Editorial

Faure et la boulimie du pouvoir

 

« Un chef d’Etat qui pense qu’il doit forcément rester au pouvoir, et qu’il est le seul garant de la prospérité et de la stabilité de son pays est un leader qui a échoué » (Barack Obama)

C’est une lapalissade, Faure Gnassingbé n’est pas très porté sur les valeurs démocratiques. La preuve, depuis qu’il a capté le pouvoir en 2005, dans les conditions désastreuses qu’on sait, il s’est toujours soustrait aux engagements qu’il a pris à travers l’Accord politique global (Apg) et aux différents accords conclus à l’issue des dialogues qu’il a initiés. Le rapport de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) est aussi passé par pertes et profits. Ainsi que les recommandations de l’atelier du Haut-commissariat à la réconciliation et au renforcement de l’unité nationale (HCRRUN) sur les réformes politiques et institutionnelles.

Aujourd’hui, c’est la feuille de route de la CEDEAO qui révèle à la face du monde la vraie nature du régime de père en fils qui régente le Togo depuis cinq décennies. Faure Gnassingbé aurait pu en faire une question d’honneur et de dignité et appliquer les recommandations proposées par ses pairs de la CEDEAO pour favoriser le vivre ensemble et un climat politique apaisé dans notre pays.

On s’en souvient, le 31 juillet 2018, jour même où la feuille de route a été proposée, à l’issue du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO tenu à Lomé, le régime de Faure Gnassingbé s’est permis de traficoter certains passages des recommandations  relatifs à la CENI et au Comité de suivi.

Le pouvoir en remet une couche en falsifiant la proposition de l’avant-projet de loi portant réformes constitutionnelles d’Alioune Badara Fall, expert constitutionnaliste dépêché à Lomé par la CEDEAO. Au sujet de la limitation du mandat présidentiel, pomme de discorde entre le pouvoir et l’opposition, Alioune Badara Fall propose que Faure Gnassingbé puisse terminer le mandat en cours et briguer un quatrième et dernier mandat en 2020.

« Le Président de la République en fonction peut certes poursuivre son mandat de cinq (05) ans en cours et prétendre se porter candidat en 2020 pour un dernier mandat de cinq (05) ans, mais il serait inéligible en 2025 », lit-on dans le rapport.

L’expert de la CEDEAO a ainsi coupé la poire en deux en permettant à Faure Gnassingbé de rempiler en 2020. Mais insatiable, le pouvoir a botté en touche cette proposition en la substituant à une autre qui permet à Faure Gnassingbé de rester au pouvoir jusqu’en 2025 pour, après coup, charcuter la Constitution comme on sait si bien le faire au sérail pour lui instituer la présidence à vie.

« A trop vouloir une chose, on finit par faire arriver le contraire », enseigne Noël Audet. La gourmandise étant un péché, espérons que le virus de la cupidité du pouvoir ne se retourne contre son auteur…

Médard AMETEPE

 

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