Politique

Législatives à venir: Pagaille électorale sur fond de manipulation et de panique

 

Les derniers coups de boutoir du pouvoir Faure Gnassingbé

 

Faure Gnassingbé et le pouvoir RPT/UNIR sont décidés à organiser les élections à leurs conditions et les dévoyer. Et ils ne ménagent aucun effort pour atteindre leurs objectifs. Convocation brusque du corps électoral – non encore formellement constitué-, adoption d’un projet de loi unilatéral ne tenant pas compte des aspirations du peuple…Une véritable course folle semble engagée depuis la fin de la semaine passée et bien d’autres actions inilatérales sont encore envisagées. Objectif, mettre la Coalition de l’opposition et la CEDEAO devant le fait accompli.

Conseils des ministres à la pelle et kyrielle de mesures

Le commun des Togolais croyait le pouvoir revenu à la raison et enfin décidé à faire conduire le processus électoral de  façon collégiale, lorsque le jeudi 8 novembre dernier dans l’après-midi, l’Assemblée nationale a procédé à la nomination du 8e représentant de la Coalition de l’opposition à la Commission électorale nationale indépendante (CENI), en la personne de Francis Pedro Amuzun. Mais c’était compter sans l’autre plan mijoté. C’est le soir même au journal de 20 heures que les populations ont appris la convocation expresse du corps électoral par le conseil des ministres.

Le premier décret pris à l’occasion porte convocation du corps électoral pour les élections législatives sur le 20 décembre prochain et fixation des heures d’ouverture et de clôture des bureaux de vote de 7 h à 16 h. Le second arrête le montant du cautionnement à verser à cent mille francs (100.000 FCA) par candidat. Le troisième porte ouverture et clôture de la campagne électorale du mardi 04 décembre 2018 à 00 h 00 au mardi 18 décembre 2018 à 23 h 59. Le quatrième est consacré au vote par anticipation des forces de Défense et de Sécurité 72 heures avant le jour J.

Dans une dynamique de course contre la montre, le pouvoir a enchainé avec un second conseil des ministres le vendredi 9 novembre – Dieu seul sait s’il y a vraiment eu conseil des ministres ou bien c’est juste un communiqué qui a été balancé sur les médias pour le simuler-, cette fois-ci avec l’adoption d’un projet de loi portant réformes constitutionnelles, notamment modification des articles 59, 60 et 100 de la Constitution de 1992 relatifs à l’élection du Président de la République et au mode de scrutin, ainsi qu’au mandat des membres de la Cour constitutionnelle. On retient essentiellement du communiqué du conseil des ministres que « le nouvel article 59 fixe le mandat du Président de la République à cinq (05) ans renouvelable une seule fois », le 60 nouveau « prévoit l’élection du Président de la République au scrutin uninominal majoritaire à deux tours » et le 100 nouveau « limite le mandat des membres de la Cour Constitutionnelle à six (06) ans renouvelable une seule fois ».

Il faut le relever, le projet de loi adopté n’est qu’une photocopie du projet scélérat adopté en septembre 2017 par les députés du pouvoir et qui ne tient nullement compte des aspirations à l’alternance du peuple togolais.

Dans la foulée, la CENI bancale publie un communiqué dans lequel le Prof Kodjona Kadanga fait presque la cour aux candidats aux élections législatives à venir déposer leur dossier. « Les candidats qui n’ont pas encore leur carte d’électeur, sont autorisés à faire le dépôt de leur dossier de candidature jusqu’au mercredi 14 novembre à minuit. Ils pourront compléter la pièce manquante au plus tard le lundi 19 novembre 2018 à 17 heures, date de transmission de tous les dossiers de candidatures à la Cour constitutionnelle », souligne un communiqué daté du samedi 10 novembre.

Pour un processus électoral qui est la résultante d’une crise politique et devrait être conduit de façon consensuelle, c’est le pouvoir seul qui fixe les règles et le régente.

Un air de manipulation

On sait le pouvoir en place depuis longtemps dans une logique de verrouillage des élections en vue, ce qui expliquait son état d’esprit depuis le début du processus et sa conduite unilatérale. Mais ce qui se passe actuellement vire à la pagaille totale. « Nous sommes en face d’une pagaille électorale », relève un observateur averti, qui préfère au finish parler de « folie électorale ». Et dans cet état d’esprit, le pouvoir ne s’interdit visiblement aucune arme.

Dans la foulée des conseils des ministres à la chaine et des mesures s’inscrivant dans cette course endiablée vers les élections législatives, un pseudo-communiqué des Facilitateurs relatif à la 3e réunion du Comité de suivi de la mise en œuvre des recommandations de la CEDEAO organisée à Conakry, a abondamment circulé sur les réseaux sociaux ce week-end. Rien que les termes utilisés et l’orientation des décisions y annoncées éveillent des soupçons des observateurs avisés. Le contenu est curieusement assez conforme aux desiderata du pouvoir en place chantés par ses caisses de résonance et autres griots avant même la tenue de cette rencontre dans la capitale guinéenne.

Il y est par exemple fait état, concernant le recensement électoral, que « la CEDEAO encourage le Gouvernement à étudier la possibilité d’une prorogation exceptionnelle des inscriptions sur les listes électorales pour une période maximum de trois jours, afin de permettre aux acteurs politiques et aux citoyens qui n’auraient pas pu se faire enrôler, de pouvoir le faire sans préjudice de la date du 20 décembre 2018 ». En clair, il s’agit d’une mesure de clémence du pouvoir. L’Union des forces de changement (UFC) a été exhortée à « bien vouloir retirer son représentant à la CENI », presque suppliée donc pour ce faire. Les experts qui auraient été déployés grâce aux manœuvres du représentant permanent de la CEDEAO, Garba Lompo qui a pris l’initiative sans même en aviser les Facilitateurs, ces derniers, d’après les termes du communiqué, se réjouiraient finalement de l’action et présentent l’audit enclenché comme un « gage supplémentaire » à l’élaboration d’un « fichier électoral fiable et crédible » et d’élections « inclusives et transparentes ».

A la Coalition de l’opposition, on n’y voit que de la manipulation. Et on peut aisément se faire une idée du laboratoire d’où cela pourrait bien provenir. Comme par hasard, dans la foulée, le pouvoir entreprend des actions supplémentaires annoncées depuis un moment et qui, curieusement, sont conformes aux prescriptions du fameux communiqué. La plus marquante est l’annonce par le Prof Kodjona Kadanga, au travers d’un communiqué signé ce samedi, d’« une prorogation exceptionnelle du recensement électoral » du 16 au 18 novembre, pour permettre aux candidats et citoyens qui ne l’avaient pas fait, de s’inscrire sur les listes électorales, et des directives sont données aux Commissions électorales locales dans ce sens. En tout cas à la C14, on hésite à croire au contenu du communiqué, surtout que la procédure convenue à Conakry pour communiquer autour des décisions de cette rencontre n’a pas été respectée, le communiqué n’a pas été paraphé ou signé et c’est sur les réseaux sociaux que les responsables du regroupement l’ont découvert aussi. Au même moment d’autres sources l’accréditent. Les heures et jours à venir situeront.

Des signes de panique et diversion

Ces élections législatives en vue, le conseil des ministres du jeudi 08 novembre darde que Faure Gnassingbé et le pouvoir veulent les organiser « dans de bonnes conditions de transparence, de crédibilité, de paix et de sécurité ». Mais les actes posés par le pouvoir ces derniers jours sont à des années-lumière de cet idéal. Il est inconcevable, au regard des fondements de la crise traversée par le pays, que l’on envisage une modification de la Constitution sans insérer la nuance fondamentale « en aucun cas nul ne peut faire plus de deux mandats », un gage énorme d’alternance au pouvoir que le peuple a réclamée au travers de manifestations massives.

Le pouvoir RPT/UNIR est manifestement sous l’emprise d’une folie électorale tacite qui justifie cette précipitation manifeste ces derniers temps. Une logique fustigée justement par la Coalition de l’opposition, dans un communiqué daté de ce samedi. La C14 « dénonce l’obstination du pouvoir en place à organiser dans la précipitation, des élections à ses propres conditions, avec un électorat qu’il aura lui-même choisi » et « cette nouvelle violation de l’esprit de la feuille de route de la CEDEAO qui résulte du refus manifeste et déterminé du régime RPT-UNIR de s’inscrire dans un processus électoral conforme aux règles les plus élémentaires de la démocratie et aux standards internationaux ».

« Loin de l’image de dur à cuir qu’il donne à l’opinion, le pouvoir panique. Toutes ces actions ne sont que des signes de panique. Et dans cette volonté de tenir coûte que coûte les élections le 20 décembre, il se mélange les pinceaux. Toutes ces actions précipitées ne constituent qu’une diversion grandeur nature », confie une source informée qui semble savoir pourquoi cette précipitation ces derniers jours, mieux, cette folie électorale : « Le pouvoir veut simplement mettre la CEDEAO devant le fait accompli et il dira le moment venu : nous avons déjà été cléments, nous avons pris des mesures supplémentaires pour apaiser l’opposition et nous sommes suffisamment avancés dans le processus pour tout annuler et tout reprendre ».

Selon les indiscrétions, c’est la pression de Muhammadu Buhari qui fait courir tant le pouvoir de Lomé.  Il nous revient en effet que le Président nigérian et en exercice de la CEDEAO aurait tapé du poing sur la table. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’envoi au Togo il y a quelques jours, du ministre nigérian des Affaires étrangères chez Faure Gnassingbé déjà convoqué à Abuja puis à Accra. Loin des prétextes de tournée de la région avancés par l’émissaire, il serait porteur d’un message de fermeté de la part du dirigeant nigérian. Par ailleurs, Muhammadu Buhari, que le Président français Emmanuel Macron avait déjà dit devoir jouer un rôle majeur dans la résolution de la crise togolaise dès février prochain, devrait échanger avec ce dernier en marge du clou des festivités officielles de commémoration du centenaire de la fin de la fin de la Première Guerre Mondiale ce dimanche à Paris.

Les jours à venir risquent d’être assez mouvementés au Togo.

 

Tino Kossi

 

 

 

 

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