Tuesday 10 December 2019
Editorial

Comment reconnaître un « homme simple » !

Sans détour

« Si tu veux connaître quelqu’un, n’écoute pas ce qu’il dit, mais regarde ce qu’il fait » (Dalaï Lama)

Au détour du premier congrès statutaire de son parti UNIR, organisé il y a un an, à Tsévié, Faure Gnassingbé se décrivait devant ses partisans comme étant un « homme simple », un saint, un démocrate que ses opposants s’ingénient à dépeindre à longueur de journée comme un tyran sanguinaire sur les réseaux sociaux. « Aujourd’hui, ceux qui intoxiquent et mentent ont trouvé un allié dans la technologie. On peut transformer une chose juste, ou alors un homme simple comme moi en dictateur sanguinaire. J’ai découvert que j’étais un dictateur sanguinaire », s’est-il exclamé. Avant de lancer, confiant : « La vérité finit toujours par triompher ».

Pourtant Faure Gnassingbé avait capté le pouvoir en 2005 à la suite d’un triple coup d’Etat militaire, constitutionnel et électoral, avec à la clé, un millier de Togolais assassinés. C’était dans un étang de sang que le fils a marché pour monter au trône laissé par le père. C’est le plus grand massacre connu, la grande tâche noire dans l’histoire contemporaine du Togo.

Malheureusement, les tueries ne sont pas arrêtées là. Le règne au long cours de l’« homme simple » est marqué du sang d’innocents Togolais et enfants comme une encre indélébile. Souvenons-nous des deux élèves, Anselme Sinandaré (12 ans) et Douti Sinalengue (21 ans) arrachés dans la fleur de l’âge à l’affection de leurs familles et dont le seul tort est d’avoir manifesté pour réclamer leur droit à l’éducation.

Souvenons-nous des massacres de Mango en 2015. Une dizaine de personnes avaient été tuées pour avoir participé à une marche de protestation contre la réinstauration des mesures de délimitation des aires de faune au détriment de l’espace vital des êtres humains. Souvenons-nous de la sanglante répression des mouvements de contestation du 19 août 2017. Une vingtaine de Togolais avaient été fauchés. Quatre victimes viennent d’allonger le décompte macabre.

Rappelons-nous les élèves Rachad Agrignan (14 ans), Joseph Zoumekey (13 ans), Abdoulaye Yacoubou (9 ans)  tués par balles ainsi que Nadjinoudine Alabi, abattu en février 2017 lors de la manifestation contre la hausse du prix des produits pétroliers. Sans oublier les nombreuses victimes consécutives aux bavures policières de l’« opération Entonnoir ». Que dire des grands marchés de Kara et de Lomé incendiés pour couper les sources de financement de l’opposition ? Des crimes qui sont malheureusement restés impunis à ce jour.

On est prêt à rééditer le funeste exploit de 2005 pour conserver le pouvoir ad vitam aeternam. Le pouvoir procède à une réquisition maximale des troupes et des anciens combattants pour une drôle de guerre contre…le peuple Togolais. Voilà la marque d’un « homme simple ».

Médard AMETEPE

Shalom