Editorial

Le rapport de la CNDH plus douteux que la version de la Police!

 

 

« Si tu ne peux dire la vérité en tout lieu et en tout temps, fais appel aux hommes plus courageux » (Hymne de l’Empire Wassoulou)

Les maîtres de l’œuvre enseignent que sans la vérité, aucun progrès n’est possible, car rien ne peut être édifié sur l’erreur ou sur la fausseté. Mais au Togo, la falsification, l’altération de la vérité, la tendance à déformer les faits et à les enjoliver sont la norme. Le gouvernement, les institutions de la République s’en accommodent fort bien. Le mensonge est devenu un mode de gouvernance dans notre pays. Les grands commis de l’Etat, ceux-là qui nous gouvernent et qui sont censés être des modèles de vertu et d’excellence ne s’embarrassent guère de mentir tout le temps. Il est constant de voir apparaître à la télé, des ministres, des hauts fonctionnaires de l’Etat, de respectables responsables d’institutions, etc. et mentir avec enthousiasme à la patrie et à eux-mêmes, prenant leurs administrés pour des dupes.

A force de dénaturer les faits, de vouloir les embellir, on crée la confusion dans les esprits et on se discrédite. Justement, c’est cette confusion, cet embrouillamini que sème le rapport de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) dans l’affaire des deux présumés braqueurs abattus par une équipe du Groupe d’intervention de la Police nationale (GIPN) dans la nuit du 27 juillet 2019. Pour la Police, il s’agit bien des malfrats abattus lors des échanges de tirs. Faux, rétorquent les familles des victimes et des riverains qui ont témoigné avoir vu des policiers enlever les deux jeunes chez eux à domicile et qu’ils ne sont nullement des braqueurs.

La CNDH s’est saisie de l’affaire et a décidé de mener ses propres enquêtes pour faire toute la lumière. Un an après, le rapport rendu public est plus confus et crée plus de problème qu’il n’en résout. Nakpa Polo et les siens entourent l’affaire d’une épaisse fumée noire. Tout simplement parce qu’ils n’ont pas eu le courage de dire la vérité. Dans son document, la CNDH confirme que les deux jeunes hommes ont été effectivement enlevés à leur domicile comme l’ont témoigné les familles mais par un « groupe d’hommes en treillis qu’elle n’a pas pu identifier. Plus loin, elle affirme que les deux jeunes « enlevés » se sont mis « sur la route de l’équipe de l’opération de la Police ». Par quelle magie ?

Manquant cruellement de courage, la CNDH se dessaisit de la patate chaude et la file à la justice dont on connaît les faits d’armes. L’institution de Nakpa Polo  demande « une enquête judiciaire pour faire la lumière sur des zones d’ombres ». Des zones d’ombres créées et entretenues de toutes pièces pour brouiller les pistes.

Prendre 365 jours pour pondre un rapport aussi piteux et bidon d’à peine une demi-page de feuillet publié en catimini est scandaleux et dommageable pour l’institution dont l’image est déjà écornée dans un passé récent par le tripatouillage de son propre rapport sur les actes de tortures dont s’étaient rendus coupables les agents de l’Agence nationale de renseignement (ANR) de regrettée mémoire sur les prévenus de l’affaire de tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Le président de la CNDH à l’époque Koffi Kounté, lui, avait eu le courage de rendre public le rapport authentique avant de fuir le pays et s’exiler en France.

Selon nos informations, le rapport sur l’affaire des présumés braqueurs était disponible depuis, mais la présidente de la CNDH a fait l’OPA sur le document. Histoire probablement d’arranger les angles pour ne pas scandaliser l’opinion et les familles des victimes, mais aussi sauver la face de la Police pour ne pas froisser le régime. Les résultats sont là. Même des cordonniers ne produiraient pas un tel document.

C’est un rapport « centriste » aussi douteux que la version servie par la Police. C’est triste et malheureux pour le Togo.

Médard AMETEPE

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