Politique

Réformes constitutionnelles:Tous les regards tournés vers Faure Gnassingbé et le RPT/UNIR

  Le RPT/UNIR et son « champion » incontesté du 4e mandat sont-ils capables de se passer de l’avant-projet de modification des articles 59, 60 et 100 de la Constitution du 14 octobre 1992 proposé par l’expert commis par la CEDEAO et adoubé par la Commission ? La qualité première des gouvernants en place, on le sait, c’est leur mauvaise foi légendaire. Et donc la question se pose, au regard de l’avant-goût donné par les élus du pouvoir à la Commission des lois de l’Assemblée nationale ce mercredi 21 novembre. L’avant-goût d’un grand feuilleton C’est ahuris que les Togolais désireux de l’alternance à la tête du Togo ont suivi le compte rendu du déroulement de la séance de ce mercredi 21 novembre à la Commission des lois de l’Assemblée nationale. Les élus du RPT/UNIR qui contrôlent cette Commission ont essayé de snober le texte de l’expert constitutionnaliste de la CEDEAO, le Professeur Alioune Badara Fall. A la question des députés de l’opposition parlementaire de savoir les raisons du fait que ce ne soit pas la proposition de l’expert de la CEDEAO qui soit soumise à étude, ils se sont entendu dire par le commissaire du gouvernement Payadowa Boukpessi qu’il n’a pas cela sous la main. Les intentions étaient assez claires, le pouvoir RPT/UNIR a voulu se passer du texte de l’expert qui prend en compte la quintessence des aspirations profondes du peuple togolais à l’alternance. Et pour comprendre cette attitude, il faut remonter à une douzaine de jours plus tôt, lorsque le régime a cru devoir adopter, au conseil des ministres du vendredi 9 novembre dernier – Dieu seul sait s’il y en a vraiment eu ce jour ou si c’est juste un communiqué balancé pour le faire croire -, un projet de loi sans relief aux humeurs de son « champion » du 4e mandat, qui ne contient aucun verrou contre tout dessein de faire plus de deux mandats au pouvoir. C’était juste pour court-circuiter la CEDEAO avec son texte qui n’arrange pas les affaires de Faure Gnassingbé et dont le régime avait la quintessence, la mettre devant le fait accompli. L’épisode de ce mercredi à la Commission des lois de l’Assemblée nationale visait à associer l’opposition parlementaire à la manœuvre. Face à l’échec du coup et au retrait des élus de l’opposition, ceux du pouvoir n’avaient d’autre choix que d’abandonner aussi la partie. En attendant le prochain coup… Le déroulement de la séance de mercredi à la Commission des lois n’est qu’un épisode du feuilleton. Il illustrait une fois de plus la mauvaise foi légendaire du pouvoir en place. Et on est loin de la fin dans cette affaire. « Ne croyez pas que le pouvoir a abdiqué ainsi, c’est mal le connaitre. Ce n’est que le début d’un ensemble de manœuvres », alerte une source qui semble dans le secret des dieux et donne d’autres détails sur les manœuvres probables en vue. « Le pouvoir sait désormais qu’il lui sera impossible de convaincre les élus de l’opposition à adouber le projet de loi adopté par le conseil des ministres. Il va désormais tourner autour du texte de l’expert, mais pas pour le faire adopter dans sa version authentique. Les députés du régime vont tenter de le modifier, mieux, le diluer en insérant des alinéas ou simplement des phrases qui vont l’atténuer. Tout va tourner autour du verrou introduit par l’expert pour empêcher qui quiconque et quelle que soit la raison de faire plus de deux mandats », révèle notre interlocuteur sus-évoqué. La mauvaise foi du pouvoir ne s’est que trop bien illustrée dans ce processus de mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles. Elles ont été recommandées par l’Accord politique global (APG) du 20 août 2006 scellé par Faure Gnassingbé avec l’opposition afin d’avoir la paix nécessaire pour gérer le pouvoir. Mais après avoir usé de dilatoires pour retarder leur mise en œuvre, le régime n’a pas hésité à entraver les rares tentatives de matérialisation. On pense notamment au rejet scandaleux, le 30 juin 2014, par les députés du RPT/UNIR, du propre projet de loi introduit par le gouvernement. Tout simplement parce que les députés de l’opposition n’avaient pas concédé le passe-droit négocié dans les coulisses en faveur de Faure Gnassingbé, à savoir la remise des compteurs à zéro en 2015. Le pouvoir s’était également employé à étouffer toutes les propositions de loi de réformes de l’opposition parlementaire. C’est dans ces conditions que Faure Gnassingbé avait usé de prétextes pour candidater à un 3e mandat. Il faut le savoir, le RPT/UNIR n’est jamais à court d’idées quand il s’agit des basses besognes et d’étouffer l’avènement de l’alternance au Togo. Grande responsabilité devant l’Histoire Faure Gnassingbé et le RPT/UNIR seront-ils capables de se passer du texte du spécialiste de la CEDEAO et imposer le projet de loi adopté par le conseil des ministres ? Une chose est certaine, ils ne pourront pas bénéficier de la caution de l’opposition parlementaire dans cette entreprise « démocraticide ». Le pouvoir est à la croisée des chemins et les regards des Togolais acquis à la cause de l’alternance, y compris même des militants du RPT/UNIR, sont tournés vers Faure Gnassingbé et son parti. Faut-il le rappeler, l’institut de sondage Afrobarometre avait effectué un sondage dans lequel il rapportait que même des militants du parti au pouvoir sont favorables à la limitation du mandat présidentiel et à l’alternance. Au-delà de l’opinion nationale, les regards du monde entier seront braqués sur le « Prince » et son régime. Leur attitude permettra notamment à la CEDEAO, aux communautés ouest-africaines et au monde entier de se faire une opinion claire de leur degré de sincérité. Faut-il le rappeler, c’est Faure Gnassingbé et son régime même qui, acculés par les manifestations populaires à l’époque, ont appelé la CEDEAO au secours. Voilà que l’institution a recruté un expert pour élaborer une proposition de réformes constitutionnelles et ils tentent d’écarter le texte…Ils sont simplement en train de prouver leur obscurantisme, leur refus de l’alternance et donner raison au peuple qui s’est levé depuis août 2017 pour la réclamer… Tino Kossi

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