Diaspora togolaise : des devoirs, pas des droits !

 

Une diaspora corvéable à merci et dont le pays ne retient que ses apports à l’heure du bilan, c’est bien celle du Togo. Mais que serait la situation de certaines familles si cette partie des Togolais de l’extérieur à qui le droit de vote n’est pas reconnu ne contribuait pas au soutien de leurs parents restés au pays ?

Que ce soit 281 milliards FCFA selon certaines sources ou 212 milliards selon le rapport 2017 de l’aide publique au développement (APD), il ressort que les envois des migrants togolais titillent –pour ne pas dire dépassent- l’APD qui s’élève cette année à 217 milliards FCFA. Mais encore, 78,63% de cette aide sont constitués de dons et 21,37%, de prêts. Et tout le monde sait que la contrepartie de ces dons reste une gestion de plus en plus transparente –on a encore en mémoire les 400 millions que l’Etat togolais avait dû rembourser suite à la mauvaise gestion d’un don du Fonds Mondial destiné à l’acquisition de moustiquaires imprégnées à longue durée d’action, au temps du ministre Charles Kondi Agba du parti au pouvoir- d’une part, et un remboursement au franc près des prêts. Mais qu’en est-il de la contrepartie des fonds des migrants ?

On a  voté au Mali cette semaine. Même au Togo, des ressortissants de ce pays se sont aprêtés pour accomplir ce geste civique qui consiste à choisir le candiat qu’ils jugent apte à diriger la destinée du Mali. Il en est ainsi dans presque tous les pays où vivent la diaspora malienne. Nombreux sont les pays du monde qui ont compris que garantir le droit de vote de tous leurs ressortissants, est une manière de les impliquer dans la gestion de leur pays.

Ce n’est plus un secret, le Togo demeure un pays d’exception où le vote de la diaspora est encore un sujet tabou. Et pourtant, une Direction des Togolais de l’Extérieur a été créée depuis des lustres pour gérer les questions de ces Togolais. Un programme spécial dénommé « Initiatives pour le recours aux compétences et autres ressources de la diaspora togolaise » a été mis en place. Même un évènement –Réussites Diaspora- a vu le jour dans le but de distinguer des Togolais de l’extérieur qui se seraient distingués d’une manière ou d’une autre. Mais aujourd’hui, il apparaît de plus en plus que toutes ces initiatives ne sont que des artifices ayant pour finalité d’endormir les Togolais.

Au nom de quel principe les gouvernants refusent-ils le droit de vote à la diaspora togolaise ? Pour ceux qui se posent cette question, il faut juste se rappeler que le Togolais n’était pas un aventurier de naissance, et il aimait rester au pays. Seulement, la politique d’exclusion est passée entre temps par le Togo. Ce qui a contraint bien des citoyens à s’exiler sous des cieux plus cléments. La conclusion qui découle de cette situation laisse à penser que la majorité de la diaspora togolaise pourrait chercher à faire partir de la tête du Togo ceux par qui elle a été contrainte à l’exil.

Mais doit-on priver des centaines de milliers ou des millions de Togolais de l’exercice d’un droit civique au seul motif que leurs voix ne seront pas acquises au régime en place en cas d’autorisation du vote de la diaspora ? Parce que l’argumentaire portant sur les difficultés à organiser les scrutins au sein des ambassades ou à recenser les effectifs n’est que fuite en avant. Surtout si une refonte du cadre ainsi que du fichier électoraux est acquise. Il est plus que temps que le sectarisme en matière de consultations électorales prenne fin au Togo.

Au Burkina Faso, le Président Rock Christian Kaboré se sent soulagé dans ce domaine : « Je salue l’adoption ce lundi par nos députés de la loi portant code électoral. Ce nouveau code matérialise mon engagement de rendre opérationnel le vote des Burkinabè de la Diaspora en 2020. Nous réparons ainsi une injustice vis-à-vis de la diaspora, qui n’avait que trop duré ».

Abbé Faria  

(Liberté N°2724 du 31-07-18)

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