QUE DIT LA VAR ?/ Le Togo sous le RPT/UNIR: LE FIASCO

            « Malgré les progrès enregistrés dans la gestion des finances publiques, d’importants défis restent à relever ». « En dépit des efforts déployés par le gouvernement dans la lutte contre la pauvreté, beaucoup reste à faire ». « Malgré les succès réalisés dans le cadre de l’employabilité des jeunes, de nombreux challenges restent à relever ». Ces phrases insidieusement semées dans les discours officiels sont la preuve que la gouvernance de Faure Gnassingbé est un échec. Des milliards de dollars injectés dans la centaine de sigles appelés ici projets ou programmes ne permettent qu’à faire de nouveaux riches au détriment des populations vulnérables. De la DSRP (Document de stratégie de réduction de la pauvreté) qui a débouché sur  l’Initiative PPTE (Pays pauvre très endetté) au PND (Programme national du développement) en passant par le DSRP II et la SCAPE (Stratégie de croissance accélérée et de promotion de l’emploi), rien n’a marché. Même les initiatives prises et pilotées directement par le Président de la République ont échoué.

DSRP, PPTE, SCAPE, PND : que des échecs

            Avec l’adoption des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) en 2000, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont décidé de revoir leur coopération avec les pays en développement en l’adaptant aux exigences de l’heure. Et c’est dans ce cadre qu’au Togo, le processus d’élaboration du Document de stratégie de réduction de la pauvreté  (DSRP) a été lancé en février 2001. Mais du fait des soubresauts sociopolitiques, l’élaboration de ce document par le gouvernement avec la participation de toutes les composantes de la nation togolaise et des partenaires techniques et financiers (PTF), n’a été effective qu’en avril 2009. Ses orientations ont balisé la voie à la reconstruction nationale et à la reprise de la coopération avec l’ensemble des partenaires au développement. Le pic, c’est l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative Pays pauvre très endetté (PPTE) en décembre 2010 avec l’effacement d’une bonne partie de la dette extérieure du Togo.« Nous célébrons cette bonne nouvelle et nous félicitons le gouvernement togolais pour les efforts substantiels qu’il a déployés pour atteindre ce stade, mais nous l’engageons aussi à maintenir une politique budgétaire prudente et à améliorer la gestion de la dette », avait déclaré à l’époque Madani M. Tall, Directeur des opérations pour le Togo à la Banque mondiale.

            Mais Faure Gnassingbé et son gouvernement n’ont que faire de cet avertissement. Pour eux, c’était le début des prodigalités. La charité bien ordonnée commençant par soi-même, le chef de l’Etat a commencé à lutter contre sa propre « pauvreté » en augmentant le budget de la présidence :7.930.979.000 FCFA en 2009, 8.550.956.000 en 2010, 9.108.574.000 en 2011, 11.052.027.000 en 2012, 12.602.666.000 en 2013, 13.017.256.000 en 2014, 13.831.908.000 en 2015, 30.659.759.000 en 2016, 21.115.217.000 en 2017, 23.248.833.000 en 2018, 23.160.551.000 en 2019. Précision importante, ces budgets sont distincts de ceux du ministère de la Défense qui est rattaché à la Présidence depuis 2007.

            Certes, « la route du développement passe par le développement de la route ». Un réseau routier bien construit et bien entretenu est essentiel à la croissance économique et à la lutte contre la pauvreté.C’est le lieu de saluer les efforts qui sont faits dans le secteur avant que les courtisans invétérés du « Prince » ne nous tombent dessus. Mais cette fameuse « politique des grands travaux », marquée par le bitumage des grandes artères de la capitale et des routes principales à l’intérieur du pays, et la construction ou la rénovation d’immeubles, a été mal conduite. Ces « grands travaux » dont ne bénéficient pas les quartiers et localités réputés proches de l’opposition, riment avec la corruption et les détournements. Des phénomènes favorisés par les préfinancements, les marchés gré à gré et les consultations restreintes. De fait, autorité contractante, commission de passation de marchés, société attributaire, Autorité de régulation des marchés publics (ARMP), Direction nationale du contrôle des marchés publics (DNCMP), Comité de règlement des différends (CRD) de l’ARMP et bureaux de contrôle, chacun y trouve son compte. Les membres de ces différentes structures censées d’asseoir la bonne gouvernance à tous les niveaux sont ceux-là qui magouillent en rond.Ils font partie de ces nouveaux riches de la République protégés par le chef de l’Etat lui-même. « Le gouvernement a réussi à opérer l’exploit de s’endetter à outrance pour rembourser une dette dont personne n’est en mesure de décrire les tenants et les aboutissants, alors et surtout que les personnes responsables de la mauvaise gestion de ces préfinancements et qui se sont rendues coupables de malversations avérées n’ont aucunement été inquiétées. En quelque sorte un blanc-seing accordé aux détournements des deniers publics », avait dénoncé le Groupe Parlementaire ANC lors de l’adoption du budget 2018. Et l’économiste Thomas Koumou s’inscrit dans la même veine quand il disait au cours d’une émission début novembre dernier sur Radio Victoire : « Les détournements de fonds publics sont consubstantiels au pouvoir du Togo … Si Faure décide d’emprisonner les pilleurs de fonds publics, il n’y aura plus aucun militant à la prochaine réunion d’UNIR ». Pour s’en convaincre, il suffisait de jeter un coup d’œil sur la liste des candidats d’UNIR aux très contestées élections législatives du 20 décembre. « On vole ensemble, on participe aux élections ensemble et on maintient ensemble le statu quo », tel est le credo. Sous le regard bienveillant de la Cellule nationale de traitements des informations financières (CENTIF), de la Cour des Comptes et tout récemment de la Haute autorité de prévention et de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HAPLUCIA) truffées toutes d’hommes liges qui n’ont pour mission que de protéger le système.

Il y a quelques mois, un de ces candidats aux législatives du 20 décembre, opérateur économique et consul, a surpris un baron, ministre à la Présidence, en décidant de retaper sa maison. Pour ce consul, la maison du ministre avec Eyadema puis avec Faure était trop modeste et il était nécessaire de l’adapter au standing des « nouveaux riches » de la République. Petit rappel, le baron n’a pas mis un centime. L’opérateur économique a tout fait et remis la clé.

            Quelques années après la reprise de la coopération, on passe à la Stratégie de croissance accélérée et de promotion de l’emploi (SCAPE) qui constituait en fait le deuxième Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP II) pour la période quinquennale 2013-2017. Elle comporte cinq axes principaux : 1- développement des secteurs à fort potentiel de croissance ; 2- renforcement des infrastructures économiques ; 3- développement du capital humain, de la protection sociale et de l’emploi ; 4- renforcement de la gouvernance; 5- promotion d’un développement participatif, équilibré et durable.

Présentée par le gouvernement et les partenaires comme un document de référence en matière de développement, la SCAPE n’a pas donné les résultats escomptés. Dans une déclaration commune rendue publique en janvier 2016 à Lomé, les partenaires au développement du Togo (BM, FMI, BAD, UE, etc.) avaient relevé que « globalement, les résultats demeurent quantitativement inférieurs aux cibles de la SCAPE, notamment celles du scénario accéléré, et insuffisants en rythme et en qualité, au regard du défi démographique du pays et de son ambition d’émergence ». Ils avaient également fait remarquer que « les principaux défis identifiés dans le rapport et repris dans la matrice des recommandations sont les mêmes que ceux identifiés à la revue précédente, notamment l’alignement insuffisant du budget sur la SCAPE, l’insuffisance des ressources financières et la faiblesse du dispositif de pilotage et de suivi de la SCAPE » et qu’il y avait de « mauvaises performances du secteur de la santé, tant au niveau des indicateurs de résultats qu’à celui de l’exécution financière ».

Nonobstant ces rappels, rien n’a changé dans la gestion de ce programme et au délai échu, les problèmes sont restés intacts. Dans son rapport d’observations définitives sur le contrôle de l’exécution de la loi de finances, Gestion 2017, la Cour des Comptes constate que « Globalement, les prévisions du budget 2017 sont nettement inférieures aux estimations de la SCAPE pour 2017 ». Par exemple, l’axe 1 qui concerne le développement des secteurs à fort potentiel de croissance, « Nous retenons que le budget de l’Etat, gestion 2017 ne respecte pas le scénario de croissance accélérée de la SCAPE en ce qui concerne l’enveloppe globale de même que la répartition des crédits par axe stratégique. Les distorsions constatées à ce niveau aussi bien en prévision qu’en exécution montrent que le budget 2017 n’est pas suffisamment ancré sur les objectifs de la SCAPE », dévoile la Cour des Comptes.

La SCAPE finie, le gouvernement prend trois consonnes dans l’alphabet français et crée un nouveau programme baptisé « PND »(Programme national du développement 2018-2022). Selon le communiqué du conseil des ministres du vendredi 3 août 2018, « Le PND s’articule autour de trois axes principaux. Primo, la nouvelle feuille de route quinquennale permettra d’ériger le Togo comme hub logistique d’excellence et un centre d’affaires de premier ordre dans la sous-région. Le deuxième axe vise à développer des pôles de transformation agricole, manufacturiers et d’industries extractives. Avec le troisième volet de cette stratégie de développement, Lomé entend consolider le développement social et renforcer les mécanismes d’inclusion. L’objectif, in fine, du PND étant de créer massivement des emplois et de la richesse, les bénéfices tirés permettront d’accroitre les actions du gouvernement au profit des populations les plus vulnérables ».

Cependant, le PND connaitra le même sort que les précédents projets puisque ce sont les mêmes pilleurs qui sont aux manettes. On a juste changé de maillot pour les mêmes résultats. « La SCAPE avait pour ambition de mobiliser des ressources de plus de 3900 milliards pour financer les leviers de l’économie créateurs de richesse, explique un économiste que nous avons joint. La version accélérée visait un taux de croissance de 8% à l’horizon 2017. Encore un échec, on n’a atteint que 4,5%. On a assisté d’ailleurs à un surendettement du pays. Maintenant on est arrivé au PND, qui est un programme bien rédigé, avec de bons diagnostics posés, et de bonnes solutions préconisées, qui vise un taux de croissance de 7%. Ce qui n’est pas normal puisque la SCAPE visait déjà 8%. Ce programme aussi n’est qu’un mort-né car sa mise en œuvre sera difficile. Pour l’axe 1, le gouvernement compte sur le port, or la plus grande activité maintenant au port de Lomé est le transbordement, qui ne rapporte absolument rien au pays. L’axe2 concerne l’agriculture à travers les agropoles, mais on constate que sur le rendement de ces 10 dernières années, il y a une productivité inconstante. Notre agriculture n’est pas rentable à cause de l’insuffisance pluviométrique et de la mauvaise gestion des ressources. Quant à l’axe 3 qui est le partage des richesses, il n’y a rien à espérer. Depuis le temps d’Eyadema, ils ne sont pas parvenus à réduire les déséquilibres régionaux ». Comme solutions, cet économiste propose un changement radical de mode de gouvernance, une acceptation de toutes les forces vives de la nation, l’organisation d’une transition et le changement par la suite des personnes.

Au Togo, quand on veut mettre le grappin sur quelques CFA, on crée un sigle qu’on appelle « projet » ou « programme ». A partir de 2016, le Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC) s’est intercalé entre la SCAPE et le PND. « Conçu en complément du Programme d’appui aux populations vulnérables (PAVP), le PUDC a pour objectif global de contribuer à l’amélioration significative des conditions de vie des populations vivant dans les zones peu ou mal desservies par les infrastructures et services socio-économiques de base », indique le communiqué du conseil des ministres du 13 janvier 2016. Mais les résultats sur le terrain laissent à désirer. Les accointances de l’ancienne représentante-résidente du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) avec le pouvoir n’ont pas permis d’asseoir les règles de la bonne gouvernance. « Les mécanismes de gestion de coordination ou de management d’un projet doivent témoigner de la fiabilité de celui-ci. Mais le PUDC est à des années-lumière de ça : problème de paiement de décomptes, contrôle approximatif des travaux. Au finish, l’Etat est berné. Au départ l’Etat apporte une partie des sous et le PNUD est coopté pour travailler dans la recherche de financements complémentaires. Le PNUD perçoit bien les frais du contrat le liant à l’Etat mais reste inefficace dans la mobilisation auprès des bailleurs. Donc l’Etat se retrouve seul financier. Or les chantiers ont été ouverts sur tous les fronts en comptant sur le PNUD. Les entreprises ne sont pas payées et les travaux accusent de longs mois de retard. On dirait que cet attelage Etat-PNUD a été conçu par des réseaux obscurs qui, malgré tout, trouvent leur compte », confie une source proche du Programme.

Initiatives présidentielles en souffrance

Dans la foulée de la reprise de la coopération, le chef de l’Etat a créé en 2010 le Conseil consultatif présidentiel pour les investissements au Togo (Togo Presidential Investment Advisory Council « TPIAC »). Il a été officiellement lancé en janvier 2011 en présence du gotha des hommes d’affaires africains et internationaux : Aliko Dangote du Nigeria, Sir Sam Jonah du Ghana, Thulani Gcabashe d’Afrique du Sud, Claude Peyrot de la France. Suite aux recommandations de ce Conseil, il a été créé par décret pris en conseil des ministres le 14 novembre 2012 une Holding d’Etat dénommée TOGO INVEST Corporation. Dotée d’un capital de 20 milliards de FCFA, libéré au quart, TOGO INVEST a pour principale mission d’assurer la réalisation d’un important projet de corridor de transport, reliant le Port autonome de Lomé à Cinkassé, la frontière septentrionale, sur une distance d’environ 760 km. TOGO INVEST est également chargée de nouer des partenariats public-privés pour la construction d’un chemin de fer, d’un réseau routier viable, d’un terminal minéralier ainsi que d’autres infrastructures qui accéléreront le développement économique et social le long du corridor. Une centrale thermique et un réseau de télécommunication à larges bandes intégré au chemin de fer viendront compléter le dispositif.« Il est temps pour le Togo de profiter de sa situation géographique, de sa position stratégique. Le potentiel est là. Le corridor nous permet de le réaliser. L’originalité du projet est que ce chemin de fer ne servira pas seulement pour le transport des minerais, mais il nous permettra de développer véritablement notre économie. Et ce chemin de fer sera financé par des ressources minières que nous avons pendant longtemps négligées ou que nous n’avons pas pu exploiter, parce que la rentabilité n’était pas assurée », s’est enthousiasmé le chef de l’Etat lors de la cérémonie de lancement. Et selon le communiqué officiel, « La création de TOGO INVEST s’inscrit dans le cadre d’un programme économique ambitieux qui vise à pousser le Togo d’ici 2015 vers un taux de croissance à deux chiffres ».

Nous sommes en 2019, soit quatre ans après l’échéance, et à chacun de se demander si on a le taux de croissance à deux chiffres. Aussi le chemin de fer, le réseau routier viable, le terminal minéralier, la centrale thermique, etc. sont-ils devenus des rêves dans le ventre d’un chien. Sur le site Internet de TOGO INVEST on découvre un autre projet dénommé « Projet de zone économique spéciale » dont le partenaire serait China Merchants Ports Holdings. On parle de « zone industrielle et commerciale intégrée » qui prévoirait des industries dans les domaines suivants : énergie, vêtements et textile, transformation de produits agricoles et matériaux de construction, valorisation du phosphate, brasserie, loisirs, commerces et résidences. Mais rien n’est fait. La seule corde qu’on peut mettre à l’arc de TOGO INVEST est le rachat dans l’opacité totale des actions de la compagnie pétrolière Shell. Car avec Barry Moussa au poste de Président du Conseil d’Administration, les Togolais n’ont rien à espérer et continueront à payer cher les carburants.

Les grèves dans le secteur éducatif se succédant avec l’émoi suscité par la mort de deux élèves à Dapaong (Anselme Sinandare et Douti Sinanléngue) le 15 avril 2013, Faure Gnassingbé avait, dans son adresse à la Nation le 26 avril 2013, annoncé la tenue des assises nationales de l’éducation censées résorber définitivement la crise. Très rapidement, un comité a été mis en place et les travaux préparatoires se sont déroulés sur toute l’étendue du national du 24 juin au 16 juillet 2013. A l’ouverture des assises prévue le 17 septembre 2013, les débats étaient censés tourner autour de quatre axes à savoir le problème lié à l’accès équitable au service éducatif, le problème lié à la qualité du service éducatif, le problème lié à la gouvernance des ressources de l’éducation et enfin le développement du partenariat. « Nous allons discuter de tous les sujets qui minent l’éducation nationale et nous pensons que très bientôt l’école togolaise sera améliorée. Ces assises vont faire des recommandations claires sur l’environnement scolaire, l’environnement universitaire, comment réorienter l’éducation au Togo», avait dardé à l’époque le Professeur Tcharié Kokou, vice-président du comité préparatoire. Depuis, personne n’en parle jusqu’à ce que le ministre Gilbert Bawara annonce leur mort naturelle en 2017. « Le temps a passé et aujourd’hui, la question n’est plus d’actualité », avait-il tranché. Si ce n’est pas une navigation à vue, ça y ressemble.

Mais comme pour construire la maison par le toit, Faure Gnassingbé a donné, le 28 novembre 2013, le coup d’envoi d’une grande concertation de trois jours dénommée « Conseil présidentiel sur l’avenir de l’enseignement supérieur et de la recherche au Togo ». Cette concertation, a-t-on dit, déboucherait sur l’élaboration d’un document de référence qui exposerait les grandes lignes d’actions stratégiques pour réformer le système. « Le monde d’aujourd’hui étant dominé par la montée en puissance de la société du savoir, nous devons tous nous mobiliser afin que l’université togolaise de demain que nous avons la responsabilité historique de façonner, soit une source de progrès et de liberté mais aussi le prolongement de notre quête ardente de modernité », a proclamé le chef de l’Etat. Et pour cette nouvelle université togolaise, il a son idée : « Nous devons en tout état de cause, renoncer définitivement au modèle de l’université publique de masse qui ne favorise pas assez les filières professionnalisantes. La nouvelle université togolaise doit avoir pour vocation de former des acteurs responsables, capables de répondre à des degrés divers à l’impératif de développement de leur pays. Elle doit être capable de former des entrepreneurs, des créateurs d’emplois et des porteurs de projets pour eux-mêmes et pour leur pays ».

Plus de cinq ans plus tard, la maison s’est écroulée, faute de fondation et de mur que sont les assises nationales de l’éducation. Même les réformes tant proclamées au niveau de l’enseignement supérieur ne se sont limitées qu’à quelques arbres peints en bleu sur le campus universitaire de Lomé et à l’opération humiliante « pied à terre ». Pour l’heure, les universités de Lomé et de Kara où les effectifs sont pléthoriques ne forment que des conducteurs de taxi-moto. Enième fiasco !

Le 19 août 2017, le pouvoir de Faure Gnassingbé a été sérieusement secoué par les manifestations politiques organisées par le Parti national panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam. Les localités jadis considérées comme la chasse gardée du RPT-UNIR, étaient l’épicentre de la contestation. Une situation qui ne s’est pas arrangée avec la généralisation des manifestations rendue possible par la création de la coalition des 14 partis politiques (C14).

Pour les « savants usés » de la Présidence de la République, la paupérisation était l’une des raisons de la contestation du régime. Ainsi, pendant que la soldatesque massacrait les manifestants, ces « savants » échafaudaient leur parade économico-sociale. Au conseil des ministres du 23 novembre 2017, on lance la Cellule présidentielle d’exécution et de suivi des projets prioritaires (CPES) : « Dans le but de réaliser davantage des projets concourant.au bien-être des populations togolaises et dans la continuité des efforts déjà entamés, le gouvernement togolais ambitionne la création de milliers d’emplois décents sur les cinq prochaines années dans divers secteurs productifs de l’économie ». « A cet effet, a poursuivi le communiqué, le gouvernement s’est enjoint les services du cabinet TONY BLAIR INSTITUTE. TONY BLAIR INSTITUTE est une organisation à but non lucratif, créée par l’ancien Premier Ministre britannique, ayant pour objectif de partager les dividendes de la mondialisation avec le plus grand nombre de personnes. L’institut opère aujourd’hui dans une douzaine de pays en Afrique, en mobilisant les experts travaillant en étroite collaboration avec les gouvernements dans une approche intégrée, sensible au contexte local. […] Dans ce cadre, certains jeunes togolais sont déjà en formation au siège de l’Institut en Ethiopie. Outre la formation d’excellence, ils bénéficieront également à leur retour au Togo, d’un coaching personnalisé jusqu’à ce qu’ils atteignent un niveau de performance leur permettant d’être mobilisés dans les structures et institutions en lien avec le partenariat du TONY BLAIR INSTITUTE ». Mais ne nous demandez pas quand et comment s’est effectué le choix de ces Tony Blair tropicaux qui vont conduire notre pays au summum !

Enfin, selon le communiqué, « En adoptant le décret portant création, attributions et fonctionnement de la Cellule présidentielle d’exécution et de suivi des projets prioritaires, le Conseil dote notre pays d’un outil chargé de suivre l’exécution des projets prioritaires identifiés dans le cadre d’arbitrages nationaux, ceci en lien avec les porteurs de ces projets et en associant tous les acteurs ; permettre la visibilité des résultats obtenus et veiller à ce que ces résultats aient réellement un impact sur la population; garantir et mettre en œuvre les actions pour une association du secteur privé aux initiatives prioritaires et à l’atteinte des résultats attendus; développer des outils et méthodologies de pilotage et d’exécution des projets et s’assurer de leur bonne diffusion au sein de l’administration togolaise; et enfin développer et mettre en œuvre, tant au niveau national qu’international, un plan de communication autour des résultats obtenus. Le Togo se dote ainsi d’un instrument de performance dans l’exécution des projets prioritaires pour le bien-être de l’ensemble de la population ». Dans ce cadre, quelques projets (Voir tableau) ont été élaborés. Certains d’entre eux ont été lancés avec la présence effective du chef et le folklore habituel qui accompagne ces genres de sorties. Comme le Fonds TIRSAL (Togo Incentive-BasedRisk Sharing System for Agricultural Leading) « conçu pour permettre d’accroître le volume et le montant des financements du secteur bancaire en faveur du monde agricole ». En juin 2018, le Fonds TIRSAL change de dénomination pour devenir MIFA (Mécanisme incitatif de financement agricole). Une autre cérémonie officielle a été organisée pour ce faire. Bref, le même projet a été lancé deux fois et dans les mêmes conditions. En attendant d’apprécier les résultats, certains spécialistes estiment que le projet ne changera pas grand-chose. Même lors de la visite du chef de l’Etat à Kovié en décembre dernier, il a été fait cas de certaines difficultés qui vont être corrigées.

11 mois après son lancement, le projet de développement rural de la plaine de Djagblé qui devrait« générer 724 emplois directs et 30 400 emplois indirects, et réduire le taux de pauvreté de 67% à 40% », tarde à démarrer. Il nous revient qu’il y aurait des soucis avec les propriétaires terriens.

L’autre couac dans ces initiatives présidentielles, c’est la non tenue du forum présidentiel pour la jeunesse auquel étaient attendus plus de 3000 jeunes. L’un des mobiles était de « préserver la jeunesse face à la montée de l’extrémisme et à l’action des mouvements terroristes et criminels ». Nonobstant le recrutement d’experts, les fonds mobilisés et les consultations menées sur toute l’étendue du territoire, ce forum n’aura jamais lieu.

La gestion à vue qui fait son petit bonhomme de chemin, ne peut pas garantir le développement du Togo. Tout a l’air d’une course dans le sac. Tout a l’air d’une secte où le gourou distribue les rôles et parfois, fait appel à d’autres « maîtres » chèrement payés afin de maintenir le statu quo. Tant que le chef de l’Etat ne fera pas sienne cette assertion d’Antoine de Saint-Exupéry « Si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m’enrichis », le Togo fera du sur-place.

Géraud A.

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