Economie

FMI : 34,9 millions de dollars supplémentaires

Reprofilage de la dette, garde-fous sur les privatisations, lutte contre la corruption…des exigences

Depuis le 10 décembre dernier, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a approuvé un nouveau décaissement de 34,9 milliards de dollars en faveur du Togo. Mais un décaissement assorti de conditionnalités et de promesses faites. Reste à savoir si le temps donnera raison à chaque partie dans l’objectif de réduire considérablement le déficit budgétaire global afin d’assurer la viabilité à long terme de la dette et de la position extérieure, de recentrer la politique économique sur une croissance inclusive grâce à des dépenses sociales ciblées et à des dépenses d’infrastructures financées de manière viable, et enfin de corriger les faiblesses financières des deux banques publiques en cours de privatisation.

A l’issue de l’étude des résultats enregistrés par le Togo en conseil d’administration, Mitsuhiro Furusawa, directeur général adjoint et président par intérim s’est ainsi exprimé : « Les résultats obtenus par le Togo dans le cadre du programme appuyé par FEC sont satisfaisants malgré un contexte difficile. L’économie semble commencer à se stabiliser, la croissance devrait s’accélérer et l’inflation demeure en deçà du critère fixé par l’UEMOA. Par ailleurs, le programme de réformes structurelles avance. Comme il subsiste des risques, même s’ils s’atténuent, il est important que les autorités restent attachées à leur programme d’ajustement macroéconomique et de réforme.

Les autorités sont déterminées à ramener la dette publique à un niveau viable et de faire avancer les réformes budgétaires. Le cadre budgétaire devrait permettre de réduire la dette comme prévu initialement dans le cadre du programme, et le Togo devrait remplir le critère de convergence de l’UEMOA d’ici la fin de 2019. Les autorités ont l’intention d’effectuer une opération de reprofilage de la dette, assortie de garde-fous appropriés, afin de réduire la valeur actuelle de la dette publique totale.

Les réformes budgétaires en cours visent à créer l’espace nécessaire pour engager les dépenses sociales et les dépenses d’infrastructures qui sont indispensables. Les autorités s’efforcent d’accroître les recettes de manière permanente, de modifier la composition des dépenses en faveur d’investissements publics propices à la croissance et d’accroître l’efficience des dépenses globales. Elles doivent aussi continuer de s’employer à mettre un point final à l’analyse coûts/avantages des projets d’investissements publics et à renforcer la gestion des arriérés.

Les autorités ont révisé leur stratégie pour le secteur financier et ont relancé la privatisation des deux banques publiques restantes. Il sera important d’appliquer les garde-fous arrêtés pour veiller à ce que la privatisation soit conforme aux meilleures pratiques internationales.

Les autorités s’emploient à mettre en œuvre les mesures prévues dans le plan national de développement et le Pacte avec l’Afrique afin que le Togo devienne un pôle logistique majeur et un centre financier dynamique, et dispose d’une base manufacturière solide. À cet effet, il est prioritaire de combattre la corruption, de renforcer la gouvernance et d’améliorer le climat des affaires de manière plus générale ». Doit-on s’en rejouir ?

Du travail reste à faire. Avec ce nouveau décaissement, le Togo atteindra 57,76% du montant total, soit 139,5 millions de dollars sur 241,5 millions de dollars. On veut croire que d’ici là, les objectifs ayant soustendu l’accord sur la Facilité élargie de crédit (FEC) seront atteints. Car, faut-il le rappeler, lors de l’approbation de cet accord triénal le 5 mai 2017, le programme visait à réduire considérablement le déficit budgétaire global afin d’assurer la viabilité à long terme de la dette et de la position extérieure, recentrer la politique économique sur une croissance inclusive grâce à des dépenses sociales ciblées et à des dépenses d’infrastructures financées de manière viable, ainsi qu’à corriger les faiblesses financières des deux banques publiques que sont l’UTB et la BTCI.

Mais les résultats obtenus, sans être négligeables, restent insuffisants. Puisque si tous les critères de réalisation quantitatifs ont été respectés, il reste que deux des cinq repères structurels ne le sont toujours pas encore.

Reprofilage de la dette publique. C’est ce à quoi les autorités togolaises veulent s’atteler. Par cette expression, il faut juste comprendre une opération qui permettra des remboursements étalés sur des périodes plus longues, et parfois des taux renégociés à la baisse, de sorte à baisser le poids financier annuel. Mais reste à savoir lesquels des partenaires financiers du Togo accepteront de revoir leurs créances à la baisse. Soit dit en passant, le rapport de la Cour des Comptes rappelle qu’au 31 décembre 2017, l’encours de la dette publique totale était de 2008,214 milliards FCFA et les services de la dette étaient estimés à 514,298 milliards FCFA.

Les meilleures pratiques internationales en matière de privatisation des banques sont requises dans l’opération que le Togo veut mener avec UTB et la BTCI. Lorsqu’on sait l’opacité qui entoure l’attribution de certains marchés et certaines privatisations, les propos du Directeur général adjoint et président par intérim sont loin d’être dénués de raison. Et si l’occasion pourrait permettre aux citoyens de connaître l’état des finances de ces deux banques dans un rapport d’audit préalable avant toute privatisation, ce ne serait que de l’efficience financière.

Combattre la corruption, renforcer la gouvernance et améliorer le climat des affaires, des expressions qui correspondent bien au Togo. Des dossiers passés non résolus –surtout dans les BTP- continuent de plomber la confiance des administrés en la nouvelle administration des finances. Des marchés publics passés foulent aux pieds les seuils de passation des marchés gré à gré sans que des mesures coercitives ne soient prises. Des rapports de la Cour des Comptes épinglent des responsables pour mal gouvernance, sans que ceux-ci ne soient interpellés. Des flux financiers illicites gangrènent les finances du pays. Mais quant à l’amélioration du climat des affaires, le FMI devra être plus clair pour situer tout le monde. Le Togo doit-il recourir aux exonérations fiscales pour attirer des investisseurs et apauvrir ses recettes, ou doit-il mettre à contribution celles des entreprises qui sont intéressées par les ressources du pays ? De la réponse à cette question dépendra une meilleure prise de position des autorités en charge de la collecte des impôts.

Une chose est d’encaisser les fonds d’aide du FMI, mais une autre est de les rembourser, même si ces aides ne sont pas assorties d’intérêts. La dette publique du pays ne prête point au sourire.

Godson K. 

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