Tuesday 10 December 2019
Politique

L’ « insurrection armée » dans… L’évangile selon Yark Damehame

 

 

Les incohérences 3D de la sortie du ministre

      Terreur et bastonnades à Sokodé

Attaquer des militaires – togolais, s’il vous plait –  à l’aide de machettes et de gourdins, leur arracher les fusils automatiques et tenter d’organiser une insurrection armée ?! Vous n’êtes pas dans « Last Empire War Z », « Game of War-Fire Age », bref  un de ces jeux vidéo de guerre, mais dans la réalité (sic). C’est le dernier punchline (sic) de Son Altesse Généralissime Yark Damehame. C’est devant une opinion hébétée que l’inénarrable ministre de la Sécurité et de la Protection civile a exposé, samedi à la mi-journée, sur une certaine insurrection armée déjouée, entre autres « YARKeries » servies. Et cela a justifié la prise d’assaut de Sokodé, la terreur et des maltraitances sur la population. Mais le bon sens appelle à un doute raisonnable sur la version servie face aux incohérences XXL de sa sortie, aux coïncidences suspectes…

Présumée insurrection déjouée

Cinq (05) gendarmes blessés, quatre (04) fusils AK47 emportés par les assaillants, un camion clinker, un véhicule personnel d’un agent brûlés…C’est le bilan présenté, samedi au cours d’un point de presse par le ministre de la Sécurité et de la Protection civile Yark Damehame, assisté de son collègue chargé des Droits de l’Homme et des Relations avec les Institutions de la République Christian Trimua, de ce qui est appelé une tentative de déstabilisation du Togo. A en croire Yark Damehame, les agressions se sont déroulées à Lomé et à Sokodé au petit matin de ce samedi. Dans la capitale, les assaillants se seraient attaqués à une patrouille au niveau de l’échangeur et auraient blessé au moins trois (03) éléments. « Ces insurgés se sont ensuite transportés vers la banque Atlantique où deux gendarmes de garde qui s’y trouvaient ont été violentés et leur armement emporté. Les malfrats ont également tenté d’incendier le commissariat de police, malgré une résistance avec les forces de l’ordre. Cela ne les a pas empêchés, avec des cocktails Molotov, d’incendier la voiture d’un policier garée dans la cour », a-t-il raconté par ailleurs dans son récit des faits.

Il s’agirait des assaillants « habillés en noir » et munis, excusez du peu, de machettes et de gourdins, qui s’en seraient pris à des patrouilles ou à des gendarmes en poste et armés, et réussi à arracher à ces derniers leurs fusils automatiques. On vous épargne des autres détails…Le ministre lie ces faits à de prétendus appels à une insurrection armée lancés sur les réseaux sociaux sur ce samedi 23 novembre. Et il promet le feu et une tolérance zéro aux insurgés et à leurs commanditaires. « La violence ne passera pas dans notre pays. Faudrait pas qu’ils pensent qu’avec ces armes, ils pourront organiser une insurrection. Qu’ils n’osent pas essayer. Ce que je leur conseille est d’aller laisser ces armes quelque part. Sinon ils seront retrouvés et nous les prendrons comme des poules. Même les commanditaires ne seront pas épargnés », a menacé le ministre. Le commun des Togolais a retrouvé, l’instant de cette sortie ce samedi,  le Yark tout feu tout flamme de la période des manifestations de 2017, qui promettait le déluge aux manifestants, les militants du Parti national panafricain (PNP) notamment, menaçait de les exterminer s’ils osaient « faire wan-wan » (broncher).

Terreur, passage à tabac à Sokodé

A en croire le récit de Yark Damehame, c’est à Lomé que le gros des événements s’est déroulé. Et c’est encore ici que trois (03) des cinq (05) gendarmes blessés l’auraient été. En clair, c’est la capitale qui devrait concentrer toute l’attention des autorités sécuritaires du pays. En plus, toujours selon le ministre, d’autres villes telles que Kpalimé, Anié et Tchamba étaient aussi dans le plan des insurgés (sic). Mais aussi curieux que cela puisse paraitre, c’est Sokodé seule qui a encore concentré toutes leurs énergies et payé le lourd tribut dans cette histoire.

A peine la lueur du jour était-elle perceptible ce samedi que la ville a été prise d’assaut par l’armée. Les habitants se sont en fait réveillés avec des chars et autres véhicules blindés remplis de militaires armés jusqu’aux dents, positionnés à des endroits stratégiques de la ville et d’autres circulant sur ses artères principales. On croirait une scène de guerre ou une mission pour débusquer des terroristes. Et ce qui devrait arriver, arriva. Comme ils savent si bien le faire, les militaires rentraient dans les maisons, forçaient les portes, passaient à tabac la maisonnée, soi-disant à la recherche des armes emportées. Selon les témoins, personne n’était épargné, même pas des acteurs politiques pourtant bien connus. Un responsable fédéral d’un parti de l’opposition confie n’avoir été épargné que grâce à un coup de fil passé au préfet du coin devant les militaires tout excités prêts à les passer à tabac, lui et sa famille…Durant cette journée du samedi 23 novembre particulièrement, Sokodé et ses habitants ont re-goûté aux misères à eux faites au cours de la répression des manifestations de contestation lors de la récente crise, et Dieu seul sait si c’est fini…

Les incohérences signées Yark et les questions légitimes

Attaquer, à l’aide de machettes et de gourdins, des militaires togolais réputés à la gâchette facile, armés d’AK47, en patrouille la nuit et réussir à les en dépouiller ? Tenter de faire une insurrection armée avec des armes blanches, face à des éléments d’une armée telle que celle du Togo, qui savent tirer sans aucun remords et à bout portant, même sur des enfants aux mains nues ? « Il faut bien avoir plusieurs vis déréglées dans le cerveau et surtout fait son testament pour oser de tels actes au Togo », a raillé un confrère. C’est en tout cas, ce qu’a fait croire Yark Damehame par sa sortie.

« Nous avons suivi depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, des groupes d’individus qui se disent révolutionnaires et qui projettent des actes de déstabilisation. Ces groupes se sont donné pour objectif, à partir de ce 23 novembre, de s’attaquer aux édifices de l’État, aux stations d’essence et de résister aux forces de l’ordre et de sécurité par tous les moyens, avec pour intention finale de déboucher sur une insurrection armée. Ils ont choisi des villes comme Lomé, Sokodé, Kpalimé, Anié, Tchamba et Mango », a bredouillé Yark Damehame lors de son point de presse. Mais la question de bon sens qui s’impose est celle-ci : pourquoi n’avoir pas arrêté ces individus suivis depuis lors, mais les avoir laissés passer à l’acte (sic) avant de monter au créneau ?

Autre curiosité, c’est le fait de s’en prendre aux populations de Sokodé seules. «Les meneurs de ce groupe sont connus », a martelé le ministre de la Sécurité. Avec les matériels d’écoute sophistiqués et l’efficacité remarquable (sic) des services de renseignements togolais (hum…), on ne saurait douter que ces présumés insurgés soient connus, démantelés et appréhendés. Mais alors pourquoi s’acharner exclusivement sur les populations de Sokodé, fracasser les portails et portes des chambres, passer à tabac tout le monde, soi-disant à la recherche d’armes emportées par des assaillants ? En plus, selon le récit de Yark, c’est une seule arme qui l’a été dans cette ville, contre trois (03) à Lomé. En clair, c’est dans la capitale que la fameuse recherche devrait être plus rigoureuse. Mais aussi curieux que cela puisse paraitre, le pouvoir a jugé de se rabattre sur Sokodé, pris d’assaut à peine la lueur du jour apparue alors que les faits allégués se seraient déroulés vers 2 heures cette matinée de samedi. « Les armes emportées par les fameux insurgés à Lomé ont-elles été envoyées par whatsapp à Sokodé ? », s’est gaussé un concitoyen, qui croit à un assaut sur cette ville préparé depuis longtemps.

Au demeurant, cette affaire se révèle une somme d’incohérences qui appellent tout esprit sensé au doute légitime. Il en faut en tout cas plus pour convaincre. Et le timing et les coïncidences (sic) avec d’autres faits poussent davantage à la réserve. Cette fameuse tentative de déstabilisation s’est déroulée seulement quelques jours ou même heures après l’arrestation de présumés terroristes et la saisie d’armes au cours d’une opération conjointe entre le Togo et le Ghana à la frontière entre les deux pays, mais surtout au petit matin de ce samedi où le Front citoyen Togo Debout organisait un meeting et appelait à une marche quatre (04) jours plus tard pour une remobilisation des populations dans la perspective de la présidentielle de 2020. Le pouvoir cherche-t-il un prétexte pour semer la terreur et justifier le 4e mandat de son « champion » ? La question est en tout cas loin d’être farfelue.

 

Tino Kossi

 

Shalom