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Le maréchal-président autoritaire et l’apprenti dictateur

 

« Un dictateur n’a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi » (François Mitterrand)

Le continent a enregistré dimanche 11 avril deux scrutins présidentiels sans grand enjeu : l’élection présidentielle au Tchad et celle au Bénin où les dirigeants s’ouvrent des boulevards pour se faire réélire. Depuis 2020, l’Afrique a connu une dizaine de consultations électorales qui se sont déroulées invariablement de la même manière. Ceux qui sont au pouvoir se sont donné tous les moyens de passer au premier coup K.O.

Dans le cas du Tchad et du Bénin, il s’agit également de parodies d’élections, le Maréchal Idriss Déby Itno, dictateur-candidat et Patrice Talon, apprenti-dictateur n’ayant pas de concurrents en face. Au Tchad, le président a écarté un à un ses plus farouches rivaux pour compétir avec des opposants choisis. D’autres concurrents ont retiré leur candidature, dénonçant un climat d’insécurité et refusant de cautionner une parodie d’élection. Ils ont appelé au boycott. Cependant leur candidature a été maintenue par la Cour suprême. Même stratagème au Bénin où toutes les figures de l’opposition ont été exclues de la présidentielle.  Ce sont donc des scrutins sans suspense et marqués par une forte désaffection des populations dans lesquels se sont engagés Idriss Déby Itno et Patrice Talon qui se dirigent vers leur auto-réélection.

Pour la campagne électorale, le Maréchal Idriss Déby qui trône au pouvoir depuis 30 ans, bénéficiant de colossaux moyens de l’Etat, s’est livré à un matraquage publicitaire sans précédent, s’affichant partout dans le pays alors que ses « concurrents » sont aux abonnés absents. « Entre deux coupures d’électricité et d’eau parfois plusieurs jours d’affilée, la capitale est littéralement recouverte d’affiches à la gloire de « IDI », son parti et sa multitude de mouvements satellites, rivalisant par la taille extravagante de leurs panneaux », rapporte l’Afp.

Même pour des élections présidentielles dont ils sont seuls en lice, les dirigeants ne manquent pas d’user des méthodes désuetes en ayant recours à des fraudes de grande ampleur pour s’octroyer des scores à la soviétique. Comme le confie ce diplomate, « la seule chose qui compte aux yeux de Déby, c’est de l’emporter dès le premier tour avec une participation importante, pour qu’on ne lui objecte pas qu’il a été mal élu ».

L’omniprésence médiatique du duo Talon-Talata était également de mise au Bénin. Au point que les deux listes accompagnatrices, illustres inconnues des Béninois, étaient noyées dans le flot publicitaire présidentiel.

« Ce qui permet à un président en exercice d’être réélu, c’est sa capacité à soumettre, à avoir à sa solde tout le monde : députés, maires, élus locaux, commerçants, partis politiques. C’est la manière dont personne n’est capable de lui tenir tête, d’être compétiteur contre lui. Si vous n’avez pas de compétiteur, vous avez beau être mauvais, vous serez réélu », professait Patrice Talon. Il a appliqué à la perfection sa propre méthode. L’apprenti dictateur est en roue libre pour un coup K.O. massif comme l’ont promis ses partisans.

Médard AMETEPE

 

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