Friday 03 April 2020
Politique

Les Togolais doivent-ils boire le vin présidentiel jusqu’à la lie ?

 

Comment réagiraient les membres du parti au pouvoir s’il leur était donné de constater que dans la réalité, ils n’ont pas de représentants dans plus du tiers des bureaux de vote et au sein de la majorité des Commissions électorales locales indépendantes d’une part, et que de l’autre part, l’organe chargé d’organiser l’élection et d’en proclamer les résultats refuse publiquement d’accéder à cette pratique de transparence qui est de les faire bureau de vote par bureau de vote ? C’est dans ce contexte que se prépare non pas l’élection présidentielle, mais plutôt le vol du vote des électeurs au Togo.

Si le Comité d’action pour le renouveau (CAR), parti connu pour son envie de gouverner le Togo à travers les urnes en est venu à jeter l’éponge au vu des conditions de préparation de l’élection présidentielle, c’est dire le constat qui l’y a obligé. Et pourtant, ce parti était jusqu’à récemment membre de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

De la rencontre des délégués du CAR, deux points meritent l’attention ; d’abord : « Vu que ce système qu’on croyait pourtant révolu a refait surface depuis le jour où le régime a fait voter une loi qualifiée de « statut de l’opposition » par laquelle le pouvoir a accordé à tout parti politique la possibilité de jouir des avantages réservés à l’opposition, et, c’est par ce biais que pour l’organisation du prochain scrutin présidentiel, les postes réservés à l’opposition dans la CENI et ses démembrements ont été attribués dans leur quasi-totalité à des partis qui apportent délibérément leur soutien à l’action gouvernementale » ; et le point suivant : « Considérant qu’entre autres conséquences de cette anomalie, les partis politiques d’opposition connus pour leur contestation réelle du système n’ont même pas un seul représentant officiel dans plus de trois mille (3000) bureaux de vote et au sein de seize (16) Commissions Electorales Locales Indépendantes (CELI) auxquels il revient de collecter et de transmettre à la CENI les procès-verbaux et les fiches de résultats des bureaux de votes ». En d’autres termes, plus du tiers des bureaux de vote sont dépouillés de délégués de l’opposition véritable et plus de la moitié des CELI chargées de collecter les procès-verbaux. A moins que l’opposition dispose de tours de prestidigitation pour faire remonter les résultats sans tripatouillage, on voit mal comment cette équation pourra être résolue. Et ce n’est pas fini.

Les Forces démocratique réunies les 3 et 4 janvier 2020 ont adressé une kyrielle de demandes au gouvernement, au rang desquelles « Procéder à l’affichage et à la proclamation des résultats bureau de vote par bureau de vote, conformément à l’article 101 du Code électoral ». Mais peu avant les fêtes de fin d’année, Tchambakou Ayassor avait réuni les médias pour faire le point sur l’état de l’organisation du scrutin ; et à la question d’un journaliste qui lui demandait si le dépouillement des bulletins se ferait bureau de vote par bureau de vote, l’homme avait répondu clairement que les présidents de CELI devaient compiler les résultats de leurs localités et les envoyer. En clair, NIET, PAS QUESTION DE FAIRE UN DEPOUILLEMENT BUREAU DE VOTE PAR BUREAU DE VOTE.

Comment l’opposition compte-t-elle enrayer cette machine qui se lance vers le maintien du statu quo à la tête du pays avec une victoire frauduleuse du RPT/UNIR ? Parce que même la Cour constitutionnelle censée confirmer les résultats se présente comme une autre des ailes marchantes du parti au pouvoir.

Même jusqu’à l’abattoir, le boeuf ne peut se rebeller contre personne, parce qu’il est un animal et ne comprend pas qu’il sera égorgé au bout du compte. Là, on parle d’un animal. Pour l’abattoir vers lequel la CENI conduit les assoiffés de l’alternance, tous les voyants indiquent qu’ils ne reviendront pas vivants, et pourtant, ils sont des hommes dotés de sens. Aussi vont-ils dire STOP, ou suivre comme des moutons de Panurge le processus menant à leur « égorgement » ? N’y a-t-il aucun article de la Constitution togolaise qui veut que dans certaines circonstances, pour tout Togolais, « désobéir et s’organiser pour faire échec à l’autorité illégitime constituent le plus sacré des droits et le plus impératif des devoirs » ? Car la CENI et la Cour constitutionnelle risquent d’imposer une autorité illégitime au peuple togolais.

Abbé Faria

 

Shalom