Politique

Me Célestin Agbogan, sur la sortie de Yark Damehame


« Un subalterne ne peut pas sortir l’arme lorsque son supérieur hiérarchique ne lui en donne pas l’ordre »

En marge d’une rencontre organisée par la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH), son Président, Me Célestin Agbogan s’est prononcé sur la sortie du ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Yark Damehame, sur les tueries d’Agoè-Zongo. Pour le juriste, les versions servies par le ministre sont contradictoires. « C’est contradictoire et je ne sais pas s’il y a un raisonnement cohérent dans ce qu’il a dit », a déploré le Président de la LTDH. Pour lui, une enquête internationale doit être menée pour situer les responsabilités.

La Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH) est préoccupée par la situation qui prévaut dans le pays. Son Président, Me Célestin Agbogan s’est prononcé sur les explications données lundi par le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Yark Damehame sur la présence du chef d’Etat-Major Général des FAT, Gal Félix Kadanga sur les lieux des manifestations.  Pour lui, l’intervention des militaires est codifiée. « En réalité, je ne sais pas ce qu’un chef d’Etat-Major des Forces armées togolaises (FAT) peut chercher dans un quartier de Lomé au moment où il y a des manifestations. Les militaires ne sortent que s’il y a la guerre. Est-ce que nous sommes en temps de guerre ? », s’interroge-t-il. Et d’ajouter : « La question que je me pose est de savoir si ce qui se passe à Agoè dépasse le ministère de la Sécurité. Est-ce que la Gendarmerie et la Police sont dépassées ? Il y a eu combien d’individus à Agoè ? Est-ce que les manifestants étaient armés ? ».

Pour Me Célestin Agbogan, la présence du Général Kadanga sur les lieux de manifestations suscite des interrogations sur le mobile de son intervention.  « On a vu des braqueurs au Grand Marché de Lomé, mais on n’a pas vu le Chef d’Etat-Major, ni la Gendarmerie, ni la Police. Les gens ont tiré sur les commerçants, ont pris leur argent et sont partis. Les forces de l’ordre et de sécurité étaient absentes. Mais lorsque les gens manifestent les mains nues, c’est le Chef d’Etat-Major qui sort et c’est à côté de lui, son protocole qui sort l’arme. Je n’ai jamais fait l’armée, mais je sais qu’un subalterne ne peut pas tirer ou faire sortir l’arme lorsque son supérieur hiérarchique ne lui en donne pas l’ordre », a-t-il estimé.

Par rapport aux propos de Yark Damehame faisant croire que la vidéo a été truquée, le président de la LTDH est formel. « Il (le ministre de la Sécurité et de la Protection civile) reconnait quand même que le véhicule là, c’est un véhicule à bord duquel se trouvait le chef d’Etat-Major. Je n’affirme pas que c’est le chef d’Etat-Major qui ait tiré. Je ne peux pas l’affirmer. Mais les gens ont vu le Chef d’Etat-Major et le ministre Yark a confirmé qu’il était sur les lieux », a-t-il indiqué.

Pour Me Célestin Agbogan, le Chef d’Etat-Major n’est pas la personne indiquée pour traiter de la sécurité interne. « La question est de savoir ce qu’il est allé faire sur les lieux. Le ministre de la Sécurité est un gendarme, il pouvait le faire lui-même. Nous avons également le Directeur Général de la Gendarmerie et de la Police qui pouvaient le faire aussi. Pourquoi c’est le Chef d’Etat-Major ? C’est sa présence qui met le doute dans les esprits », a-t-il soutenu.

Pour faire la lumière sur cette affaire, le Président de la LTDH exige une enquête internationale. « Il va falloir qu’une enquête sérieuse, pour une fois, établisse les responsabilités. Nous appelons à une enquête internationale parce que nous n’avons pas confiance en nos autorités pour faire une enquête impartiale et sérieuse. Ils n’en ont jamais fait. Chaque fois, ils annoncent des enquêtes dont le résultat n’est jamais connu », a-t-il rappelé.

A l’en croire, la sortie de Yark Damehame a été une maladresse et les déclarations confirment que les populations ne sont pas en sécurité. « C’est une sortie ratée, un aveu d’impuissance. C’est une sortie qui prouve aux populations togolaises que nous sommes constamment en danger. Lorsqu’on n’a rien à dire de sérieux, le silence est le plus grand remède. Entre-temps, lorsque des individus cagoulés et armés dans des véhicules banalisés sont sortis, le ministre de la Sécurité a justifié ça et a déclaré que ce sont des groupes d’auto-défense. Aujourd’hui, on tente de reconnaitre que ces gens-là qui ont tiré, ce n’était pas normal », a-t-il conclu.

G.A.

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