Politique

Violences et élections périlleuses en vue: L’hypocrisie suicidaire du Groupe des 5


Une déclaration a été rendue publique hier par les ambassadeurs du Groupe des 5. Contrairement aux attentes, la question des élections législatives du 20 décembre 2018 n’a pas été évoquée. Rien de surprenant puisqu’il y a quelques semaines, le G5 s’était réjoui des avancées dans la résolution de la crise alors que tous les signaux sont dans le rouge. Ces ambassadeurs s’affichent beaucoup plus comme une caution de la dictature cinquantenaire des Gnassingbé.

« Des complices », « Une caution de la dictature cinquantenaire des Gnassingbé », « Ils auraient dû se taire », etc. Les expressions des internautes pour qualifier la dernière sortie des ambassadeurs occidentaux ne sont pas tendres. Hier 13 décembre 2018, les ambassadeurs membres du Groupe des 5, notamment des Etats-Unis, de la France, l’Allemagne, de la Délégation de l’Union Européenne et de la Coordination du Système des Nations Unies ont rendu public un communiqué sur la situation sociopolitique au Togo.

En réalité, ces diplomates dont le positionnement en faveur de la dictature ne fait plus aucun doute, se sont prononcés sur « les derniers développements de la situation au Togo ». Il s’agit des décès enregistrés la semaine dernière et cette semaine alors que les populations manifestent contre la mascarade électorale en préparation. 

Dans la déclaration, les représentations diplomatiques disent suivre avec préoccupation les derniers développements de la situation au Togo. « Elles regrettent les décès enregistrés et les violences lors des événements récents. Elles présentent leurs condoléances aux familles des victimes et souhaitent un rétablissement rapide aux blessés », y lit-on. Ce sentiment de regret et les condoléances présentées par les ambassadeurs aux victimes arrivent bien tard. Et pour cause, les signaux d’une escalade de violence du fait de la détermination des tenants du pouvoir à en découdre avec les populations sont manifestes.  

Alors que des voix s’élevaient pour demander un report du scrutin législatif et sa tenue après l’adoption des réformes, les ambassadeurs occidentaux ont pondu une déclaration contraire aux aspirations des Togolais. Comme pour envoyer le peuple à l’abattoir, le G5 invitait les partis politiques de la C14« à saisir l’opportunité des recommandations de la CEDEAO relatives au processus électoral et à la prorogation des opérations d’inscription sur les listes électorales afin de faire enrôler leurs partisans ». C’était le 13 novembre 2018. Une sortie qui a galvanisé le régime dans sa volonté de faire sombrer le pays à travers l’organisation précipitée des élections. Pour les populations togolaises, les diplomates occidentaux venaient de confirmer, à travers cette déclaration, leur adhésion à la violence planifiée par le pouvoir. Aujourd’hui, les faits leur donnent raison.  

 Cette nouvelle sortie des ambassadeurs du G5 n’est rien d’autre qu’une  hypocrisie diplomatique. Sinon, comment comprendre leur silence par rapport au processus électoral en cours ? Contrairement à ce qui est écrit dans la déclaration, le G5 n’est nullement préoccupé par la situation du Togo. La preuve, toutes les organisations de la société civile et de défense des droits de l’Homme, les confessions religieuses et les partis politiques préoccupés par le respect de la vie humaine au Togo ont appelé ouvertement à un report des élections législatives du 20 décembre 2018, sources de toutes les tensions. Même des voix extérieures se sont inquiétées du pourrissement de la situation. Curieusement, le G5 n’a fait que donner son consentement à la poursuite du processus électoral unilatéral organisé par la dictature des Gnassingbé.

Dans la déclaration d’hier, les ambassades « soulignent encore une fois la nécessité de préserver un climat de paix et d’éviter toute forme de violence. Elles appellent les partis à la retenue et restent disponibles, en appui à la CEDEAO, à accompagner les partenaires togolais pour la résolution durable de la crise ». On voit là encore que les diplomates occidentaux se moquent des Togolais parce qu’ils savent bien que pour une résolution durable de la crise qui secoue le Togo, la question des réformes institutionnelles, constitutionnelles et électorales doit être réglée avant toute consultation. En France, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Europe et dans toutes les démocraties, la loi électorale n’est pas en faveur d’une seule partie. Dans la France de l’ambassadeur Marc Vizy, par exemple, les députés de La République En Marche ne sont pas élus avec moins de voies que leurs collègues Les Républicains. En France encore, la voie de l’électeur vivant à Paris est égale à celle de son compatriote vivant à Marseille ou à Strasbourg. En France, le processus électoral est organisé avec toutes les garanties de transparence possibles. En France, les présidents de la République ne s’éternisent pas au pouvoir. En France, on ne tire pas à balles réelles sur des manifestants aux mains nues. « Messieurs les ambassadeurs, c’est ce que les Togolais recherchent en réclamant les réformes avant les élections. Comprenez qu’une résolution durable de la crise, ne passe pas par des élections frauduleuses », estime un élu du peuple.

Par ailleurs, les ambassadeurs disent attendre « les résultats des enquêtes annoncées par le gouvernement ». Que de vaines paroles qui n’ont aucun sens aux yeux des Togolais. En effet, ces diplomates savent, en leur âme et conscience, qu’au Togo, les enquêtes dont les résultats mettent en cause le régime ne sont jamais closes. Elles ne se terminent jamais. Joseph Zoumekey, Anselme Sinandaré, Douti Sinalengue les familles de toutes ces victimes attendent toujours les noms de ceux qui tiré à balles réelles sur leurs enfants.

Les Togolais l’ont compris depuis, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour trouver une solution à la crise.

Géraud Afangnowou

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