Les flatteries serviles du président du parlement de la CEDEAO


« On préfère trop souvent à l’estime des flatteries inspirées par l’intérêt » (Sosthène de La Rochefoucauld-Doudeauville)

Les élections législatives du 20 décembre 2018 sont un très mauvais souvenir pour les Togolais. Ce scrutin de la honte qui a consacré une assemblée plus monolithique que sous le règne du père pendant les années de plomb, constitue une grave entorse à la démocratie au Togo. La plupart de ceux-là qui bombent le torse sous cette 6ème législature en s’affublant pompeusement du titre de « député» ne le sont pas et ne le méritent pas parce qu’ils n’ont pas été élus par les Togolais, mais nommés par le régime. Oui nommés, parce que nombre de candidats proclamés « députés », ont obtenu moins de cent (100) voix à l’occasion de cette parodie d’élection pour laquelle les Togolais ont exprimé un rejet massif. Pour rappel, moins de 10% de Togolais s’étaient rendus aux urnes.

Le Togo est arrivé à cette situation justement à cause de certains hauts fonctionnaires corrompus de la CEDEAO qui avaient pris le parti du régime héréditaire cinquantenaire au Togo qui est mu par le seul et unique souci de conservation du pouvoir aux dépens des profondes aspirations et légitimes revendications des Togolais qui, depuis des années, rêvent de plus de démocratie, de justice, de liberté…qu’ils sont les seuls à ne pas avoir en Afrique de l’Ouest.

La situation que vivent les Togolais depuis plus de cinq décennies est déjà assez éprouvante et ils ne supporteraient pas que malgré le rôle très malsain et provocateur qu’ils ont joué dans la mascarade du 20 décembre 2018, des fonctionnaires de la CEDEAO viennent en rajouter à la provocation en remuant le couteau dans la plaie.

En séjour à Lomé pour une réunion délocalisée du parlement de la CEDEAO, le président de cette institution, Moustapha Cissé Lo a cru utile de rappeler au bon souvenir des Togolais cette entourloupette électorale qu’ils essayent tant bien que mal d’effacer de leur mémoire. Reçu en audience par Faure Gnassingbé, Moustapha Cissé Lo a déclaré être venu voir le chef de l’Etat pour le « féliciter de la bonne tenue des élections législatives qui ont consacré la victoire de son parti (ndlr : UNIR)… ».

Il ne s’est pas arrêté là. Prenant pour prétexte cette réunion, Moustapha Cissé Lo, dans un discours de flagornerie à l’Assemblée nationale, s’est fendu d’envolées dithyrambiques à l’endroit de Faure Gnassingbé. « Nos remerciements au président Faure Gnassingbé dont les actions concrètes au profit de l’intégration régionale sont incalculables et incommensurables (…) Permettez-moi une fois de plus, d’adresser une fois encore notre gratitude et demander au peuple frère du Togo l’unité et la solidarité autour du président élu, le président Faure Gnassingbé», a-t-il chanté.

D’abord, à propos de la frauduleuse du 20 décembre 2018, à l’instar du président du parlement de la CEDEAO, les membres de la mission d’observations électorale, les responsables de la Commission et les chefs d’Etat de la CEDEAO se sont tous félicités de ce simulacre d’élection qui avait violé leur propre feuille de route en la jugeant « conforme aux normes et standards démocratiques ». De là à conclure à un véritable complot de cette institution communautaire dite des peuples contre les Togolais, le pas est vite franchi. De plus, à ce jour, six mois après ce scrutin, la CEDEAO n’est pas capable de publier les rapports des experts électoraux qu’elle a elle-même diligentés.

On se rappelle qu’à la veille de ces législatives, un débat sur le Togo s’était tenu au parlement de la CEDEAO où, à la grande surprise des Togolais, tous les députés des pays francophones faisant preuve d’une incompétence notoire, étaient incapables de diagnostiquer le vrai problème au Togo et s’étaient mis à chanter des louanges au régime de Faure Gnassingbé. C’était ahurissant. Ils ont dû être rappelés à l’ordre par leurs collègues des pays lusophones et anglophones.

Aujourd’hui, c’est le président du parlement de la CEDEAO lui-même qui embouche la trompette de la propagande pour louanger Faure Gnassingbé.

Médard AMETEPE

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