années 50 sont connues un peu partout dans le monde. Elles sont visibles à l’Aéroport international de Lomé, dans les halls de nombreuses institutions administratives et bancaires. Pour services rendus à son le pays le Togo et pour le rayonnement artistique, les  œuvres du concepteur du drapeau national togolais et «Artiste de l’Unesco pour la paix» méritent d’être protégées et sauvegardées.

« Il faut trouver une solution, la solution ! Et  que vive encore très longtemps l’’artiste peintre et sculpteur Paul Ahyi ». Que les décideurs, les responsables en charge de la sauvegarde du patrimoine veillent au grain pour empêcher la démolition des fresques murales de celui qui est « un véritable pionnier de la décoration urbaine en Afrique » et dont les œuvres tous domaines confondus servent de référence. La sauvegarde et la conservation des œuvres artistiques, la protection de nos sites et lieux touristiques doivent être la préoccupation majeure de tous. Le Togo est un legs et a  grand besoin de modernisation. Sauf que tout doit être fait dans les normes. Ainsi donc, l’avis conforme du service du patrimoine est d’obliger les investisseurs nationaux ou étrangers à modérer leurs initiatives ou ambitions en voulant développer leurs projets si ceux-ci viennent à interférer sur des biens protégés. En accord avec les responsables du projet de construction du nouveau centre commercial sur le site de Goyi Score, les pouvoirs publics doivent alors solliciter l’apport des artistes assermentés et des services compétents de l’Ecole Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme (EAMAU) pour remettre à la bonne place les fresques murales de Paul Ahyi, décédé en 2010 à 80 ans.

©Ekoué Satchivi

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