Tuesday 10 December 2019
Economie

Franc CFA/ Une possible réforme avant fin 2019 en Côte d’Ivoire/ Délocalisation des réserves en Suisse, grincements de dents à la BCEAO…mais rien sur le taux de change

Ne dit-on pas qu’une goutte d’eau persistante finit toujours par creuser la pierre ? Il y a encore huit mois, Alassane Ouattara bombait le torse et affirmait que le franc CFA avait toutes les qualités et qualifiait de « faux débat » les critiques portées à son encontre. Deux semaines exactement après l’ouverture du débat sur cette monnaie coloniale, hasard de calendrier ou pied de nez de dame nature, le journal panafricain Jeuneafrique.com, dans sa parution n°3068-3069 du 27 octobre au 9 novembre 2019, « met le cap sur la réforme ».

Mais une réforme qui risque de mettre en mauvaise position la France : rien n’est dit sur le taux de change qui, en prélude au passage obligé du franc CFA à l’éco, devrait commencer son exercice de flexibilité, surtout que des pays hors-zone CFA sont invités à prendre le train de juillet en marche. Mais une réforme qui mécontenterait les agents de la BCEAO qui ont trop longtemps profité d’avantages indus et risquent de se voir fermer le robinet des « années de 14 ou 15 mois ». Voici ce qu’en dit le journal panafricain.   

Cap sur la réforme

« Avant la fin de 2019, Emmanuel Macron et les dirigeants de l’UEMOA rendront publique une réforme du franc CFA. Ils devraient saisir l’occasion de la visite du président français à Abidjan, prévue au début décembre (officiellement, ce dernier se fixe pour objectif d’aborder avec son homologue ivoirien Alassane Ouattara des dossiers liés à la coopération bilatérale). Selon nos informations, l’Elysée souhaite que les premiers changements soient amorcés avant le prochain sommet Afrique-France (Bordeaux, juin 2020).

Cette réforme concernera notamment les réserves de change que la BCEAO dépose auprès du Trésor français. Celles-ci devraient progressivement être délocalisées vers une autre institution internationale qui pourrait être, d’après nos sources, la Banque des règlements internationaux (BRI), sise en Suisse. Un changement que la Banque centrale de l’UEMOA voit d’un mauvais oeil. Ses frais de fonctionnement sont en effet financés par les rémunérations (0,75%) accordés par les comptes d’opération tenus par le Trésor français.

Alassane suggère que l’éco, la monnaie unique de la CEDEAO, qui pourrait entrer en vigueur dès juillet 2020, soit utilisée dans un premier temps par les huit pays membres de l’actuelle zone franc CFA d’Afrique de l’Ouest, en plus de la Guinée et du Cap-Vert. Alpha Condé, le président guinéen, serait quant à lui favorable à ce que quelques pays anglophones, comme le Ghana, s’ajoutent à cette liste.

Côté français, Franck Paris, le conseiller Afrique de Macron, s’implique activement dans cette réforme. En coulisses, Wilfried Lauriano do Rego, le coordonnateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique, organise des conférences-débats sur l’avenir du franc CFA. Après la rencontre du 14 octobre à Sciences-Po Paris (à laquelle étaient des représentants du Trésor français et Rémy Macheraux, le directeur Afrique et océan Indien du Quai d’Orsay), un nouveau rendez-vous est à l’étude. Il aurait lieu, cette fois, en Afrique ».

Le combat et les réformes sont loin d’être finis

Qu’est-ce qui fait courir Emmanuel Macron, si ce n’est de mettre des dirigeants des pays hors-zone CFA devant le fait accompli, surtout lorsqu’on apprend que le Ghana est invité à prendre le train de l’éco en marche en même temps que les pays de l’UEMOA ?

Deuxième élément, le débat sur cette monnaie vient à peine de s’ouvrir à Paris et aucun pays africain utilisant le franc CFA n’a encore abrité la rencontre qui a vu Kako Nubukpo et Lionel Zinsou défendre chacun ses positions. Et c’est au Mali que le besoin d’états généraux sur cette monnaie a été exprimé. Aussi ce serait contre-sens et difficilement compréhensible que, sans encore avoir donné la parole aux utilisateurs de se prononcer et d’émettre leur avis, on veuille décréter des réformes « unilatérales » entre deux « amoureux » du franc CFA, Alassane Ouattara et Emmanuel Macron.

Le troisième point qui surprend est le pays choisi pour lancer les réformes. La Côte d’Ivoire a beau constituer la locomotive de la zone, son président reste et demeure un ardent défenseur de la monnaie. Tous les présidents qui feront le déplacement d’Abidjan risquent d’être mis devant des faits accomplis et de signer des documents à contrecœur. La question monétaire va au-delà des problèmes de personnes et la personnalité de Ouattara risque de biaiser les discussions. Ce président a déjà montré par le passé sa capacité à travestir les discussions avec ses homologues ; nous avons encore en mémoire la parité fixe avec l’euro qu’il a sortie de retour d’Abuja où ils se sont entendus sur un taux de change flexible de la future monnaie. La Côte d’Ivoire a beau être une locomotive pour l’UEMOA, le Nigeria reste le mastodonte dans l’espace CEDEAO.

Le changement de « domicile » aux réserves de change est vu d’un mauvais oeil par Tiémoko Meyliet, Gouverneur de la BCEAO & Compagnie. Le contraire surprendrait, les années comptant 14 voire 15 mois aux fonctionnaires de cette banque centrale qui profitent des subsides issus des comptes d’opération logés au Trésor français. Pendant que les pays qui y déposent leurs réserves ploient sous le poids de l’endettement, voilà des agents de service public qui émargent au-dessus de ce à quoi ils ont droit. On comprend alors aisément que des délateurs rapportent les vérités d’un certain Kako Nubukpo à leur gouverneur et soient irrités par ses propos sur les désavantages liés au fonctionnement du franc CFA.

Quid du panier de devises pour remplacer la parité fixe par rapport à l’euro ? Aujourd’hui, le monde sait que la France a un intérêt certain à maintenir le taux de change fixe et à constituer cette « fausse garantie » aux dirigeants africains. Puisque la vraie garantie reste sa caution à la mauvaise gouvernance dans ces pays. Le taux de change flexible est un indicateur qui met très vite à nu la mauvaise gouvernance de tout dirigeant. Sa dégringolade va souvent de pair avec la chute des présidents. Ce que les nôtres cherchent à éviter par tous les moyens.

Au demeurant, il convient de dire, n’en déplaise aux esprits carrés, que le malheur de l’économiste togolais est d’avoir trop vite dit la vérité. Aujourd’hui, les faits sont là, têtus !

Godson K.

Shalom