Economie

Chemin vers la prospérité: Trois ponts qui devraient inspirer les Etats africains dont le Togo

 

Quand l’économie va, tout va. Il y a quelques décennies, le Togo et bien d’autres pays africains n’avaient rien à envier à l’Empire du Milieu. Aujourd’hui la donne a changé, par la force et la volonté politique, ce pays-continent est devenu le moteur de l’économie mondiale. La Directrice générale du FMI, Christine Lagarde pointe du doigt les ponts empruntés par la Chine pour se hisser au niveau où elle se trouve aujourd’hui et par lesquels elle se projette vers l’avenir. 60 milliards d’annonce pour « aider » l’Afrique ont suffi pour que le tapis rouge soit déroulé à Xi Jinping. Et pourtant, la voie à suivre ne semble pas si terrible à copier, pour peu que les dirigeants pensent aux générations présentes et futures et décident de laisser leur nom, non pas par leurs fortunes, mais bien pas une vision partagée et surtout transparente.

Les 3 et 4 septembre 2018, l’ensemble des chefs d’Etat africains s’étaient rassemblés à Pekin pour le sommet Chine-Afrique. Sommet d’un Etat avec un continent. Quels qualificatifs n’a-t-on pas trouvé pour louer la prospérité de cet Etat-continent qui végétait dans le ventre mou des pays quelconques il y a encore quelques décennies ? Et lorsque le président chinois, Xi Jinping a déclaré ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures de ses hôtes, certains dirigeants avaient manqué de l’embrasser sur la bouche. Tellement ses propos correspondaient à leurs désirs de non-immixion du géant asiatique dans leurs cuisines internes.

Depuis que la Chine a décollé sur le plan économique, ses problèmes politiques ont été minimisés. Les populations sont plus préoccupées par leur prospérité que par un désir de « tourner la page » sur le plan politique. Et par rapport aux immenses réserves dont dispose ce pays, la fin de l’embellie économique n’est pas pour demain. La Chine a assurément de beaux jours de prospérité économique devant elle, n’en déplaise aux Européens et Américains. Aussi aux dirigeants africains qui s’accommodent d’une main permanemment tendue, plutôt que d’initier le « copier-coller » qui a permis à ce géant d’être ce qu’il est. Justement à ce propos, la Directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde s’est épanchée hier sur le chemin parcouru et encore à parcourir par la Chine. Elle a comparé ce parcours à des ponts à traverser pour aller vers un avenir prospère.

Pont numéro un: il y a 40 ans, la Chine a commencé à construire un « pont avec le monde » en ouvrant son économie et en lançant des réformes qui ont changé la vie et les perspectives de centaines de millions de personnes en Chine et au-delà. En se transformant – grâce au commerce, au travail acharné et à l’apprentissage des autres – la Chine a également contribué à transformer l’économie mondiale. Les progrès réalisés dans ce pays ont largement contribué à stimuler la productivité, l’innovation et le niveau de vie dans les pays du monde entier. Oui, il y a toujours plus de travail à faire. Sur ces ponts, vous ne voulez pas d’embouteillages. L’ouverture sur le marché intérieur chinois est encore plus grande, ce qui peut contribuer à renforcer le système commercial mondial. De plus, de nouvelles réformes pourraient contribuer à libérer le plein potentiel de nombreuses entreprises du secteur privé.

Pont numéro deux: la Chine construit un « pont vers la prospérité » en rééquilibrant son économie de manière à favoriser une croissance tirée par la consommation plutôt que par les exportations et les investissements. La construction de ce pont est bien avancée. Au cours des trois premiers trimestres de cette année, la consommation a contribué à la croissance du PIB chinois à hauteur de 78%, contre 50% il y a seulement 5 ans. Cette transition – symbolisée par la China International Import Expo – est bénéfique pour la Chine, notamment en ce qui concerne l’élévation du niveau de vie de la population chinoise, et pour le monde, y compris pour tous ceux qui voient en la Chine un marché vital et dynamique pour la Chine, leurs biens et services. Là encore, nous pouvons constater les progrès et le rééquilibrage des chiffres: par exemple, l’excédent de la balance courante de la Chine devrait représenter moins de 1% du PIB cette année, contre environ 10% en 2007.

Troisième pont: la Chine construit un « pont vers l’avenir » en exploitant le pouvoir de la coopération internationale, en particulier sur le commerce.

Au nom du FMI, j’ai appelé tous les pays à désamorcer et à résoudre les différends commerciaux actuels et à réparer le système commercial mondial, et non à le détruire. Pour atteindre ces objectifs, nous avons besoin de plus de coopération internationale, pas moins – et cela va bien au-delà de l’économie. Le philosophe français Montesquieu a dit un jour que «partout où il y a une bonne citoyenneté, il y a un commerce, et partout où il y a du commerce, il y a une bonne citoyenneté ». En d’autres termes, le commerce a la capacité de stimuler l’innovation, de favoriser non seulement la prospérité, mais également la paix au sein des pays et entre les nations. Alors, à Shanghai, la ville des 12 ponts, on a travaillé ensemble pour construire le pont – vers la paix, vers un avenir prospère, ici à Shanghai et dans le monde entier.

Ce sont là les ponts qui ont emmené la Chine sur le toit du monde. En l’espace de 40 ans.

La plupart des Etats africains ont acquis leur indépendance bien avant le début de la mue chinoise. Mais combien parmi les dirigeants africains s’étant réunis à Pékin pour ce sommet peuvent se targuer d’avoir « fait ce qu’il faut », économiquement parlant ? Pendant que la quasi totalité de ces pays cumulent des dettes pour un semblant de développement, leurs dirigeants se la coulent douce, à l’abri des soucis d’ordre financier. Mais que vaudra une prospérité personnelle quand autour de soi, ce sont des océans de misère ?

Des réformes qui changent la vie et les perspectives des centaines de millions de personnes, les pays africains en sont capables. L’Afrique dispose des dividendes démographiques certaines. Mais pour les exploiter, cela passe par des décisions politiques qui seules, peuvent impacter des centaines de millions de vies. Pourquoi alors les dirigeants demeurent-ils apathiques devant les défis, développant une fainéantise déroutante ?

Favoriser une croissance tirée par la consommation plutôt que par les exportations et les investissements. Il existe des regroupements communautaires (CEDEAO, UEMOA, CEMAC, SADEC et d’autres encore) qui devraient encourager la consommation et le commerce intrarégionaux. Mais, comme si les dieux étaient tombés sur la tête, chaque Etat de ces regroupements préfère commercer avec l’Europe ou l’Amérique. Et plutôt que d’ouvrir les frontières aux produits inter-régionaux, on assiste à des accords du genre AGOA, APE et d’autres encore dont les populations ignorent les tenants et les aboutissants. La Chine s’est d’abord refermée sur elle-même, et c’est après qu’elle s’est tournée vers l’extérieur.

Exploiter le pouvoir de la coopération internationale, particulièrement dans le commerce. Certainement que si la Chine s’était d’abord ouverte sur l’extérieur, elle n’aurait pas atteint le niveau de développement actuel dont rêvent tellement de pays. Après avoir consolidé les bases de son économie en stimulant la consommation intérieure, elle s’est progressivement ouverte à l’extérieur et a amassé –et continue d’ailleurs d’en amasser- des devises étrangères qui lui permettent aujourd’hui de peser sur l’échiquier mondial.

Ce pays a mis 40 ans pour tourner le dos à la mendicité et devenir tantôt le samaritain, tantôt le prêteur, tantôt le régulateur… Avis aux dirigeants africains intelligents qui savent copier les bonnes choses chez les autres.

Godson K.

 

 

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