Politique

2020 et incertitudes à l’horizon/ Drôle de silence du Groupe des 5

 

Le Togo avance pas à pas vers la présidentielle de 2020, mais aussi l’incertitude. C’est même vers l’inconnu que le pays court, à cause de l’obscurantisme du régime RPT/UNIR et surtout de son « champion » décidé à accaparer un 4e mandat et ainsi conserver le pouvoir. Mais tout se passe en tout silence des représentants du monde « civilisé » au Togo…

Le Togo vers l’inconnu total

Le grand enjeu de l’élection présidentielle de 2020, c’est l’alternance au pouvoir. Le peuple togolais régenté depuis un demi-siècle par un clan, rêve de l’avènement de l’alternance, un principe sacro-saint de la démocratie et droit le plus absolu pour un peuple meurtri depuis plus de cinquante (50) ans. Mais au niveau du sérail, on n’entend pas les choses de cette oreille. Le processus électoral est préparé avec l’éternel obscurantisme.

Pour une élection aussi cruciale, le pouvoir ne croit pas devoir opter pour une préparation consensuelle et inclusive, avec l’ouverture de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à ses plus sérieux contestateurs. Les réformes institutionnelles et constitutionnelles adoptées le 8 mai 2019 impliquent une recomposition de la Cour constitutionnelle, conformément aux critères définis. C’est aussi une prescription de la CEDEAO dans sa feuille de route du 31 juillet 2018. Mais le pouvoir continue les choses comme si de rien n’était, avec l’équipe d’Aboudou Assouma de triste réputation.

Dans le sens de l’organisation d’un scrutin inclusif, démocratique et paisible, l’opposition a fait des propositions sensées. Des voix se sont élevées pour requérir un recensement électoral formel, commune par commune pour répondre aux enjeux de la décentralisation, au lieu d’une simple révision des listes. Mais le pouvoir a snobé toutes ces suggestions légitimes pour opter pour la révision, du 29 novembre au 1er décembre 2020. Le recensement électoral réclamé est-il une mauvaise chose ? La question reste posée.

Par ailleurs, le vote de la diaspora est en train d’être dévoyé. Le sujet a fait partie des réclamations populaires lors de la crise politique de 2017 et qui ont poussé des milliers voire millions de Togolais dans la rue. Le bon sens voudrait que cette question soit réglée sans arrière-pensée. Mais voilà, avec les conditions définies, le pouvoir écarte de facto la plus grande part de ces compatriotes estimés à plus de deux millions, soit au moins le tiers de la population totale.

Au-delà de l’opacité aux propositions légitimes et de l’obscurantisme traditionnel, le régime est prêt à tout pour conserver le pouvoir et ne compte surtout pas laisser qui que ce soit entraver ses plans. C’est ce qu’il faut comprendre dans les menaces proférées à l’encontre de Mgr Philippe Fanoko Kpodzro pour son engagement à colmater les brèches au sein de l’opposition et en faveur de l’alternance…

Toute cette préparation n’augure rien de bon, surtout pas d’un scrutin démocratique, inclusif et paisible. L’alternance désirée par le peuple togolais après un demi-siècle de domination d’un seul clan est d’ores et déjà en train d’être confisquée. En clair, les Togolais devront encore faire un trait sur ce principe sacro-saint de la démocratie. Tout porte à croire qu’il n’y a pas eu soulèvement populaire en 2017, réclamation de l’alternance au pouvoir et crise politique. Le régime ne semble pas tirer leçon de cette période mouvementée.  Le Togo avance droit vers l’incertitude, avec toute la coulée de bile que charrie la préparation du processus…

Silence absolu du Groupe des 5

Ils se sont toujours mis dans le manteau de missionnaires de la démocratie dans notre pays, et c’est par rapport à ce rôle que l’on se donne le droit de les interpeller. Les représentations diplomatiques occidentales au Togo savent réagir lorsque le pouvoir de Faure Gnassingbé est en péril. Mais manifestement pas lorsque la démocratie et l’alternance le sont. Les signaux n’annoncent rien de bon en 2020. L’alternance est une fois de plus en train d’être confisquée, au nez et à la barbe de ces fameux représentants du monde dit civilisé. Mais c’est le silence retentissent dans leur rang.

Certains nous opposeront peut-être le passage en début de semaine dernière de la fameuse mission conjointe CEDEAO-ONU conduite par l’inénarrable Représentant spécial du Secrétaire Général de l’ONU Mohamed Ibn Chambas et qui prétend être venue déblayer le terrain pour un scrutin démocratique et paisible. Mais au regard du rôle joué depuis 2005 par ce monsieur en faveur du maintien de la dictature cinquantenaire, il faut être naïf pour attendre quelque chose de cette mission.

La communauté internationale vient d’être interpellée en date du jeudi 14 novembre dernier par le Front citoyen Togo Debout qui a voulu attirer l’attention du  Secrétaire Général de l’ONU Antonio Guteress. L’organisation du Prof David Dosseh a voulu par cette correspondance « porter à [son] attention un paradoxe susceptible de ternir la crédibilité de [son] institution et d’entamer la confiance des citoyens togolais envers le Système des Nations Unies », l’illustrant par les actes de duplicité et de caution tacite au régime cinquantenaire, comme l’accompagnement de la Cour constitutionnelle partisane par le PNUD dans la perspective de 2020. Faut-il le rappeler, un appel a été récemment lancé à l’endroit de l’ONU à conduire le processus électoral…Elle le fait dans d’autres pays, surtout ceux où les armes ont une fois crépité. Mais Dieu sait si elle s’émouvra sur le cas Togo…

Le bon sens aurait voulu que l’on opte pour une prévention de crise au Togo face aux mauvais signaux, surtout que la récente date d’à peine deux ans. Mais la communauté internationale semble avoir opté pour l’indifférence aux allures de complicité avec le pouvoir de Lomé. Ses représentants au Togo regroupés au sein du Groupe des 5 ambassades occidentales brillent par un silence total face à la préparation de la présidentielle de 2020. Ils laissent Faure Gnassingbé dérouler sans pression, pas un communiqué ou mot pour le rappeler à l’ordre (sic)…Un mutisme sur fond d’accompagnement du pouvoir qui renforce la conviction du commun des Togolais que le monde « civilisé »  apporte sa caution à un quatrième mandat de Faure Gnassingbé. Mais, le plus cocasse, la communauté internationale sera prompte à dépêcher au Togo une mission  pour compter les morts lorsque le régime va encore zigouiller les populations, au nom de la conservation du pouvoir…Le cas de 2005 est encore vivace dans les mémoires.

Tino Kossi

 

 

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