Editorial

Des génies de la manipulation constitutionnelle

 

« Le respect de la loi qu’on s’est prescrite est liberté » (Jean-Jacques Rousseau)

Dans les satrapies africaines, les violateurs invétérés des lois de la République sont ceux qui, curieusement, se passent pour des parangons de vertu. On a l’exemple typique au Togo où ceux qui, de tout temps, ont charcuté la loi fondamentale du pays pour instituer soit la présidence à vie à Gnassingbé père, soit pour permettre à Gnassingbé fils de prendre la place de son géniteur dans le fauteuil présidentiel, sont ceux qui embouchent la trompette pour crier aux quatre vents que la loi est impersonnelle et permanente ou que la loi ne dispose que pour l’avenir.

L’obligation pour tous les citoyens de respecter les lois est la meilleure assurance que la liberté, les droits et la sécurité de chacun soient garantis. Hélas ! Comme le reconnaît le Professeur Alioune Badara Fall, « les Africains sont des génies de manipulation des constitutions en Afrique ».

Ceux qui soutiennent l’impersonnalité de la loi sont malheureusement les premiers à triturer la loi au bénéfice d’un homme. C’est ce qui se passe au Gabon où la Cour Constitutionnelle, nuitamment, a modifié la Constitution pour pallier l’absence d’Ali Bongo Ondimba hospitalisé depuis plusieurs jours à Ryad en Arabie Saoudite, victime d’un AVC. Une modification de la loi fondamentale qui permet d’occulter la vacance de pouvoir qui devrait mettre Ali Bongo hors course.

La décision est jugée inacceptable par l’opposition et la société civile qui parlent de coup de force. C’est seulement sous les tropiques qu’on assiste à des choses pareilles avec nos tout puissants rois de droit divin pour lesquels la Constitution est taillée sur mesure comme si le pays ne comptait qu’eux seuls.

On a connu une pantalonnade constitutionnelle similaire en 2005 au Togo, frère siamois du Gabon, à la suite de ce qu’on a appelé la « catastrophe nationale ». En une nuit, la Constitution a été chamboulée pour faire de Faure Gnassingbé qui était ministre, député, président de l’Assemblée nationale puis président de la République par intérim. « Le pouvoir ne s’acquiert pas parce qu’on est né dans telle famille ou telle famille, parce qu’on est riche, le plus fort ou le plus beau », dénonce le constitutionnaliste sénégalais. Mais c’est à tout le contraire qu’on assiste dans les Républiques bananières.

Victime le 24 octobre, d’un très sévère AVC en Arabie Saoudite, l’état du président gabonais se serait amélioré. Ali Bongo est sorti du coma. Il serait conscient, mais toujours privé de parole.  Sa capacité à retrouver la parole et la mobilité reste incertaine.

Médard AMETEPE

 

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