Economie

Faure Gnassingbé et les promesses électorales non tenues

Taux de croissance à deux chiffres, corridor de développement, fleuve de l’espérance… rien que des paroles mielleuses !

Insincérité budgétaire, promesses ronflantes sans suivi, gouvernance axée sur l’enfumage et d’autres attributs non moins méritants, tels sont les qualificatifs que mérite la forme de gouvernance imposée au Togo. Mais heureusement que le temps du « Togolais mouton » semble révolu à jamais. Corridor de développement, fleuve de l’espérance, partenariats publics-privés, centrale thermique, réseau de télécommunication à larges bandes, qu’est-ce que les Togolais n’ont pas entendu et ne se sont pas vu promettre par Faure Gnassingbé et son entourage, au nom de la politique, des élections, du statu quo et du maintien ? Annoncée en 2010, créée en 2013, Togo Invest Corporation (TIC) dont beaucoup de citoyens ont oublié l’existence, aurait pu embellir un tant soit peu le paysage et surtout résorber la question du chômage des milliers de jeunes. Mais depuis, rien. Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Et naquirent les projets et Togo Invest Corporation

A l’approche de l’élection présidentielle de 2010, Faure Gnassingbé le « poker menteur » avait promis, en addition à « ses projets » de réconciliation, de consolidation de la démocratie et de renforcement de la bonne gouvernance, la mise en œuvre d’un projet dénommé « Fleuve de l’Espérance ». Il comportait la construction d’une autoroute reliant Lomé à la frontière du Burkina Faso, d’un chemin de fer pour connecter le Togo au réseau ferroviaire de la CEDEAO sur une distance de 760 km, et d’autres choses encore. Et à mi-parcours entre les élections présidentielle de 2010 et législatives de juillet 2013, plus précisément le 29 mai 2013, le « bras financier » qui devrait chapeauter tous ces vœux aujourd’hui pieux naissait : Togo Invest Corporation.

« Créée par décret pris en Conseil des ministres le 14 novembre 2012, suite aux recommandations du Conseil Présidentiel pour l’investissement, TOGO INVEST a pour actionnaire unique l’Etat togolais et sera chargée de nouer des partenariats public-privés pour la construction d’un chemin de fer, d’un réseau routier viable, d’un terminal minéralier ainsi que d’autres infrastructures qui accéléreront le développement économique et social le long du corridor. Une centrale thermique et un réseau de télécommunication à larges bandes intégré au chemin de fer viendront compléter le dispositif…La création de TOGO INVEST s’inscrit dans le cadre d’un programme économique ambitieux qui vise à pousser le Togo d’ici 2015 vers un taux de croissance à deux chiffres », disait le communiqué de presse pondu à cet effet.

Faure Gnassingbé avait jubilé

Dans une euphorie qu’on a du mal aujourd’hui à comprendre, Faure Gnassingbé s’était laissé aller à des affirmations dont on ne voit pas une seule concrétisation. « Il est temps pour le Togo de profiter de sa situation géographique, de sa position stratégique. Le potentiel est là. Le corridor nous permet de le réaliser…L’originalité du projet est que ce chemin de fer ne servira pas seulement pour le transport des minerais, mais il nous permettra de développer véritablement notre économie. Et ce chemin de fer sera financé par des ressources minières que nous avons pendant longtemps négligées ou que nous n’avons pas pu exploiter, parce que la rentabilité n’était pas assurée », avait déclamé le fils du père, aujourd’hui seule curiosité en matière de gouvernance en Afrique de l’ouest. C’était en présence d’Aliko Dangote et du patron français Claude Peyrot, tous membres du Conseil d’administration de TOGO INVEST Corporation. Que répondrait l’auteur de ces propos à tous les chômeurs qui avaient cru en lui et avaient accordé à lui et à son parti leur confiance ?

Le communiqué de presse avait précisé que l’organisation et le fonctionnement de TOGO INVEST sont calqués sur les modèles des holdings d’Etat des pays de l’OCDE et accordent une place centrale à la transparence et à la rigueur dans la gestion. Mais entre-temps, c’est à une opération de préfinancements outranciers qu’on a assisté avec leurs concerts de retro-commissions qui ont eu à plomber les finances du pays au points que le taux d’endettement avait crevé le plafond communautaire pour cumuler à près de 82% du PIB. De quelles « transparence » et « rigueur dans la gestion » parle-t-on ?

L’instabilité et les désordres sociaux ne sont-ils pas fils de la mal gouvernance ? « Si cette holding n’est pas gérée en respectant les critères internationaux, il est sûr que nous ne pourrons pas attirer les investisseurs. Nous ne pouvons pas compter sur les ressources budgétaires pour financer de tels investissements. Nous aurons besoin de l’apport des investisseurs privés. Mais ils ne viendront pas si nous sommes continuellement dans l’instabilité et dans les désordres sociaux. Ils ne viendront pas s’ils ne trouvent pas une main d’oeuvre qualifiée dans notre pays. C’est un projet apparemment économique, mais il est transformateur pour notre pays », dixit Faure Gnassingbé. A ce jour, les investisseurs ne se bousculent toujours pas au portillon du pays. On assiste au phénomène inverse. L’instabilité et les désordres sociaux tirent leur essence de l’entêtement d’un seul homme à se cramponner au fauteuil présidentiel, tel une chauve-souris à une branche qui, tôt ou tard, finira par se casser. Le pays produit depuis des années une main d’œuvre qualifiée qui ne demande qu’à être exploitée, Monsieur Faure Gnassingbé ! Et pour attirer des investisseurs privés, il faut une justice qui ne soit pas seulement là que pour les plus forts et qui garantisse l’équité des procès, mais qui lutte surtout contre la corruption des juges, depuis leur sommet. A ces prix, seulement, le Togo sera envahi d’investisseurs qui, comme le disait feu Eyadema, n’aiment pas jeter leur argent par la fenêtre. 

Quel bilan ?

Face aux réalités du pays, réalités selon lesquelles le Togo traine un taux de pauvreté élevé (58,7%), un taux de chômage qui est de l’ordre de 3,5% et le sous-emploi qui est estimé 29,1%, une thérapie de choc était attendue comme une nécessité si le Togo veut parvenir à un taux de croissance bien supérieur au taux de 7%, le minimum requis selon les experts en développement pour inverser de manière significative les tendances en matière de lutte contre la pauvreté. Aussi, TOGO INVEST devrait prendre des investissements et des actifs dans diverses sociétés privées pour aider le gouvernement togolais à réaliser le corridor de développement. Mais alors, quel est l’état des lieux plus de 5 ans après ? Hormis le Complexe pétrolier de Lomé (COMPEL) et Shell –dont le départ se serait fait dans la douleur-, que vaut aujourd’hui cette holding dont l’éternel conseil d’administration est composé de Sir Sam JONAH (Ghana), Claude PEYROT (France), Alhaji Aliko DANGOTE (Nigeria), Thulani GCABASHE (Afrique du Sud), Ignace CLOMEGAH (Togo), Seth Kokou GOZAN (Togo), avec comme président Barry Moussa BARQUE (Togo) dont l’amour de l’argent et de la gloire semblent sans limite ?

Abbé Faria

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