Affaire des dix lots « offerts » à Akakpovi Gamatho: Le juge Jerôme d’Almeida dans un mauvais rôle

 

Est-il dans les habitudes de la justice qu’après qu’un juge a reconnu l’innocence d’un prévenu dans une affaire et prononcé sa relaxe, un autre convoque la même personne pour la même affaire ? Et surtout lorsqu’on apprend que dans le même temps, ce même juge se débat pour inculper un autre acquéreur tout aussi concerné par le litige foncier qui se déroule au quartier Agoè et dans lequel le nom du Président de la Cour suprême est apparu comme ayant reçu en contrepartie 10 lots ? Chercherait-on à museler de potentiels témoins qui devront témoigner (sic) suite à une citation directe qu’Akakpovi Gamatho a faite au Directeur de Publication du journal La Nouvelle ?

Le juge Jerôme Kodjo d’Almeida serait-il en mission pour étouffer la voix de témoins le 7 novembre prochain au Tribunal de Lomé ? Des indices concordants le laissent croire.

Après que dans une parution, La Nouvelle a demandé au chef de l’Etat de faire annuler certaines décisions de justice pour préserver la paix civile, Akakpovi Gamatho a porté plainte contre ledit journal. Prévue pour se tenir le 3 octobre dernier, l’audience a été reportée au 7 novembre 2018. Et c’est dans l’attente de cette date qu’on apprend que Philippe Gamatho, fils d’Akakpovi Gamatho, fait réveiller un dossier creux dans lequel le sieur Ahiandjipé Komlan, propriétaire de terrain, avait déjà été relaxé par un premier juge, Baba Acotié.

Le moment choisi relève de tout sauf du hasard, surtout que depuis la relaxe prononcée, beaucoup de choses se sont produites ; le nom du président de la Cour suprême est entre temps apparu comme ayant reçu en contrepartie dans cette affaire 10 lots, après avoir confirmé 4 ans plus tôt une décison rendue sur la base de faux plans. Le juge Assogbavi était celui qui, bien qu’affecté 4 mois auparavant, avait rendu la décision corrompue. Alors si aujourd’hui, le juge Jerôme d’Almeida, du 2ème cabinet d’Instruction se permet de reconvoquer le sieur Ahiandjipé, la question qui se pose est la suivante : a-t-il connaissance que dans ce dossier, les raisons pour lesquelles le propriétaire terrien avait été arrêté ne sont plus fondées ? Ahiandjipé s’était opposé à des gros bras et aux huissiers parce que l’immeuble disputé est sa propriété. Ensuite, pourquoi c’est précisément en ce moment où un procès va bientôt se tenir pour faire jaillir la vérité, que le juge d’Almeida s’illustre ? Puisqu’il y a presqu’un an que le sieur Ahiandjipé a recouvré sa liberté de mouvement.

Dans la même semaine, on apprend que l’huissier qui a remis la convocation à Ahiandjipé, a fait de même avec un fils d’un autre acquéreur aujourd’hui défunt. Dans la même affaire qui secoue le quartier Agoè, pour « entrave au bon fonctionnement de la justice et menaces de mort », disait le mandat de comparution. A en croire les griefs retenus contre celui-ci, il aurait outrepassé une décison qui suspendrait la poursuite de travaux sur un chantier et aurait terminé les travaux. Alors qu’en réalité, en guise de « chantier » dont parle le juge d’Almeida, c’est dans la maison que leur père a acquise depuis au moins trente ans que son frère a effectué quelques travaux d’aménagement parce que manquant d’espace. Le plus cocasse, c’est que les faits se sont produits il y a presqu’un an. Et bizarrement, c’est après que le nom de Gamatho est apparu dans les médias comme ayant reçu 10 lots en guise de « gratification » que le dossier est aussi  réactivé.

« Il y a presqu’un an, les frères de celui qui était convoqué par le juge étaient effectivement en train de réaménager la maison de leur père lorsque des « gros bras » avaient débarqué pour faire arrêter les travaux. La belle soeur de celui-ci avait crié et l’avait alerté de cette intrusion d’inconnus dans leur maison. Il avait alors porté plainte dans la foulée auprès du Procureur de la République, lequel lui avait délivré un soit-transmis pour « violation de domicile ». C’était le commissaire Kondi qui était sur cette affaire et s’était chargé d’arrêter les commandiaitres des gros bras. Mais pour on ne sait quelle raison, le 6ème Substitut, en la personne de…Philippe Gamatho, fils de Akakpovi Gamatho avait fait pression sur le commissaire afin qu’il relâche les deux prévenus, Togbui Aziamadi et Kowou, commanditaires des gros bras. Ce que le commissaire finit par faire. Et depuis, une « citation directe » pour que la justice togolaise remette la main sur les deux individus pour faux et usage de faux a été prise, mais sans jamais être exécutée. Et c’est dans cette situation que le juge d’Almeida tente maladroitement d’inculper cette personne dont je préfère taire le nom. Ce n’est qu’après que la déposition a été modifiée, avec la précision que celui qu’il tente d’inculper n’est pas l’auteur des réaménagements et n’a aucunement proféré de menaces, que ce dernier a signé », nous a résumé un membre de la famille, cible du juge d’Almeida. Juste une question : Philippe Gamatho a fait pression sur le commissaire à quel titre ???

Est-il possible que la justice togolaise fonctionne au gré des humeurs de certains magistrats ? Pourquoi depuis que la citation directe a été prise contre les auteurs du faux plan dont nous avons déjà parlé il y a quelques mois, rien n’est fait pour arrêter Aziamadji et Kowou ? Le Procureur Essolissam Poyodi en est-il pour quelque chose dans cette pratique qui veut qu’une citation directe soit éternellement reportée ou passée par pertes et profits juste pour plaire à un président de cour ? « Le juge qui agrée, après le réglement d’un litige foncier, un ou des lots de terrain octroyés en guise de cadeau par la partie gagnante, est-il indépendant ? », peut-on encore lire dans le numéro 54 de juin 2018 de Reflets du palais. Ces propos sont de…Akakpovi Gamatho, président de la Cour suprême. Le juge d’instruction Jerôme d’Almeida le sait-il ?

D’abord Ahiandjipé Komlan, et une semaine après, un fils d’un autre acquéreur. A quoi répond cette croisade du juge Jerôme d’Almeida contre des victimes d’expropriation au quartier Agoè ? On veut croire que le procès qui doit se tenir dans trois semaines situera toutes les victimes dans cette affaire et permettra de faire avancer ce dossier chaud afin que, pour la première fois au Togo, une décision frauduleuse prise par la Cour suprême soit revue et corrigée ! Il y va de l’indépendance du corps. Est-ce le fait que les médias aient révélé au grand jour l’arrêt dans lequel le nom d’Akakpovi Gamatho est apparu comme ayant été remercié par 10 lots par la « partie gagnante », que le juge d’Almeida tente, tel un beau diable dans l’eau bénite, de défendre l’indéfendable en embastillant les auteurs de la citation directe en attente d’exécution et par laquelle trop de vérités risquent d’éclater ?

Abbé Faria

 

 

 

 

 

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