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Tir à balles réelles sur les civils/ L’hypocrisie du gouvernement face à la gâchette facile des forces de sécurité

 

Le Togo a encore enregistré ce lundi un incident impliquant les forces de sécurité. A Tsévié, les éléments de l’opération entonnoir ont tiré sur un vendeur de carburant de contrebande. Ce qui saute aux yeux dans ces bavures policières, c’est l’hypocrisie du gouvernement qui feint d’ignorer  que le phénomène de la gâchette facile prend de l’ampleur.

La ville de Tsévié a connu ce lundi matin des échauffourées entre les forces de l’ordre et de sécurité et la population. Selon les informations, les éléments de l’opération entonnoir ont pris en chasse un vendeur de carburant de contrebande et lui ont tiré dessus. En réaction à cette nouvelle bavure de la Police, les populations ont envahi la nationale n°1 et posé des barricades. Elles ont également mis feu aux pneus, bloquant ainsi la circulation pendant un moment. Pour dégager la voie, la Police a fait usage de gaz lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc, rapportent des sources.

Point n’est besoin de rappeler que cette bavure n’est pas la première, mais la nième dans le cadre de cette fameuse opération de traque des vendeurs de carburant de contrebande dénommée « Opération entonnoir ». Des pertes en vies humaines ont été enregistrées, tant à Lomé que dans les autres localités du pays. La tradition se perpétue. Même si la victime de la nouvelle bavure policière n’est pas décédée, le fait est assez grave pour mériter une réaction de la part des autorités gouvernementales. D’après le confrère L’Informateur.net, le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Général Yark Damehame aurait manifesté sa colère suite à « ce comportement d’un policier qui a fait usage de son arme en tirant à bout portant sans sommation ».

Cette réaction, même si elle est la bienvenue, ne suffit pas pour répondre convenablement aux événements malheureux qu’enregistre le Togo depuis des décennies, et à travers lesquels les populations comprennent que leurs compatriotes qui font le métier des armes sont au-dessus de la loi. La question que se pose alors aux populations à la suite des bavures policières est de savoir quelle sera la suite. Et malheureusement, ceux qui s’attendent à une action forte des autorités sécuritaires se retrouvent déçues parce qu’il n’y a jamais eu de suite.

A titre d’exemple, dans l’affaire de l’assassinat du jeune Koutsouati Dodji à Adakpamé, le chef de l’Etat, après plusieurs mois de silence, a fait dépêcher la ministre en charge de l’Action sociale sur les lieux du crime. Cette dernière y a rencontré la famille éplorée, exprimé « la compassion » de son patron à travers une enveloppe financière et des dons. « Nous avons attendu que les esprits se calment pour arriver et je me réjouis de l’accueil qui nous a été réservé et je rendrai fidèlement compte au chef de l’Etat. Ce que nous avons demandé à la famille c’est de prier pour le repos de l’âme du défunt. Le chef de l’Etat, vous l’avez tous suivi, a condamné l’acte », avait déclaré Mme Tchabinandi Kolani-Yentcharé. Et c’est tout. Rien n’a filtré sur l’exigence de la famille de la victime d’obtenir justice. Deux semaines après cette visite, la procédure judiciaire est toujours bloquée, offrant une garantie d’impunité aux auteurs du drame.

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’en réalité, le gouvernement togolais n’a jamais œuvré pour que cesse les violences impliquant les forces de défense et de sécurité. D’ailleurs, même si à de rares occasions, le ministre de la Sécurité admet l’usage de la force de la part de ses hommes dans des incidents tels que celui de Tsévié, il a toujours eu le réflexe de leur trouver des circonstances atténuantes. Cela se remarque à travers les comptes-rendus établis par la Police ou la Gendarmerie.

Parfois, comme ce fut le cas dans l’affaire des présumés braqueurs abattus par la Police où les auteurs ont été innocentés par Yark Damehame avant même toute enquête, les déclarations officielles rendent blancs les coupables. Avec cette garantie d’impunité, les forces de sécurité se laissent emballer dans le phénomène de la gâchette facile qui prend de plus en plus de l’ampleur. Malheureusement, le gouvernement feint de ne pas le remarquer.

G.A.

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