Editorial

Au nom de la CEDEAO !

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« On n’a jamais le dernier mot avec les personnes de mauvaise foi » (Jean Dutourd)

Le régime de Faure Gnassingbé n’a de cesse d’invoquer la date indicative donnée par la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO pour foncer vers les élections législatives malgré les tensions et les risques de violences qui se profilaient. Malgré les incessants appels à la raison et à un sursaut patriotique, rien n’y fit. Ce que tout le  monde craignait est en train de se produire : la répression sanglante des manifestations de l’opposition avec son cortège de morts et de blessés. Déjà cinq victimes ont été enregistrées et le bilan risque d’être très lourd eu égard à l’extrême barbarie dont font preuve les forces de l’ordre et de sécurité, surtout dans les villes de l’intérieur du pays. 

A la plénière au parlement de la CEDEAO à Abuja, au Nigeria, Christophe Tchao, le président du Groupe parlementaire d’UNIR, le parti de Faure Gnassingbé, s’est appesanti sur la date du 20 décembre, expliquant que cette date a été choisie par la CEDEAO pour organiser les élections législatives au Togo et que le gouvernement togolais ne fait que se conformer aux prescriptions de l’institution sous-régionale. Il est formel, le processus est lancé et irréversible. « La date du 20 décembre a été indiquée par les chefs d’Etat. Ce n’est pas le gouvernement qui l’a fixée. Il ne fait que respecter ce que la CEDEAO a demandé », a-t-il martelé. 

 Le grand manitou de Lomé II, aussi, a écarté toute idée du report du scrutin. Quel que soit le nombre de Togolais assassinés, les élections législatives du 20 décembre auront lieu. Ainsi en a décidé Faure Gnassingbé. Quand on sait qu’au Togo, la seule volonté présidentielle vaut une loi, les Togolais doivent savoir à quoi s’attendre désormais.

Il se trouve que la même CEDEAO que ne cesse d’invoquer le gouvernement togolais pour justifier son coup de force électoral, a commis un expert en Droit constitutionnel, le Sénégalais Alioune Badara FALL en vue d’élaborer un texte de réformes constitutionnelles dans le cadre de la mission d’appui technique au processus électoral au Togo.

L’expert a rendu son rapport.  Un texte que la Commission de la CEDEAO a jugé « en conformité avec les décisions du Sommet du 31 juillet 2018 et avec la pratique en cours dans les pays de l’Afrique de l’Ouest. »  Contre toute attente, Faure Gnassingbé et ses apparatchiks se sont systématiquement opposés à la proposition de l’expert, évoquant une curieuse souveraineté du Togo sur laquelle ils ne sauraient transiger. Une application des décisions à géométrie variable donc.  

Le clergé s’insurgeait récemment contre la mauvaise foi des acteurs politiques togolais qui retarde l’avènement de la démocratie, l’alternance politique et les processus de réconciliation dans notre pays. Une mauvaise foi dont s’accommode fort bien le pouvoir de Faure Gnassingbé. 

Médard AMETEPE

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