Politique

Togo Debout rappelle à la CEDEAO que les élections ne sont pas la solution

 

. La C14 annonce une grande manifestation le 10 novembre prochain

 

Les rues ont encore grondé ce samedi 03 novembre 2018. Ils étaient des milliers à répondre à l’appel du Front Citoyen Togo Debout pour la manifestation en faveur des détenus politiques et pour exiger la suspension de l’organisation unilatérale des élections par le pouvoir, l’arrêt de l’acharnement du régime de Faure Gnassingbé contre les militants et responsables des partis politique de l’opposition et des organisations de la société civile. Les manifestants ont rappelé la nécessité des réformes avant toute élection au Togo. A l’issue de la manifestation à laquelle ont participé des leaders de la Coalition de l’opposition, il a été annoncé une marche pacifique le samedi 10 novembre 2018 à Lomé et dans les autres villes du pays.

« Aujourd’hui, en dehors du fait que nous demandons que ceux qui sont arrêtés soient libérés, nous demandons aussi que ce processus électoral soit arrêté, parce que c’est un processus qui a été engagé unilatéralement, sur fond de tension et de division. Alors qu’en réalité le 23 septembre 2018, le Comité de suivi a demandé une CENI paritaire », a indiqué Me Raphaël Kpande-Adzare, 2ème porte-parole du Front Citoyen Togo Debout.

Pour le responsable de Togo Debout, il est indiscutable que la situation n’est pas favorable à l’organisation des élections, sans réformes. « Sur ce point, nous en appelons à la responsabilité entière de la CEDEAO. Le peuple togolais n’est pas sorti pour demander les élections. Le peuple est sorti pour demander les réformes et je crois que le mot d’ordre est qu’il faut nécessairement mettre en œuvre les réformes avant de penser aux élections qui ne seront que le point d’achèvement des réformes », a-t-il souligné.

Dans son intervention, le 1er Porte-parole de Togo Debout, Prof David Dosseh a insisté sur les aspirations du peuple ayant conduit à la reprise des manifestations populaires en août 2017. « Ce que nous voulons, ce sont les réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales. C’est ce qu’il faut faire pour que le Togo retrouve la paix. C’est pour les réformes que nous avons envahi les rues depuis août 2017. Mais la CEDEAO nous dit qu’il faut organiser les élections législatives le 20 décembre 2018. Nous n’avons pas peur des élections. Nous y participerons quand le moment idéal sera arrivé, quand les réformes seront obtenues. C’est pour cela que nous disons aux chefs d’Etat de la CEDEAO que s’ils organisent les législatives le 20 décembre, le 21 décembre, nous serons dans la rue. Les élections ne sont pas la solution à la crise. Il faut plutôt faire les réformes », a-t-il averti.

Au lieu de contribuer à la résolution de la crise, la CEDEAO en rajoute en se prêtant à l’audit du fichier électoral. « Nous avons été surpris d’entendre que malgré que la CENI n’est pas effective, que l’Etat viole la feuille de route, que la CEDEAO ait commis des experts pour auditer le fichier électoral. Nous nous posons la question de savoir ce fichier électoral a été établi par quelle CENI. En tout état de cause, nous réaffirmons aujourd’hui que sans les réformes, on ne peut pas parler d’élection », a martelé Me Raphaël Kpande-Adzare qui a insisté sur le fait qu’« il y a une trilogie qu’il faut respecter : transition, réformes et ensuite les élections ».

Plusieurs responsables de la Coalition de l’opposition ont participé à cette mobilisation populaire. Ils en ont profité pour faire une annonce majeure, celle de l’organisation le samedi 10 novembre 2018 à Lomé et dans d’autres villes du pays, d’une grande marche pacifique. « Préparez-vous pour le samedi 10 novembre prochain. Nous allons soulever tout le peuple togolais. Il faut que tout le monde sorte pour que nous montrions à ceux qui nous gouvernent de manière bizarre qu’il y a des gens qui peuvent sauver ce pays », a appelé Dr François Kampatib de l’Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral (ADDI).

Le Front Citoyen Togo Debout (FCTD) a terminé cette manifestation par un message à l’endroit des différents acteurs de la crise, notamment le peuple togolais, les autorités, les acteurs politiques et la CEDEAO. Ci-dessous le message.

Message aux citoyens togolais, aux autorités togolaises et à la CEDEAO à la fin de la marche citoyenne du 03 novembre 2018.

Peuple togolais, peuple de paix voilà ce qu’on a souvent dit de toi et tu l’assumes mais la paix n’est pas synonyme de pacifisme ou de soumission passive. C’est pourquoi l’heure est venue pour dire à tes gouvernants que tu es aussi un vaillant peuple de combattants, un peuple déterminé qui sait là où il veut aller.

Peuple togolais, peuple de jeunes qui rêvent d’un Togo nouveau, d’un Togo de justice, d’un Togo où la redistribution des richesses du pays est une réalité pour que tu ne sois plus une jeunesse appauvrie et exploitée par des gouvernants sans vision.

Peuple togolais, peuple d’hommes et de femmes qui ont fait la fierté de la Terre de nos Aïeux par les divers apports aux pays voisins. Serions-nous devenus aujourd’hui la risée de nos voisins par les choix incohérents de nos dirigeants qui ne pensent qu’à leurs propres intérêts ? Fidel Castro disait « Si dans ton pays, tu n’as pas accès à la santé, l’éducation, la justice, la culture, tu as le droit de te rebeller». La révolte n’est pas alors une faveur mais le droit de tout être humain qui n’en peut plus et dont la dignité est bafouée.

Oui nous n’en pouvons plus au Togo et personne ne doit venir encore nous dicter un chemin. Un Togo nouveau doit advenir mais il ne peut plus se faire avec les hommes anciens, les anciennes pratiques et les astuces des temps anciens. C’est pourquoi, nous devons dire dès aujourd’hui non à toutes les solutions qui ne nous conviennent pas. Et nous ne prendrons que ce qui va dans le sens de l’intérêt général.

Citoyennes et citoyens togolais du Nord au sud, de toutes les couches sociales, de toutes les confessions religieuses, dans la vie d’un peuple, il arrive des moments qui sont des tournants historiques, un de ces moments est venu pour nous et nous ne rentrerons plus dans 2019 avec les mêmes problèmes : Novembre et décembre sont ainsi des mois déterminants pour nous les Togolais.

Togolais de l’intérieur et de la diaspora, Togolais de tous les partis politiques, togolais de la société civile, ce qui est en jeu n’est plus une question de partis politiques, la nation est en danger et il te revient de te lever pour dire non à l’oppression, à l’injustice, à la détention arbitraire et surtout à un système qui a fait la preuve de ses limites et ne peut plus nous conduire. Notre détermination est et sera notre message aux autorités togolaises et à la communauté internationale et surtout à la CEDEAO.

Voilà pourquoi nous disons :

  • Au Chef de l’Etat,

Vous êtes venu au pouvoir en 2005 de façon illégitime avec un habillage juridique contestable mais pour avoir la paix, le peuple a accepté l’accord de 2006, l’APG. Mais force est de constater que cet accord n’a pas été respecté et tous les accords non plus. Les astuces juridiques, le dilatoire habituel ne marcheront plus. Vous avez l’obligation, si vous aimez ce peuple, de faire cesser les massacres et intimidations dans toutes les localités pour écouter le peuple qui seul est souverain. Inspirez-vous de la sagesse africaine selon laquelle « c’est ensemble et avec les autres que l’on met la pirogue sur un lac » et le peuple vous sera reconnaissant.

– Aux autres membres de l’exécutif, du législatif et du judiciaire,

Vous ne pouvez plus demeurer dans la posture de ceux qui se disent de simples exécutants, car si vous avez la raison et une conscience, vous devez chercher le bien de ce peuple meurtri et humilié. L’argument qui consiste à dire que : « nous ne faisons qu’un travail technique » ne marchera plus. Il est temps d’opter sérieusement pour l’alternance politique dans notre pays.

-Aux autorités militaires,

Vous êtes des citoyens comme nous ; vous êtes de ce peuple qui paie des impôts pour que vous puissiez remplir votre mission. Allez-vous continuer à oublier cela ? Pourquoi acceptez-vous d’être des instruments d’un système au lieu de répondre à votre mission de « forces de défenses et de sécurité » du peuple ? Le sang des Togolais martyrisés crient et vous interpellent et il est encore temps de reconnaître que tous, nous sommes des Togolais et que nous avons une même humanité.

2- A LA CEDEAO

Le Togo, notre pays fait partie de l’espace CEDEAO. Et à l’heure actuelle où les peuples aspirent partout à plus de liberté, notre espace ne peut plus être celui où les gouvernants ne tiennent pas compte des aspirations des peuples. Le temps de la CEDEAO, syndicat des chefs d’Etat, doit impérativement finir. Notre institution doit devenir plus crédible et plus démocratique.

  • Si vous acceptez que la CEDEAO n’est pas étrangère à la crise que connaît notre pays depuis 2005, alors vous ne pouvez plus faire comme si le peuple togolais n’a pas une société civile responsable et crédible. Vous devez vous départir de toute complaisance et avoir un langage franc et sincère à l’endroit des premières autorités togolaises pour éviter la réédition des tristes et douloureux évènements de 2005.
  • Si le protocole additionnel sur la Bonne Gouvernance et la démocratie que vous avez produit vous-même a encore un sens et est d’actualité, alors il est temps de prendre vos responsabilités ! C’est dans le sens de ce protocole que le peuple togolais est sorti pour revendiquer la mise en œuvre des réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales. Il devient donc évident qu’en enfermant la tenue des élections dans un délai sans avoir au préalable fait les réformes, la CEDEAO ouvre une nouvelle voie aux blocages. En clair, les élections doivent nécessairement être la conséquence logique, l’aboutissement ou le point d’achèvement comme pour tester l’effectivité des reformes ainsi opérées, et non l’inverse. Sachez que le peuple togolais n’acceptera plus n’importe quelle décision et vous serez responsables devant l’Histoire !
  • Votre postulat de base révèle une erreur monumentale car vouloir remettre entre les mains du Gouvernement togolais, acteur et promoteur de la crise, la mise en œuvre de la feuille de route est une grave erreur d’appréciation. C’est le lieu de réaffirmer que la transition politique reste encore un passage obligé, voire incontournable pour une sortie pacifique et durable de la crise togolaise. Toute autre solution serait une œuvre de précarité et d’à-peu-près.
  • Le 23 septembre 2018, le Comité de suivi a demandé la recomposition de la CENI. Sans que cette recomposition paritaire ait été faite (suite au blocage du Gouvernement et de son allié l’UFC), le Gouvernement togolais a lancé de manière unilatérale le recensement et soutient que cette activité est suivie et accompagnée par la CEDEAO, sans aucun mot de votre part. Malgré les innombrables irrégularités ayant émaillé le processus de recensement entrepris sur fond d’intimidations, de menaces, de violences et d’enrôlement de mineurs, par une CENI légalement inexistante, vous avez procédé au recrutement d’Experts pour auditer le fichier électoral. Cette attitude de la part de la CEDEAO nous parait relever d’une incohérence et d’une inconséquence, voire du mépris et de la violation de votre propre feuille de route. Nous espérons vivement les conclusions de l’audit.
  • Si le respect des droits de l’homme est encore pour vous une priorité parce qu’ils affirment un ensemble de valeurs auquel adhère la CEDEAO, alors vous devez être des acteurs de paix, de justice, de liberté et de reconnaissance de la dignité de chaque être humain.

3- A tous les responsables politiques de notre pays.

Les Togolais sont sortis pour les réformes et non pour des élections. C’est pourquoi, nous réaffirmons ici qu’il n’y aura pas d’élections dans notre pays sans les réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales.

Voilà pourquoi, nous, citoyennes et citoyens togolais, nous ne reculerons plus, nous irons jusqu’au bout cette fois-ci, dans la non-violence, dans le respect de la diversité et de la dignité de chaque Togolais mais avec détermination. Car nous voulons que l’année nouvelle 2019 soit l’année d’un nouveau départ et nous resterons dans les rues jusqu’à l’effectivité de ce désir légitime.

Nos sœurs et frères citoyens, nous en appelons à votre engagement. Soyez prêts pour des mobilisations citoyennes à venir sur tout le territoire. La victoire de tout notre peuple est au bout de ces mouvements. Que chacun, homme politique, citoyens, responsables d’églises, homme et femme de bonne volonté et de toutes les couches sociales fasse sa part et c’est ensemble que nous relèverons ce pays, notre nation, l’or de l’humanité.

TOGO DEBOUT, LUTTONS SANS DEFAILLANCE

Fait à Lomé le 3 novembre 2018

 

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