Société

Acteur et témoin de l’histoire africaine post-indépendance/ Edem Kodjo, l’argentier devenu diplomate s’en est allé

 

 

 

Il était un des citoyens togolais les plus connus sur la scène internationale.  Edem Kodjo, l’ancien chef de la diplomatie togolaise et ancien Secrétaire Général de la défunte Organisation de l’Unité Africaine (OUA) devenue Union Africaine  n’est plus.  Malade  et en séjour médical depuis un moment à l’hôpital américain de Neuilly à Paris, le président de la Fondation « Pax Africana »,  est décédé dans la matinée de ce samedi 11 avril  2020. L’ancien Premier ministre togolais allait souffler ses 82 printemps.

 

Personnage à la gaieté toujours pétillante, Edem Kodjo, également connu sous l’identité  d’Edouard Kodjovi Kodjo était à la fois passionné de football, de littérature et grand collectionneur de tableaux d’arts… Il avait vu le jour le 23 mai 1938 à Sokodé en pays Tem, dans la partie centrale du Togo. Son rêve d’adolescent était de servir dans la police.

 

Parti en France après son Baccalauréat, l’ancien élève au Collège Saint Joseph de Lomé, y poursuit de brillantes études universitaires qui le mènent  vers d’autres voies. Après un passage en qualité d’Administrateur à l’Office de Radiodiffusion et Télévision Française,  (ORTF), le jeune cadre togolais retourna au bercail au milieu des années soixante pour servir à de différents échelons au Ministère des Finances et de l’Economie. A l’origine de la défunte Société Nationale d’Investissement (SNI), il en fut le premier Directeur Général avant de prendre plus tard de 1973 à 1977,  les rênes du Ministère de l’Economie et des Finances à la place de Jean Têvi Benissan.

 

Haut commis de l’Etat, le gouverneur du Togo auprès de nombreuses institutions financières dont le Fonds Monétaire International (FMI) et argentier  Edem Kodjo  arbore deux ans plus tard en 1977, la tenue de chef  de la diplomatie togolaise lorsque feu Joachim Ayi Houénou Hunlédé, (le premier ambassadeur du Togo à Paris), décida de quitter le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération pour consacrer sa vie à Dieu en qualité de Pasteur évangélique.

Grand admirateur du Guinéen Diallo Aboubakar Telli, premier patron de l’organisation panafricaine, il sera élu  en 1978 jusqu’en 1983 à la tête du Secrétariat général de la défunte OUA aujourd’hui Union Africaine (UA), avec un mandat marqué notamment par le Projet dénommé « Le Plan d’Action de Lagos » pour hâter l’émergence économique  de l’Afrique,  la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ( CADHP ), l’admission désapprouvée par certains pays de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) en qualité de pays membre de ladite organisation.

En froid avec le régime de Lomé, celui qui fut l’un des artisans de la création en novembre 1969 du parti –Etat dénommé  le Rassemblement du Peuple Togolais (Rpt) avec rang de Secrétaire Général, (second personnage après le président-fondateur, Etienne Eyadèma), connut une « traversée du désert ». Il s’établit à Paris en France pour ne retourner à Lomé qu’après l’ouverture  dans les années 90 du Togo au processus démocratique. L’ancien membre du «  Groupe des Dix », en profite pour mettre sur pied l’Union Togolaise pour la Démocratie (UTD), rebaptisée plus tard sous la dénomination de  la Convergence Patriotique Panafricaine (CPP).

Edem Kodjo  a été candidat de l’opposition togolaise en 1993 pour le poste de Président de la République avant de jeter l’éponge à la dernière minute. Un an plus tard il prit part au nom de son parti, l’Union Togolaise pour la Démocratie (UTD) avec le Comité d’Action pour le Renouveau  (CAR) de Me Yaovi Agboyibo aux législatives de 1994. Mais en dépit du plus grand nombre de sièges  acquis par le parti à l’emblème de «  Bélier noir », lui, le « Coq », leader du « parti charnière » qu’était l’UTD, fut nommé contre toute attente  en qualité de Premier ministre par Gnassingbé père avant de le redevenir une seconde fois en 2005 sous Faure Essozimna, remplaçant à la hussarde de  son géniteur décédé plus tôt le 5 février.

L’ancien patron de la défunte OUA prendra par la suite ses distances vis -à-vis de la politique intérieure en mettant sur pied « Pax Africana », une fondation destinée à œuvrer pour la résolution des crises en Afrique. Membre du Comité des Sages de l’UA, l’économiste et diplomate est souvent sollicité ici et là pour ses bons offices par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et l’Union Africaine (UA).

Un incompris et architecte du Grand Pardon

Il« n’est pas un homme de la masse »! Edem Kodjo passe pour « l’une des intelligences supérieures de notre pays juste après les regrettés Pr Valentin Mawupé Vovor et l’évêque Robert Dosseh–Anyron », a écrit de lui l’enseignant-écrivain Bernard Agudzé Vioka.

L’ancien élève au Collège Saint Joseph à Lomé était de la génération de diplomates africains d’envergure tels les Congolais Nguza Karl I Bond, Gérard Kamanda Wa Kamanda,  l’Egyptien Boutros Boutros Ghali, le Malien Alioune Blondin Bèye, les Algériens Abdelaziz Bouteflika et Lakhdar Brahimi,  les Gabonais Martin Bongo et Paul Okumba d’Okwatségué les Nigérians Adebayo Adededji et Peter Onu, le Nigérien Idé Oumarou, le Sénégalais Moustapha Niasse, le Tanzanien Salim Ahmed Salim ou le Mozambicain Joachim Chissano. Fervent croyant catholique, l’ancien patron de la diplomatie togolaise, Edem Kodjo fut aussi journaliste enseignant, conférencier et écrivain. Il laisse à la postérité de nombreux ouvrages dont «  Et demain l’Afrique » (Stock, Paris, 1985), L’Occident, du déclin au défi (Stock, Paris, 1988), Africa Today (Ghana University Press, Accra, 1989)…

Acteur et témoin de l’histoire africaine post-indépendance, Edem Kodjo fut un grand incompris ! L’ancien Secrétaire Général du Comité National Olympique du Togo (CNOT), « aura été pour le Togo, une des personnalités les plus distinguées et les plus marquantes de son époque ». D’une écoute attentive, il était un personnage « pétri de charisme et de culture »  que « cache  une apparence suffisante et cassante ». L’argentier devenu diplomate s’en est allé « après une vie pleine de roses et de jasmins ». ©Ekoué SATCHIVI

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