Infanticides en série du régime Faure Gnassingbé

Une fin d’année macabre en guise de cadeau de Noël au peuple

Pendant qu’ailleurs, la fin d’année rime avec préparatifs pour apporter la joie dans des foyers et préparer le saut qualitatif dans la nouvelle année qui s’annonce, dans certaines familles, celle est synonyme de deuil, de désolation, de pleurs…. Surtout lorsque les victimes sont encore dans la fleur de l’âge, innocentes en qui les parents nourrissent des espoirs de réussite : le dernier jeune atteint par balle vendredi passé à l’abdomen à Togblékopé, Idrissou Moufidou, Joseph Zoumeke. Mais à côté d’eux, des jeunes hommes solides dont le crime est d’avoir réclamé plus d’espace de liberté à travers les réformes constitutionnelles et institutionnelles via des manifestations publiques pacifiques. Une fin d’année bien sombre pour des familles.

La voie menant à l’Assemblée nationale prochaine est jonchée de morts, de beaucoup de morts, surtout depuis le 19 août 2017. Mais lorsqu’on parcourt les noms des prétendus candidats et qu’on revoit l’atmosphère qui a régné le jeudi 20 décembre, on doit se demander si tous ces morts, et surtout si ces infanticides calculées étaient nécessaires pour aboutir à…ça : des centres de vote dans lesquels parfois le nombre des membres des CELI et autres agents des  bureaux de vote dépassait celui des votants. Où le nombre de bulletins nuls dépasse celui des voix des candidats pris individuellement. Pour ceux des prétendus futurs députés qui auront le courage indien de s’exprimer au nom du peuple, ils devront apprendre –s’ils en ont le coeur et le courage- à se rendre comptables devant ce même peuple dont la mort des enfants leur aura permis de poser leurs derrières sur les sièges de cette institution.

A combien s’élèverait l’addition macabre si on devrait tenir une comptabilité de tous ces morts qui se suivent aux manifestations des partis d’opposition qui, soit dit en passant, font partie intégrante du paysage sociopolitique et devraient bénéficier des mêmes droits et devoirs ? La trentaine ? La quarantaine ? Ou plus ? Un fils d’Eyadéma devenu président par la force des choses n’avait-il pas crié haut et fort « plus jamais ça sur la terre de nos aïeux », se référant aux violences qui ont émaillé la vie politique du pays en 2005? Pour ceux qui ne se rappellent plus, c’était à l’occasion de la fête de l’igname, Odon-Itsu à Atakpamé en juillet 2007, lors du lancement de la campagne organisée par le bureau du Haut commissariat des Nations-Unies aux droits de l’Homme. « De cette ville d’Atapkamè, je tiens à proclamer haut et fort, plus jamais ça sur la terre de nos aïeux, plus jamais de vagues d’attentats, de troubles et de violences insensées, de vandalisme et de dégradation d’effices publics…Plus jamais de velléités et de tentatives de déstabilisation de l’Etat et de ses institutions. Plus jamais de gratuites pertes de vies humaines… ». Mais que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Les années se sont suivies et les violences aussi. Mais la boulimie de Faure a tout foutu en l’air. Sinon, il ne serait plus au pouvoir après 2015. En 2006, il y avait eu l’Accord politique global (APG). Les réformes auraient été mises en oeuvre avec sincérité qu’il devrait faire au plus deux mandats qui finiraient en 2015. Mais que neni. Le ciblage d’innocents semble devenir l’arme de destabilisation toute trouvée. En fauchant de jeunes enfants, le régime atteint en même temps le coeur des parents en espérant briser leur élan. Mais aussi détruit l’avenir, les enfants en étant la représentation.

Le dernier enfant victime est celui de 12 ans, atteint à l’abdomen par un tir vendredi à l’aube au niveau de Togblékopé. L’orifice béant laissé par l’impact de balle aura du mal à disparaître de la mémoire collective, même si l’enfant survit à cette charge de plomb. Qu’a pu faire ce doux être pour mériter une attaque si soudaine et surtout brutale ?

L’avant dernier est un autre jeune, Idrissou Moufidou, 11 ans, mécanicien en qui les parents nourrissaient des rêves. Fauché samedi 8 décembre par une balle assassine d’un soldat à la gâchette trop facile et dont on ne connaîtra jamais le nom, par lâcheté. La balle lui a perforé la tête au niveau de l’oeil, atteignant son cerveau. Il s’en est allé alors qu’il se préparait à…prier.

A Bê-Kpota, c’est le jeune Joseph Zoumeke, élève qui a eu le malheur d’être « au bon endroit au bon moment » pour le tireur qui l’a abattu et est demeuré dans l’anonymat par lâcheté.

Sans compter le reste non moins important des martyrs qui jonchent le chemin menant au maintien du statu quo au Togo : Anselme Sinandare, Douti Sinalengue, Etienne Yakanou, les anonymes du 19 août 2017, les martyrs de Sokodé, Bafilo, Agoè, Lomé, avec comme dénominateur commun le fait d’avoir manifesté, un fait consacré par une loi, la loi Bodjona.

Le silence de Faure Gnassingbé, le principal épicentre de la crise togolaise est un habitué du silence en temps de crise, contrairement à la pratique dans le monde. Devenu muet depuis les morts dont les noms s’égrènent et rythment la vie du pays, il est évident qu’il cherche déjà les mots à servir à ses « empêcheurs de tourner en rond » à l’occasion du nouvel an. Et s’il lançait une Commission vérité, justice, réconciliation (CVJR) bis dans son prochain discours?

D’autres CVJR et HCRRUN en gestation pour dire « plus jamais ça »?

De la manière dont des prisonniers d’opinion prennent la place d’autres prisonniers d’opinion, des morts succèdent à d’autres morts. La CVJR conduite au forceps, avec à sa suite le Haut commissariat à la réconciliation et au renforcement de l’unité nationale (HCRRUN) n’ont pas encore atteint la moitié des objectifs à eux assignés que d’autres morts violentes sont enregistrées, et bien malin qui pourra dire avec exactitude le décompte macabre à l’actif du régime depuis les morts de 2005 dont on tente d’imputer la responsabilité au président éphémère. Mais l’histoire étant têtue, d’autres citoyens continuent de perdre la vie sur l’autel des violences politiques. Le ridicule n’étant pas mortel au Togo, Faure Gnassingbé ne serait pas loin de decréter une CVJR bis pour effacer le sang de tous ceux –et Dieu seul sait qu’ils sont nombreux- qui continuent de tomber sous les balles de leurs compatriotes militaires. Mais ceci ne risque pas d’arriver, de par son ego « no limit ».

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