CEDEAO, LE MALHEUR DU PEUPLE TOGOLAIS

Les élections législatives du 20 décembre 2018 conformes à la feuille de route et surtout aux normes démocratiques. On se croirait dans un couloir de Hollywood ou sur une scène de théâtre géante, mais non. C’est la sentence du juge CEDEAO sur le scrutin organisé au pas de charge par le pouvoir Faure Gnassingbé et armes sur la tempe des Togolais. C’est la seconde fois que l’institution communautaire nique (sic) le peuple togolais, devenant ainsi son grand obstacle sur le chemin de l’alternance.

Salou Djibo donne le ton

Elections législatives conformes à la feuille de route de la CEDEAO et aux normes et standards démocratiques. C’est la déclaration osée faite vendredi 21 décembre par l’ancien Chef d’Etat du Niger et chef de la mission d’observation électorale de la CEDEAO, le Général Salou Djibo, au cours d’une conférence de presse. C’était là le jugement ultime de la mission d’observation électorale de l’instance communautaire sur le déroulement du scrutin ce jeudi 20 décembre.

Le patron de la mission s’est félicité de l’absence de violences bien que les signes avant-coureurs aient été au rouge, congratulant les corps habillés pour leur professionnalisme dans la sécurisation du scrutin. Visiblement, c’est l’absence de violences, mieux, le non avènement du massacre redouté des populations civiles par les forces de sécurité, appuyées par les forces de défense déployées en masse, arme au poing, les chars et autres véhicules militaires sortis, comme si le Togo devrait être attaqué de l’extérieur ou si l’on se préparait à une guerre, qui pousse la mission à conclure ainsi.

En réalité dans cette histoire, ce sont les populations togolaises qui sont à féliciter, pour n’être pas tombées dans le piège tendu par le régime en place qui avait apprêté tout ce qu’il fallait pour tuer, juste pour garder la main sur le pouvoir. On aurait sans doute enregistré le second massacre de l’histoire du Togo si les citoyens ne se sont pas retenus…La mission ferme donc les yeux sur tout ça.

Les journalistes légitimement choqués

Salou Djibo ne devrait sûrement pas s’attendre à ces réactions des journalistes, manifestement choqués par ce verdict prononcé par le chef de la mission d’observation de l’inénarrable CEDEAO.  Et ils l’ont bombardé de questions pertinentes et légitimes, au point qu’il a été obligé d’écourter la conférence de presse. Morceaux choisis :  En votre âme et conscience, a-t-on besoin d’observation électorale en Afrique ? Comme vous magnifiez les législatives, comptez-vous transposer le modèle togolais dans les autres pays de la CEDEAO pour l’ancrage de la démocratie ? Pourquoi ne parlez-vous pas des personnes tuées par balles réelles au début de la campagne pendant qu’une mission d’observation de la CEDEAO séjournait à Lomé ? L’homme était piqué au vif sur une question concernant sa personnalité de putschiste démocrate qui a fait tomber Mamadou Tandja au Niger, mais qui n’encourage pas l’alternance au Togo …

Des réactions somme toute légitimes lorsqu’on considère le déroulement du scrutin ce 20 décembre et les contours de son organisation. Le signe particulier de ces élections législatives, c’est la proportion de boycott. Le taux de participation était des plus faibles jamais enregistré de toute l’histoire électorale du Togo. Et pour les observateurs avisés, il devrait tourner autour de 20 %. Les centres et bureaux de vote étaient vides ce jeudi, les agents électoraux ennuyés, certains bureaux visités par des poules en l’absence de présence humaine…Toute chose qui a fait dire au confrère RFI que les agents et observateurs électoraux dépassaient de loin les électeurs présents. Un autre fait expressif, les bulletins nuls dépassaient de loin les suffrages exprimés. C’était la preuve ultime de l’impopularité de ces élections.

Scandale inédit

Ces propos sonnaient comme une blague. Mieux, ils avaient le mérite de choquer au regard des contours de l’organisation du scrutin. Ces élections ont été boycottées par la Coalition de l’opposition, l’autre protagoniste de la crise politique et partie prenante au dialogue initié par la CEDEAO, à cause de la volonté du régime de les organiser dans les conditions d’obscurantisme total.

Tout le processus a été contrôlé de bout en bout par le pouvoir, qui s’est même permis de violer ouvertement la feuille de route et les décisions du Comité de suivi. Les détenus politiques n’ont pas été libérés, le siège des villes de Sokodé, Bafilo et autres non plus levé, les réformes constitutionnelles et institutionnelles n’ont pas été mises en œuvre avant les élections, le vote de la diaspora est resté à l’étape de recommandation, le pouvoir s’est opposé à la recomposition équitable de la CENI et a poursuivi le processus de façon solitaire…

On ne peut qu’être scandalisé que la mission d’observation de la CEDEAO allègue, devant ce tableau, que ce scrutin est conforme à la feuille de route dont les recommandations ont été toutes violées, sauf la prescription d’organisation des législatives le 20 décembre 2018. C’est finalement la seule que le régime a respectée. On ne peut que l’être davantage en entendant Salou Djibo darder que le scrutin répond aux normes démocratiques lorsqu’on pense à toutes ces vies ôtées par la soldatesque du pouvoir. Ils sont plusieurs dizaines de citoyens à avoir été tués dont des enfants, les mains nues. Au moins sept (07) autres Togolais ont été zigouillés dont le jeune mécanicien de 11 ans Moufidou le 8 décembre dernier à Agoè-Zongo, en marge des manifestations appelées par la Coalition de l’opposition pour contester la tenue du scrutin et requérir son report. Manifestement, tous ces décès ne sont assez aux yeux de la CEDEAO.

Le sommet d’Abuja enfonce le clou

Les observateurs avisés n’en attendaient pas de miracle, au regard du ton donné par la mission d’observation électorale de l’instance communautaire. Les chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO, réunis ce samedi 22 décembre à Abuja au Nigeria, au cours de leur 54e conférence, n’ont fait que confirmer.

Suite aux  discussions et délibérations, « la Conférence se félicite de la tenue effective, le 20 décembre 2018, des élections législatives libres et transparentes, qui se sont déroulées dans des conditions de paix et de sécurité conformément à la Feuille de route adoptée le 31 juillet 2018 » tout en regrettant « fortement la décision prise par la Coalition des quatorze partis politiques de l’opposition (C14) de ne pas participer aux élections législatives malgré les efforts considérables déployés par les Facilitateurs pour favoriser des élections inclusives avec une participation équitable de tous les acteurs à la Commission électorale nationale électorale indépendante (CENI) ».

Le sommet dit prendre acte  « des informations fournies par le Gouvernement togolais concernant le projet de réforme constitutionnelle et se félicite de son engagement résolu à assurer l’adoption rapide des réformes constitutionnelles, en privilégiant la voie parlementaire pour leur mise en œuvre diligente », de même que « la volonté du Gouvernement togolais à organiser les élections locales au cours de l’année 2019 ». 

Manifestement, le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement valide le scrutin et tourne la page. Malgré les violations de la feuille de route par le pouvoir Faure Gnassingbé et tous les contours du scrutin. Ce qui est cocasse dans toute cette histoire, c’est que les résultats ne sont même pas encore officiellement proclamés par la CENI et confirmés par la Cour constitutionnelle. Le chemin pour la CEDEAO des peuples est encore long. Cette instance se révèle un véritable frein à l’alternance au Togo, après le mauvais coup contre le peuple en 2005 et aujourd’hui avec l’adoubement des législatives bancales du 20 décembre aux conséquences dramatiques pour la démocratie sur la terre de nos aieux.

Tino Kossi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
9 + 11 =